Objectif TL

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La 8e édition de la semaine de la mobilité prend ses quartiers à Lausanne du 15 au 27 septembre. Nous avons rencontré l’un des acteurs-clé de la mobilité durable de la cité vaudoise : les Transports Lausannois. Interview

Successeur des journées sans voiture initiées par la Commission européenne,  la semaine de la mobilité en est à sa 8ème édition. Sept jours durant à travers l’Europe, les villes participantes organisent des manifestations autour du thème de la mobilité et font la promotion des modes éco-mobiles (transports publics, vélo, trottinette, marche, …). Le but ? Promouvoir une mobilité durable et sensibiliser les citoyens à la problématique du réchauffement climatique. Du 15 au 27 septembre, Lausanne et de nombreuses communes du canton de Vaud participent à l’évènement (voir le programme). Le Lausannebondyblog en a profité pour s’immerger dans l’univers des Transports Lausannois. Dans un contexte de prise de conscience généralisée des problèmes climatiques, les projecteurs se braquent plus que jamais sur les transports publics. Comment les TL parviennent-ils à répondre aux différentes attentes qui pèsent sur eux?

 

Géographe de formation, Christophe Jemelin a travaillé pendant 13 ans dans la recherche sur le thème des transports et de la mobilité à Lausanne, Genève et Paris. Titulaire d’une thèse de doctorat sur la qualité de service dans les transports publics en Suisse et en France, il officie depuis an aux Transports Lausannois. Votre blogueur s’est ainsi plongé dans l’actualité des “bleus et blancs”, entre le premier anniversaire du M2, le retour du tram et les déplacements des Lausannois.

LausanneBondyBlog : En quoi consiste votre travail aux TL?

Christophe Jemelin : Je travaille dans le processus appelé “Développement de l’Offre”. Il s’agit de la partie des TL située le plus en amont, celle qui s’occupe des projets à long terme. Concrètement, je suis actif dans trois choses. Je m’occupe tout d’abord de ce qu’on appelle les “axes forts”. Je prépare le projet du futur tram, ainsi que nouvelles lignes de bus performantes, en site propre. Je travaille également sur la réorganisation du réseau régional, autrement dit les lignes des TL qui vont dans la campagne vaudoise. Des communes comme Cugy ou Froideville sont en croissance démographique, et on va adapter l’offre environnante en fonction de la demande. Et enfin, je participe à la réflexion sur la création d’un véritable réseau de nuit à Lausanne. Actuellement, il y a le service “Pyjama”, mais il sert uniquement à ramener les personnes chez elles à partir du centre. Les TL planchent sur la mise en place d’un vrai réseau nocturne, comportant des lignes définies. Et la possibilité d’aller dans les deux sens, comme par exemple un bus par demi-heure ou par heure.

Cela fait un an (NDLR le 18 septembre 2008) que le M2 a été inauguré, un peu moins qu’il est effectivement en service. Quel bilan en tire-t-on aux TL à l’heure actuelle?

Les TL ont réalisé une enquête sur les passagers du M2 en avril dernier, afin de mesurer leur satisfaction et identifier les points à améliorer. Selon ce sondage, 80 % des passagers disent être satisfaits du M2. On hésitait à garder les fameux jingles que l’on entend dans chaque station, mais finalement les résultats de l’enquête nous ont poussé à les garder : 70 % des usagers y sont favorables!

Actuellement, on projette de faire une enquête sur les origines et les destinations des déplacements des gens qui prennent le M2. On sait qu’on a gagné de nouveaux clients, mais on ne sait pas sur quel mode de transport on les a “gagnés” : cela peut être des gens qui se déplaçaient en voiture avant, mais également à pied ou en vélo.

LBB : Quelle est la fréquentation du M2?

CJ : Globalement, le M2 est un succès : le nombre de passagers transportés est supérieur aux prévisions que nous avions faites. la journée la plus chargée est le vendredi, avec en moyenne 75 000 passagers sur l’ensemble de la journée. Le record de la ligne a justement été atteint lors de la semaine de la mobilité, le vendredi 18 septembre 2009, avec plus de 82’000 passagers ! Mais le bilan complet sera tiré le 27 octobre prochain, après un an d’exploitation.

LBB : On sait que Lausanne possédait auparavant un réseau de tram dense. L’acronyme TL vient d’ailleurs de là, puisqu’il signifiait à l’époque “Tramways Lausannois”. Cela a duré jusqu’en 1964, lors de l’Expo nationale, où la dernière ligne de tram a été enlevée, dans un contexte idéologique propice à la voiture et au bus. Mais les temps changent..  le retour du tram à Lausanne, c’est pour bientôt?

Oui, une ligne de tram est projet actuellement. Elle passera par Villars-Sainte-Croix, Bussigny, Renens, Le Flon, La Blecherette pour finir à Rionzi (Le Mont). Les travaux commenceront en 2012-2013, et la mise en service est prévue en 2015-2016.

LBB : Cela correspond en partie au tracé de la dernière ligne démantelée, la ligne 7 qui allait de Renens à la Rosiaz.. ironie du sort ?

CJ : C’est vrai. La différence est que la ligne 7 passait par St-François, alors que la future ligne de tram passera par le Flon, où elle sera directement connectée au LEB, M1 et M2. En fait, le choix de revenir au tramway a été fait pour deux raisons.

Tout d’abord, l’actuelle ligne de trolley-bus entre Renens et Val-Vert (ligne 7) est saturée. Avec plus de 9 millions de voyageurs par an, il s’agit de la ligne la plus chargée du réseau. Il n’est plus possible d’augmenter la fréquence avec le bus, nous sommes donc obligés de mettre un mode de transport capable de transporter plus de personnes en même temps : le tram.

La deuxième raison de l’implantation d’un tram est la volonté politique d’utiliser un mode de transport structurant comme outil pour l’urbanisation. Ainsi, les travaux du tram vont s’inscrire dans le développement de Malley, de Renens-Bussigny (surnommé “arc-en-ciel”) ainsi que de toute la partie Flon-Blecherette-le Mont, dans le cadre du projet Métamorphose. L’idée est de développer la ville autour des transports publics, et ne pas répéter les erreurs commises à Crissier où les transports sont arrivés 15 ans après le développement de la zone commerciale.

LBB : Voici ce qu’on peut lire sur le site du PALM (NDLR : le Plan d’Agglomération Lausanne-Morges) :

Depuis plusieurs décennies, l’agglomération Lausanne-Morges est engagée dans un processus d’étalement urbain qui menace ses capacités de développement, congestionne le trafic routier et nuit à l’environnement. (…) Lausanne-Morges est, en Suisse, l’agglomération où l’on se déplace le plus en voiture, le moins en transports publics et en mobilités douces. Dans de larges territoires, la pollution atmosphérique dépasse les limites imposées par la législation.”

Qu’en pensez-vous? Est-ce que la desserte en transports publics de Lausanne n’est pas bonne, une petite ville de 200 000 habitants qui a deux lignes de métros, ce n’est déjà pas si mal, non?

CJ : Il faut savoir que le PALM porte sur toute l’agglomération. Il comprend donc des zones comme Crissier, qui se sont développées de façon complètement anarchique. À l’ouest, il y a de façon générale un manque de transports publics, et les taux de pollution sont effectivement élevés. C’est pour cela qu’il est prévu une augmentation de l’offre bus de 40 % d’ici 2014. Il s’agit d’un saut énorme, dont la quasi totalité des améliorations sera située à l’ouest. Le constat du PALM me semble exact mais, d’une part, il va s’améliorer, d’autre part, si l’on prend uniquement la zone Lausanne-Renens-Prilly-Epalinges, il y a un réseau dense, et la part des transports publics dans l’ensemble des déplacements est bonne, même en légère augmentation.

LBB : Aujourd’hui, on parle partout du réchauffement climatique. Tout le monde ou presque se dit ”écolo”, et sur papier, tout le monde est favorable aux transports publics… mais dans les faits, beaucoup de personnes changent peu leurs habitudes et continuent à se déplacer en voiture! Est-ce que vous observez une différence de comportements chez vos usagers, avez-vous de nouveaux clients ?

CJ : Nous avons une augmentation de clients, oui, mais cela ne signifie pas nécessairement une augmentation de parts de marché, par rapport à la voiture par exemple. Ces nouveaux clients sont peut-être uniquement dûs à la croissance démographique del’agglomération et à une plus forte utilisation de nos services par les clients actuels. Pour l’instant, il est trop tôt pour le dire. 

Il me semble que plus qu’une sensibilité écologique, c’est plutôt un aspect économique qui pourrait expliquer une plus forte fréquentation des bus. Il y a deux ans, lors de la montée du prix de l’essence, les gens se sont mis à réfléchir aux coûts. Et certains se sont mis à faire un calcul économique qui les a amenés à choisir les transports publics.

La sensibilité écologique est plus perceptible au niveau des communes : pour une commune, avoir une bonne desserte transports publics est devenu un atout alors qu’avant, c’était parfois vu uniquement comme une charge.

Donc, pour moi, cette vague écolo agit plutôt comme un contexte général favorable pour nous, mais pas forcément comme un facteur direct qui amène plus les gens dans les bus. Mais les comportements changent, c’est visible : les gens “zappent” entre les différents modes de transports, ils choisissent de prendre la voiture, les transports publics ou le vélo en fonction de la météo, du programme de leur journée, etc. Ils s’habituent à passer d’un mode de transport à un autre dans la même semaine, voire la même journée. On voit de moins en moins d'”automobilistes exclusifs”, qui font tout en voiture.

 

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Etienne

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