Nadine Reichenthal : femme entrepreneure, femme de cœur

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La Présidente du Club des Femmes EntrepreneurEs et chargée de cours à l’UNIL m’a donné rendez-vous à l’EPFL en ce weekend des « start-ups ». Suivez-moi pour cet entretien créatif et rempli d’humanité.
Nadine Reichenthal, présidente du Club des Femmes Entrepreneurs
Nadine Reichenthal, présidente du Club des Femmes Entrepreneurs

Sur LinkedIn, le profil de Nadine Reichenthal est impressionnant (tellement impressionnant que je vais l’écrire avec trois « s » et trois « n », impresssionnnant ! : économiste, informaticienne, analyste, project manager pour des entreprises internationales, chargée de cours sur l’entreprenariat à l’UNIL… (je prends mon souffle…), conférencière aux quatre coins de monde, Présidente du Club des Femmes Entrepreneures, coach au Startup Weekend, Suisse Romande, membre du jury de divers prix réservés aux startups, ex-présidente du club des Alumni HEC à Lausanne, membre fondatrice du Cercle Suisse des Administratrices et créatrice de l’Apéro Entrepreneurs à Lausanne.

Elle me reçoit à l’EPFL où se déroule le « Startup Weekend» dont je vous parlerai plus tard. Mme Reichenthal est une belle femme au style chic et moderne. Elle est connue de tous pour trois raisons : son excellence dans le domaine de l’entrepreneuriat, sa gentillesse et son abondante chevelure bouclée. Les Start-ups, les entrepreneurs et plus particulièrement les femmes entrepreneures sont le fil rouge de sa vie professionnelle. Débutons cet entretien.

LBB : Comment êtes-vous devenue, en novembre dernier, la Présidente du Club des Femmes Entrepreneures et quelle sera votre orientation ?
NR : J’ai assumé ces nouvelles responsabilités un peu par hasard. Le poste était à repourvoir à la suite de certaines circonstances et on me l’a proposé. J’ai accepté à quelques conditions. Je souhaite que ce Club retrouve les « fondamentaux » qui étaient les siens à l’époque de Philine Read (Ndr : ancienne présidente décédée en 2013). Ce club doit avant tout et essentiellement être un réseau professionnel pour les femmes. Elles doivent pouvoir y trouver le circuit nécessaire à leurs activités, du producteur au client final. Ce club doit impérativement être dédié au « business ». Les entrepreneuses, les artisanes et les conjointes des petits entrepreneurs doivent également y trouver leur place. Je me suis aussi investie pour ces « femmes de l’ombre », sans lesquelles l’entreprise familiale ne peut fonctionner. Elles n’avaient ni diplômes, ni reconnaissance. Grâce à la validation des acquis, elles sont maintenant reconnues. Je souhaite de tout cœur qu’elles soient représentées en nombre au Club.

LBB : Les femmes entrepreneures sont-elles en progression ?
NR : La tendance était en 2004 de 2/3 d’hommes et 1/3 de femmes entrepreneurs. En 2010, nous avions 50% d’hommes et 50% de femmes et selon les dernières statistiques, il y aurait désormais davantage de femmes entrepreneures que d’hommes. Cela s’explique par le fait que beaucoup de femmes diplômées, une fois mariées, n’arrivent plus à concilier les contraintes d’une carrière en entreprise et des obligations de mères. Elles créent alors leur propre activité. C’est, par exemple, le phénomène des « Mampreneurs ». Une autre partie est constituée de femmes à partir de 45 ans. Elles se trouvent presque dans l’obligation de créer leur propre entreprise, car les recruteurs n’en veulent plus, malgré leur expérience, compétences et savoir-faire.

LBB : Les startups sont un peu comme vos enfants. Vous les couvez…
NR : J’adore ces startups ! Elles représentent la créativité, l’innovation, le futur. Elles ont un potentiel de croissance énorme. Il y a les startups « en dur », c’est-à-dire qui proposent des biens physiques et celles qui sont virtuelles (plateformes d’échanges de services, de biens, applications…). Il faut savoir que nos jeunes de moins de 20 ans, appelés « digital native » (ceux qui sont nés pour ainsi dire en sachant déjà utiliser un mobile et un ordinateur), ont un tout autre état d’esprit que leurs aînés. Pour eux, l’échange est une manière de vivre. Ils ne sont pas attachés aux biens de consommation et n’ont pas le besoin pressant d’acheter des voitures, des montres de luxe, etc. Ils préfèrent partager des services.

LBB : Cela signifie-t-il qu’ils montrent la voie à une société de non-consommation avec d’autres valeurs éthiques ?
NR : Il est encore trop tôt pour savoir si cette tendance va se confirmer.

Startup weekend - Le défi est de créer une startup en 54 heures
Startup weekend – Le défi est de créer une startup en 54 heures

LBB : Pourquoi parle-t-on autant des startups à Lausanne ?
NR : C’est la ville rêvée pour l’éclosion de startups (et également d’autres entreprises), car nous avons l’EPFL, l’UNIL et d’autres grandes écoles dans un rayon limité. Grâce au programme Venturelab nous avions mis sur pied un programme de développement de startups auquel collaborent l’EPFL (qui apporte la créativité d’un projet) et l’HEC (qui s’assure de sa viabilité commerciale). En outre, des organismes officiels se sont énormément investis ces dix dernières années pour aider au développement d’entreprises. Citons le programme de la Confédération par la Commission pour la Technologie et l’Innovation, CTI Entrepreneurship du SECO ou plus près de nous, InnoVaud et Genilem. De nombreuses possibilités de formation, de réseautages entrepreneuriaux sont également organisés pour les entrepreneurs. Des Startups Weekend se déroulent tous les deux mois dans une ville de Suisse romande (la prochaine rencontre aura lieu le 20 mars à Bienne). À l’UNIL, l’HEC ouvrira la « Semaine de l’entrepreneuriat » du 2 au 6 mars. Dans un style plus décontracté, l’Apéro des entrepreneurs au Café Bellini à Lausanne réunit des créateurs d’entreprise chaque premier jeudi du mois… Bref, une palette intéressante d’activités pour développer l’entrepreneuriat et accompagner les créateurs de micro-entreprises.

LBB : Existe-t-il, cependant, des freins à la création de nouvelles activités entrepreneuriales ?
NR : Oui, en effet. La loi suisse du travail ne permet pas l’ouverture de petits commerces la nuit. Cela limite, par exemple, la création de petites épiceries de quartier du style que nous aimons bien trouver quand nous voyageons dans d’autres pays. De plus le goût du risque n’est pas dans l’ADN du Suisse. Il manque aussi des structures de financement pour les jeunes entreprises.

LBB : Dans quelle partie de la population l’entrepreneuriat est-il le plus développé ?
NR : Eh bien … et cela n’a rien d’étonnant, comme je vous le disais avant. Parmi les jeunes de 20-25 ans, qui osent se lancer sitôt leurs études terminées dans des activités dont ils ne savent pas ce qu’il en adviendra, mais comme ils sont jeunes, ils y vont… Une grande proportion d’entre eux sont étrangers ou d’origine étrangère. On retrouve aussi les conjoints d’expats parmi ces créateurs d’entreprises. Ensuite, ceux qui le deviennent par la force des choses à partir de 45-50 ans, lorsque les entreprises les licencient ou qu’elles ne souhaitent plus s’investir pour les autres. Entre 30-45 ans, les gens préfèrent travailler en entreprise en raison de la sécurité qu’offrent un emploi fixe et une rémunération mensuelle.

LBB : Petite, rêviez-vous de devenir chargée de cours à l’Université et Présidente du Club des Femmes entrepreneurs ?
NR : Non. J’étais fascinée par l’histoire des religions et les peuples premiers. J’aurais voulu être anthropologue, ethnologue…À l’adolescence, j’ai lu « L’Afrique noire est mal partie » (de l’agronome René Dumont, paru en 1962) et je me suis mise en tête d’aller en Afrique pour aider ces peuples. C’est d’ailleurs pour cette raison que j’ai fait l’HEC. Je pensais que grâce à cette formation, j’allais pouvoir apporter ma petite pierre au développement du continent africain. Mon mari pensait aussi comme moi et nous voulions tous deux aller là-bas comme coopérants. Malheureusement, il est décédé. Devenue veuve à 28 ans, avec un petit garçon, ma vie a pris un autre chemin. L’Afrique, la nature, les animaux sauvages, les peuples premiers sont demeurés mes autres passions. C’est là-bas que je me ressource. Tout à fait à l’opposé de la haute technologie des startups, n’est-ce pas ?

Nadine Reichenthal ajoute qu’elle aime son travail avec ces entrepreneurs et créateurs de startups. Elle veut leur transmettre ce qu’elle a appris et donner ce qu’elle a reçu.
Elle doit maintenant retourner « coacher » parmi plus d’une centaine de personnes, réunies le temps d’un weekend au Rolex Center pour créer leur startup. Je la quitte à regret. Je serais bien restée plus longtemps avec elle pour qu’elle me raconte encore et encore. Nadine Reichenthal est quelqu’un de bien. Une belle personne. C’est l’intelligence et la générosité au service des autres. Je vous souhaite de pouvoir un jour la rencontrer.

Le Startup Weekend @EPFL
L’espace d’un weekend une centaine d’entrepreneurs en herbe, de tous âges, nationalités et horizons socio-culturels sont réunis au Rolex Center de l’EPFL. Ils ont d’abord présenté à un jury leur projet de startup. Les meilleurs projets retenus sont alors réalisés par ces « startupers » qui se sont répartis en différents groupes. Leur défi ? Créer une startup en 54 heures.

J’ai rejoint un groupe qui planchait sur l’idée de commercialiser et breveter un procédé permettant d’économiser 20% de béton dans la fabrication de pré-dalles et pré-murs. L’ambiance était studieuse et amicale. Chacun donnant son avis. Des panneaux sur lesquels étaient notées leurs décisions au fur et à mesure de l’avancement. Des « post-it » collés un peu partout, comme des points de couture pour assembler leurs projets.

Nadine Reichenthal allait d’un groupe à un autre, posant des questions, donnant des conseils, faisant le point de la situation, corrigeant certains éléments… Il y avait une telle émulation, tant de créativité… j’aurais dû m’inscrire au weekend des startups !!

Pour plus d’informations sur les programmes et activités pour entrepreneurs et startups :

Innovaud

Programme “Venturelab”
Genilem 
Apéro des entrepreneurs à Lausanne (Café Bellini), chaque premier jeudi du mois.
Club des Femmes entrepreneures
Programme d’encouragement à la création et innovation de SECO

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