My Sweet 16

Posté dans : Rien à voir | 10
Quand une horde d’adolescents s’accapare un club d’adulescents, cela donne parfois un conflit de générations.

Chers lecteurs, chères lectrices, si vous aimez le string saillant, le sein naissant, l’Axe Africa et le bouton de gras, vous en aurez pour votre argent. Car après avoir attiré votre attention sur la mafia des femmes en gestation, je compte aujourd’hui m’intéresser à leurs rejetons devenus grands, très grands, trop grands, au point de venir squatter nos lieux nocturnes de prédilections réservés (je le croyais !) au plus de 21 ans. 

Pas plus tard que le week-end dernier, me voilà gambadant retrouver mes acolytes de soirée. Sur ce coup-là, peu d’originalité, on se retrouve au Romandie pour commencer. Le cœur y est, l’humeur est festive mais passé le « contrôle de sécurité » (et le check d’identité… Première humiliation en regard de ce qui va suivre), je vais vite déchanter.

23h30: « Ils partiront peut-être avec le dernier bus »

J’entre donc et soudainement je suis Zac Efron et les Jonas Brothers, Miley Cyrus et Lady Gaga, Robert Pattinson et Christophe Maé (encore lui !). Me voilà et j’entends : « Bonjour Msieur » (Lucie à qui je donnais des cours de maths il y a sept ans. Deuxième humiliation) et « le mec il avait au moins 30 ans » (un gars au duvet florissant). Un peu groggy par ce premier constat, je m’enquête de retrouver au plus vite mes acolytes. Mais ils sont là, à 20m de moi, prostrés vers le bar, l’air hagard. Je les surprends en pleine conversation : «Mais ça veut dire qu’ils sont nés en 1986 », dit l’une d’elle (née en 1979). « Non, non, s’ils ont 16 ans, c’est qu’ils sont nés en 1993, voir 94… », lui répond-t-il (on pardonnera à mon amie cette erreur de calcul). Long silence que seule une gorgée de bière pourra dissiper. Un petit tour sur moi-même de 360° me suffira pour constater que les fans de Christophe Maé (lui, lui et encore lui !) ont pris leurs quartiers. N’en déplaisent à mes amies, mais toutes ces jeunes filles fraîchement formées pourraient faire passer mes copines pour des ménopausées.

00h50: « …ou le bus pyjama »

Un brin perturbé par la soirée qui semble s’annoncer, je m’élance vers le bar. Mais Mathieu (prénom fictif) semble m’en empêcher. Car Mathieu tente d’impressionner Sophie (il l’a déjà attirée vers le bar). Sophie le sait. Mathieu aime Sophie, mais Sophie craque pour Julien (8m plus loin). Sophie adore le côté « bad guy » de Julien, mais a aussi un faible pour Mathieu pour sa dégaine « twilight » à la Robert Patt. Mathieu sait que cela ne va pas être facile, mais qu’il a sa chance. Alors il va commander une bière (ce qu’il n’a jamais fait de son propre chef). Il se lance d’une voix qu’il espère assurée mais dont la sonorité nous rappelle, oui nous ses pairs, l’état transitoire dans lequel il se trouve : «ECuseEZ-mOI M’IeuR ! DEUx biERes». Le barman marque une pause et l’observe. Mathieu le remarque. Il y est presque. Il tremble, les mains sont moites, mais il ajoute : « S’vOUs plaÎt ! » La tireuse s’actionne. Mathieu fanfaronne.

Mais une fois ma commande passée, le temps de me retourner, je fais face à l’impossibilité d’aller sustenter mes potes de soirée. Car devant moi, un flot continu de Zac Efron et Miley Cyrus m’empêche de traverser pour aller délivrer la tournée et ensuite aller pisser. Car tel un clip de Patrick Sébastien, tout le monde se tient par la main. Joyeuse farandole qui s’émoustille du dancefloor jusqu’à dehors. Du vestiaire jusqu’aux « waters ». Et qui dit adolescents, dit co (non multi !) dépendants. Une plaisante camaraderie à laquelle je dois me soumettre pour espérer atteindre péniblement les toilettes.

2h00 : « Alors le taxi ? »

Et voilà que se rappellent à moi, à nous, à vous les bons souvenirs de cabinets. Côté garçons, entre conseils d’amis et autres délires virils, on pouvait donc entendre des « si t’attaK pa 7 foi… » ou des « put1 chui tro bourré », en passant par des « t’as dja bEzé » et finissant par des « t’as tro pa aSurE ». Côté filles (propos rapportés), on s’écoutait dire des « Tu penses ke j’devrai l’embraSer » à « il est tro bô grave » et continuant sur « Naomi elle est tro down ces temps. Paraît kel prend des médics. J’espère kel finira pa junkie ». Bref, une belle grappe d’adolescents venus partager un petit pipi confession.

3h00 :

Résignés, on abdique. Fini de lutter. Pas la peine. Pénible constatation. D’autres arrivent sur le marché. Va falloir s’y habituer.

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Mehdi

10 Responses

  1. manuela
    | Répondre

    Excellente transcription du sentiment de samedi soir au Romandie… 
    Mesdames les trentenaires ne capitulez pas ! La ménopause, c’est rock’n’roll

    • Gab
      | Répondre

       Hahaha, merveilleux, merci Mehdi, j’ai tellement ri!

  2. etienne_doyen
    | Répondre

     Je confirme, grandiose!

  3. Amber
    | Répondre

     Je comprends tellement ce que tu as ressenti, on se croyait au bal des moins de 15 ans…

    Le romandie étant accessible à partir de 16 ans, ça pose tout de suite un problème. Remarque, je suis de cette génération aussi, à peine plus vieux que les charmants spécimens dont tu parlais, mais je ne me sens de loin pas comme eux. 

    Quant au romandie, je sens l’espoir de résurrection de ce lieu mincir chaque jour, puisque même le public plus âgé n’est pas toujours une partie de plaisir non-plus…

    • Anonyme
      | Répondre

      @ Amber,

      Merci beaucoup pour le commentaire. Ca te dirait un petit article sur les spécimens plus âgés? Ou m’envoyer quelques perles sur eux? J’adorerais en lire et je ne suis pas très objectif…. sur les jeunes aussi tu me diras.

      A plus

      Mehdi

      • Amber
        | Répondre

         Oui avec plaisir, ce sera l’occasion d’exprimer mes regrets face au public suisse romand coincé 😉

        Y a-t-il une adresse ou je peux envoyer ça ?Que veux-tu plus précisément? 

        R.

        • Anonyme
          | Répondre

          Hello,

          Tu peux envoyer le tout à lausannebondyblog@gmail.com

          Un grand merci

          Mehdi

        • mehdi_atmani
          | Répondre

          Hello Amber,

          Toujours ok pour ton article réponse? Une adresse email sur laquelle te contacter?

          Merci beaucoup

          Mehdi

  4. georgesmorrison
    | Répondre

     yo!
    j’étais pas là à la soirée en question, mais fréquente souvent ce club, et surtout ses concerts.
    Ceci depuis son  ouverture à la Riponne et déjà à la Dolce à l’époque.

    Effectivement, leur public se rajeunit la moindre depuis quelques temps.
    Mais bordel tant mieux !  c’est pas un club pour vieux con comme moi qu’ils ont ouvert.
    Tu préférerais que ces ados sortent au Darling se péter la gueule sur du Britney ???
    ton sujet est accablant…. sort au Red Club si tu peux être peinard avec une tisanne…
    c’est exaspérant de lire qu’un mec d’à peine 30 balais gueule sur des jeunes de 17 ans…. tu vois ce que je pourrais dire moi qui suis né la même année que le punk !

    rock on vieux machin !

  5. Le Romandie
    | Répondre

     

    Vous en avez entendu des bruits de couloir, des rumeurs plus folles les unes que les autres, mais quoi qu’il en soit, voici la vérité toute nue: dès cet automne, les discos du Romandie ne seront plus accessibles aux moins de dix-huit ans. Loin de dire « dehors ceux-ci » de manière catégorique, nous maintiendrons bien entendu l’âge d’entrée des concerts à seize ans, car nous poursuivons toujours la même ambition, celle de faire découvrir à un public le plus large possible les fleurons du rock’n’roll en live.

    Le Romandie

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