Musique en passant # 1

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« Je fais plaisir et je dérange tous les jours » affirme Pete. Son activité ? Musicien de rue à Lausanne. Première partie d'une immersion dans le quotidien d’un métier reconnu et méconnu.

Le clarinettiste jazzy devant la Coccinelle, le duo cuivre et accordéon en face de Globus, l’accordéoniste Hongrois à la Palud, le violoniste un peu triste à la Riponne, les quatre musiciens bulgares devant Manor, ou encore le guitariste dont la rencontre loge inévitablement dans nos têtes un tube de pop anglaise que l’on finit par fredonner sans même s’en rendre compte. Qui ne les a jamais croisés au détour d’une rue piétonne du centre-ville ? Petit coup d’œil furtif, enthousiasme ou indifférence, quelle que soit notre réaction la présence des musiciens de rue ne constitue rien d’inhabituel. D’après des statistiques effectuées par la police du commerce, ils sont en moyenne une dizaine à se produire chaque jour à Lausanne. Ils font désormais partie du paysage urbain lausannois. Et pourtant qui sont-ils ? Quelles sont les démarches pour jouer dans la rue ? En quoi consiste le quotidien de ceux qui nous proposent régulièrement un peu de musique en passant ? Installé dans un café, Pete – chanteur et guitariste anglais – commence à me raconter, je finirai par le suivre.

A peine assis, le musicien me tend un bout de papier. C’est une amende. « Je dois payer pour travailler ! » me dit-il agacé. En effet, dans les rues lausannoises, ne joue pas qui veut quand il veut où il veut ! Pas de casting comme c’est le cas dans certaines villes européennes, mais des règles édictées par la Municipalité « dans le but de créer une bonne harmonie entre les artistes de rue et les usagers de notre ville » (www.lausanne.ch). Avant toute chose, un artiste ambulant doit se présenter au commissariat pour s’enquérir d’une autorisation. Celle-ci représente un montant de dix francs pour dix jours consécutifs de représentations, auxquels s’ajoute une taxe de sept francs par jour. Selon la cheffe de service du département concerné, « cet émolument résulte du travail administratif fourni et relève du Tarif municipal relatif aux émoluments administratifs de la police du commerce ». La taxe, quant à elle, « résulte du règlement et tarif d’occupation du domaine public ». Seulement voilà, Pete n’y voit que le prix à payer. Dix-sept francs pour un jour lui semblent être un pourcentage bien trop élevé par rapport à ce qu’il va y gagner. Du coup, de temps à autres, il arrive qu’il joue sans autorisation, au risque de se faire coller.

Habitant dans la région et jouant deux à trois fois par semaine, il fait partie des « habitués » qui cherchent à s’assurer un revenu complémentaire, si ce n’est principal. Selon lui, la plupart des musiciens paient leur autorisation du fait que les contrôles sont fréquents. Les autres directives de la Municipalité sont cependant plus difficiles à maintenir. Il y est écrit qu’il ne faut par exemple pas jouer plus de trente minutes au même endroit. « Mais ça ne change rien parce qu’on va quand même jouer une heure. Tout le monde joue une heure ici », m’explique-t-il. D’après la police du commerce, ces restrictions ont pour objectif d’accorder des « pauses sonores » aux habitants et commerçants du centre-ville, auprès desquels ils enregistrent en moyenne une plainte par semaine. Et les passants dans tout ça ? Car ce sont eux le véritable public cible. S’en plaignent-ils ? La musique ne semble a priori pas les perturber, et la plupart y sont même favorables. Cependant, les gens passent le plus souvent tout droit, sans même un regard.

Faire partie du décor, c’est prendre le risque d’être aussi surprenant qu’un quelconque autre usager de la ville dont on éviterait soigneusement le regard, passer presque inaperçu même en étant volontairement visible et audible. Afin de gagner leur vie, les musiciens redoublent alors d’efforts pour nous sortir de notre torpeur anonyme, principalement dans le choix de leur répertoire musical. Son truc à Pete, ce sont les chansons que tout le monde connaît. Des Beatles à Oasis, en passant par R.E.M. Et ça marche ! « Les gens qui reconnaissent les chansons me sourient. Il y en a qui chantent, d’autres plus rarement qui dansent et en général ceux-là ils donnent quelque chose. Par exemple, si je joue Losing my religion et que je ne gagne rien c’est que c’est vraiment une mauvaise journée. » Mais trêve de bavardage. « Allons travailler ! » me lance-t-il. Guitare sur le dos, caméra à l’épaule, nous voilà arpentant les rues pavées de notre cité dans l’objectif de capturer quelques images de ce quotidien atypique.

Suite au prochain épisode !

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Cristina

2 Responses

  1. fleks
    | Répondre

    Dans les “musiciens de rue”, le type qui joue de l accordeon tot le matin a la gare est assez extraordinaire.

  2. loris
    | Répondre

    C’est avec regret que je vous notifie le décès de Brand News Brown. Assassiné hier soir à Montreal, ce MC et musicien de talent avait fait ses armes en jouant dans la rue ou le métro. On avait notamment pu le voir dans le film documentaire Music for a Blue Train en 2003.

    R.I.P.

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