Mode made in Lausanne. Ethique et Style.

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Jeune styliste lausannoise, Laure Paschoud nous parle de son métier et de son Atelier. Rencontre.

LausanneBondyBlog : Premièrement, peux-tu te présenter ? Quelle est ta formation ? En quelques mots, peux-tu nous raconter ton parcours ?

Je suis Laure Paschoud, Styliste et fondatrice de la marque Atelier Laure Paschoud. Après avoir obtenu un bac tout à fait classique (latin-anglais) à Lausanne,  je suis partie étudier la mode à Londres. J’ai commencé par une année propédeutique au London College of Fashion puis un Bachelor de trois ans à la Central Saint Martin’s. Lors de l’exposition des travaux de fin d’année, une boutique londonienne a repéré mon travail et j’ai commencé à vendre des pièces, toutes réalisées par mes soins. En parallèle, j’ai continué ma formation en travaillant à Paris puis au Japon. De retour en Suisse en 2010 j’ai décidé de me concentrer sur ma marque et je produis actuellement 2 collections par an, réalisées en Bosnie.

LBB : J’ai lu que tu avais déposé ta marque. Comment en es-tu arrivée à créer ton propre atelier ?

De retour en Suisse en 2010 je savais que les possibilités de travailler dans la mode ne seraient pas grandes (il n’existe pas énormément de grandes marques suisses qui recherchent des stylistes) et comme je vendais déjà des pièces dans plusieurs boutiques j’ai décidé de me lancer en me concentrant sur ma propre marque. Je prépare actuellement la sixième collection (AH 2013), et je ne peux pas dire que c’est facile, il y a énormément à gérer, il faut toujours investir dans la collection suivante et les « pauses » entre deux collections sont quasi inexistantes…. c’est un perpétuel recommencement.

LBB : As-tu rencontré des difficultés ?

Je dirai qu’une des difficultés principales est de se faire connaître, afin que les boutiques puissent prendre connaissance du produit proposé. Il faut en effet parvenir à toucher celles qui pourraient potentiellement être intéressées par la marque. Le travail de démarchage, le choix de participation aux divers salons possibles (et souvent très onéreux) est un travail assidu, il faut parvenir à tenir sur la durée sans s’essouffler…

LBB : Concernant ton lieu de travail, où est situé ton atelier ? Est-ce que tu partages des locaux ?

Pour ce qui est du lieu de travail, au départ je travaillais à la maison, puis j’ai eu la chance de pouvoir reprendre les locaux d’amis architectes qui déménageaient. Je travaille à la rue du Nord, dans le quartier du Vallon. C’est calme et lumineux, il y a plusieurs ateliers dans le quartier et bien sûr  la Bossette pour les pauses café !
Je partage les locaux avec Philipp Schweizer, fondateur de « Label Vert », (http://www.label-vert.ch/) jeune entreprise lausannoise active dans l’événementiel et la communication dans le domaine de la promotion de démarches éthiques et de sensibilisation à l’environnement. Nous partageons aussi la cuisine de nos voisins les designers industriels de BIG-GAME (http://www.big-game.ch/).

LBB : Comment sont pensées les collections que tu réalises ? Quelles sont tes inspirations principales ?

Je dirai que de manière générale ma création est assez linéaire, les vêtements sont faits pour durer dans le temps, à travers les saisons. Je ne change donc pas du tout au tout à chaque collection, je ne suis pas vraiment les «tendances ».
Mais chaque collection a son thème défini, qui s’intègre généralement dans un cycle, je trouve en effet intéressant d’explorer plusieurs facettes d’une même idée.

LBB : As-tu des thématiques récurrentes, ou au contraire aimes-tu réinventer à chaque fois ?

Pour les cinq premières collections j’ai travaillé sur les sens, en les analysant à travers les codes qui existent pour les décrire, ou encore les images scientifiques pour les représenter.
Pour le prochain cycle j’ai choisi de m’inspirer des « 5 éléments naturels » en commençant pas l’air, en m’intéressant toujours aux codes inventés pour représenter graphiquement ces éléments.

LBB : Comment choisis-tu tes modèles ? Sont-ils ou elles des professionnel.le.s ?

J’ai souvent employé des amies pour poser pour mes photos, comme par exemple la comédienne Joëlle Fontannaz pour l’été 2012. Pour l’été 2013 j’ai travaillé avec une modèle professionnelle… Cela dépend de la collection, de son concept et de la présentation qui en découle.

LBB : Nous pouvons voir sur le site quelques photos des collections passées. Les lieux de shooting sont ou rappellent des endroits extérieurs. Pourquoi ce choix ?

Là aussi, cela dépend de la collection, du photographe et de la direction souhaitée. Personnellement j’aime bien les photos en extérieur car elles mettent vraiment les modèles dans un contexte. Après il n’est pas toujours évident de trouver le lieu qui convient, que la météo soit clémente etc. !

LBB : Sur ton site, tu expliques apprécier les collaborations ? Peux-tu nous parler d’une collaboration qui t’a marquée ? Et en quoi était-ce particulièrement intéressant ?

Par exemple pour la collection PE2013 j’ai collaboré avec le collectif japonais heso  (http://heso-cha.com/) pour un imprimé sur le thème de Umami (notre cinquième goût après l’amer, le sucré, l’acide et le salé). C’était très intéressant de voir leurs propositions de motifs en réponse au simple thème d’Umami. Le motif retenu, meshi, représentant des bandes de grains de riz m’a particulièrement plu.  En effet, de loin on dirait de simples lignes et c’est uniquement en le regardant de près que l’on s’aperçoit qu’il s’agit de grains de riz.
La présentation que nous avons réalisée ensemble à Tokyo était très réussie. Le collectif heso avait organisé une scénographie superbe,  prévu des bentos au riz rayé rappelant le motif, des biscuits en forme de grain de riz…c’était très intéressant de collaborer avec heso. Chaque collaboration permet d’échanger sur un thème commun, d’enrichir ses perspectives.

LBB : Concernant ton travail effectif, comment procèdes-tu ? Es-tu seule pour la conceptualisation ? As-tu des conseillers ? Es-tu seule dans l’atelier ?

Je travaille essentiellement seule, en partant du choix du thème,  de la sélection des tissus à la réalisation des patrons. J’ai souvent des stagiaires qui viennent voir comment ça se passe dans un atelier et m’aident donc par la même occasion pour la réalisation de toiles ou autre.
Il m’arrive de mandater des conseils marketing ou autres questions spécifiques mais de manière générale je travaille actuellement seule, ne pouvant pas me permettre d’employer quelqu’un.

LBB : Ta production se passe en Bosnie. Pourquoi et comment avoir choisi cette collaboration ?

En fait c’est le responsable de production, un suisso-bosniaque, qui m’a démarchée. Il est zurichois et a décidé de faire le lien entre ses deux pays, se rendant compte que la plupart des stylistes suisses avaient de la peine à trouver des solutions de production alors qu’en Bosnie des couturières cherchaient du travail. J’ai d’abord fait un test avec quelques modèles. Puis, satisfaite du résultat, j’ai continué.

LBB : Est-ce que tu te déplaces aussi là-bas ?

Je me rends sur place à chaque début de collection pour la réalisation des prototypes. L’ambiance familiale qui règne sur place et l’éthique de direction de l’atelier correspondent tout à fait au cadre de valeurs dans lequel je souhaite travailler.

LBB : Vous certifiez qu’il y a de bonnes conditions de travail, êtes-vous évalués ?

Il n’y a pas, pour l’instant, d’évaluation officielle de l’atelier de production car il n’existe pas d’organe d’évaluation bosniaque, mais avant de commencer à travailler avec cet atelier, j’ai longuement discuté avec les responsables qui m’ont exposé leur éthique, indiqué les salaires et les conditions de travail de leurs employés. Nous avons au fil des collections construit une véritable relation de confiance.

LBB : Nous avons pu constater que tu distribuais tes collections dans différentes villes de suisse romande mais aussi à l’étranger. Est-ce toi qui t’occupes de cela ? Comment cela s’est-il passé ? Tu as démarché, ou on t’a proposé des collaborations ?

Oui, c’est moi qui m’en occupe. J’ai en effet démarché une partie des points de vente, les autres ont découvert la marque au travers des divers salons auxquels je participe en Suisse et en Europe.

LBB : Et comment cela se passe-t-il dans le monde de la création de mode en tant que Lausannoise ?

Je dirai que de manière générale le fait d’être suisse est plutôt bien perçu et donne un à priori de qualité. Sinon le fait d’être basée à Lausanne a un côté pratique (on est rapidement à Paris, à Berlin, à Londres), et d’un autre point de vue ce n’est pas le lieu le plus stratégique pour toutes les questions de réalisations techniques, la suisse n’étant malheureusement plus un pays où l’industrie textile fleurit.

LBB : J’ai vu que tu avais plusieurs « événements ». Peux-tu nous parler de l’un ou l’autre qui t’a marquée ?

J’essaie en effet de participer à la plupart des événements qu’on me propose, même s’il faut bien sûr faire le tri. On ne sait pas toujours quelles seront les répercussions des évènements auxquels on participe mais c’est généralement une bonne façon de se faire connaître auprès du public.
Un événement qui m’a particulièrement marquée était de faire partie avec quelques-une de mes pièces, de l’exposition TOUCH au Mudac.
Lors de la nuit des musées, le MUDAC a en outre présenté le film  « Touches » réalisé par ma sœur Cécilia Paschoud  pour présenter la collection AH2012 « Braille » mettant en scène une jeune femme aveugle essayant quelques pièces de la collection, questionnant ainsi l’approche de l’habit par le toucher.  (http://vimeo.com/51663995)
Le vêtement est un objet universel qui fait partie du quotidien de la plupart des êtres humains, et je trouve très intéressant de pouvoir, grâce à lui, questionner des situations ou sentiments variés.
Le fait que les vêtements soient présentés dans un musée est aussi l’occasion de les apprécier pour leur aspect purement esthétique. J’insiste toujours sur le fait que je souhaite produire des vêtements qui gardent un sens pratique, qui soient fonctionnels pour la vie de tous les jours. Cependant, histoire de lier l’utile à l’agréable,  je souhaite aussi apporter un peu de beauté à notre quotidien au travers de mes créations.

LBB : Merci, Laure pour cet entretien! Y a-t-il autre chose dont tu aimerais nous faire part ?

Je vous invite à venir découvrir mes créations lors de deux évènements auxquels je participe prochainement :
1. Le Vestiaire Arty
Samedi 1 Décembre / de 11h00 à 17h00 /  à L’espace Saint François Lausanne. (http://www.vestiairearty.ch/)

2. La Vente au Vallon / Vendredi 21 Décembre (17h-20h) Samedi 22 Décembre (11h-19h) /
à la Maison du Vallon, rue du Vallon 2, Lausanne

 

 

 

Une réponse

  1. Annuaire suisse
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    J’aime beaucoup les collections de Laure Paschoud. Simples mais très classes, çà me rappelle l’adage “c’est dans la simplicité que l’on reconnait le bon goût”.

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