Mirko Loko, démiurge à la cool – Electrosanne 1/2

L’été est déjà presque fini, et Lausanne ne pense plus qu’à la rentrée des classes. On aura passé un mois de juillet médiocre et un août pire encore, alors fini de jouer, on prépare sa trousse et son cartable. Sauf que. Sauf qu’on avait enterré la saison de l’amour – et de la musique qui s’écoute avec les pieds – un peu trop vite, et avec lui le plus dansant des festivals de la capitale vaudoise, le bien nommé Electrosanne.

Mirko Loko From StageN’écoutant donc que notre courage et notre abnégation journalistiques, nous nous sommes précipités à la Place de l’Europe, dans l’espoir de rencontrer ceux qui ont fait, et continuent de faire, danser l’entrée du quartier du Flon pendant quelques jours. Les DJs (les vrais, hein, ceux qui préfèrent leur musique à leurs clips YouTube) préfèrent passer des disques que raconter leur vie, mais quand on a l’occasion d’en rencontrer un, on se dit qu’on aimerait bien savoir quel genre de personne choisit comme plan de carrière de nous électriser les baskets. Aujourd’hui, c’est Mirko Loko qui s’y colle. « Vieux » briscard de la scène techno lausannoise, puis internationale, connu pour ses sets dansants et exigeants, mais aussi pour ses tracks et remixes minimalistes et mélancoliques, tout en petites touches délicates, le jeune Lausannois a bien voulu nous rencontrer.

Il est seize heures passées ce jeudi lorsque je retrouve Mirko Loko à l’espace presse du festival. Déjà, la Place chauffe sous les rayons du soleil et les basses du soundcheck. La soirée à venir s’annonce palpitante, et c’est Mirko qui débutera, quelques heures plus tard, les hostilités. Pas prétentieux pour deux sous, jeans, t-shirt, et bien évidemment flycase à roulettes plein de vinyles à la main, il s’assoit à côté de moi, et nous sommes partis ! Interview thématique.

 Influences et chocs esthétiques.
« Mes premiers goûts se tournaient surtout vers le hip-hop, et puis la Dance de l’époque, Technotronic, KLF… Le premier disque que j’ai acheté était French Kiss de Lil Louis, et à partir de là, j’ai découvert la scène de Chicago, en parallèle je suis allé à une rave à Beaulieu [NDLR : Une RAVE ? A BEAULIEU ???], et je suis tombé sur Derrick May, qui m’a mis une violente gifle. Et je me suis progressivement intéressé à la scène de Detroit. A l’époque, je ne connaissais pas très bien ces courants, mais ces deux expériences ont été le tremplin, le moment où je me suis dit « J’ai envie de faire ça », et pour l’instant ça a plutôt bien marché. »

Venir d’une petite ville et aller jouer partout dans le monde.
« En fait, je préfère être à Lausanne. Pour faire de la musique, je préfère un peu être à l’écart du tumulte, des soirées, tout ça. J’ai vécu quelques mois à New-York il y a plus de 10 ans, et quelques mois aussi à Berlin récemment, et puis je ne me suis pas trouvé à ma place. Ce que j’aime à Lausanne c’est justement cette distance avec ce monde, plus propice à faire du studio, créer simplement, plutôt que d’être dans un circuit sans fin, tout le temps des fêtes, tout le temps des choses à voir ou à écouter… Et puis ce que j’emporte de Lausanne, c’est que la ville a très vite été une capitale du clubbing, Laurent Garnier avait une résidence au MAD, déjà à l’époque, Derrick May, Carl Craig venaient jouer, le Loft, où j’ai longtemps travaillé a fait venir beaucoup d’artistes de cette trempe. Et tout ça, pour finir, c’est mon background, ce qui m’a fait avancer dans la musique, et je le garde encore aujourd’hui, le privilège d’avoir vu tous ces artistes qui sont venus dans cette petite ville, bien avant Ibiza, et je suis assez fier de ça, d’être lausannois. Je représente Lausanne dans le monde entier et je suis très content de le faire. Lausanne, c’est ma ville, c’est toujours un plaisir d’y jouer, toujours un plaisir d’être de retour. »

La scène club à Lausanne et le creux de la décennie 00.
« Il y a bien eu une baisse de régime de la scène club à Lausanne, et je trouve que c’est dommage, parce que pendant longtemps, la ville s’est affirmée comme la capitale du clubbing suisse – et c’était le cas. Peut-être que ce creux est dû à l’effervescence de la fin des 90’s, et la ville a peut-être été un peu débordée par les événements, et il y a eu une période de réprimandes, ou de réglages si tu veux, mais aujourd’hui la culture électro va continuer à se développer à nouveau. C’est cool d’avoir une relève, jeune, qui pousse, qui se bouge pour faire des événements, et Electrosanne en est un parfait exemple. C’est bien d’avoir une génération qui prend des initiatives pour faire survivre le mouvement électronique, qui le fait très bien, d’ailleurs, avec une très bonne programmation, et c’est un vrai plaisir d’apporter mon soutien à ce festival en particulier. »

Création, production, et futur.
« Pour moi la production et le dancefloor sont deux choses très différentes : Sur le dancefloor, tu dois être énergique, tu dois faire danser les gens, mais j’utilise plutôt la production, le studio pour faire des expériences, des atmosphères, pour créer des univers, c’est ça que je trouve intéressant dans la production, donc c’est assez différent de ce que je fais en club ou en festival. Tout récemment, je viens de collaborer sur une BO, c’était un pas que j’avais envie de faire. Ce sera sur le prochain film de Jean-Cosme Delaloye  qui sortira en 2015. »

Retrouvez l’interiew de deux jeunes prodiges lausannois présents à Electrosanne jeudi !

Photo © Mirko Loko

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