Métro sans conducteur: confiance, méfiance?

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Prochainement, les Lausannois voyageront dans un nouveau métro entièrement automatisé. Une performance technologique qui demande encore aujourd'hui des ajustements avant sa mise en fonction. Mais alors qu'inspire le M2 à ces futurs passagers?

C’est déjà connu par tout le monde: le M2, le nouveau métro lausannois, roulera sur un tracé de 6 kilomètres au travers de la ville, entre le bord du lac à Ouchy et Epalinges, et de façon entièrement automatique sur pneumatique. Une première en Suisse et un vrai défi pour ce métro sans conducteur. Les Transports Publics de la ville promettent une sécurité d’exploitation à toute épreuve et un confort maximal. Mais face à une machine où l’humain cessera d’être présent, qu’en est-il du ressenti des futurs voyageurs ?

Interrogé au détour d’une rue, une première passante avoue sa méfiance. « J’ai vécu longtemps dans des villes où il y a des métros: Berlin, New-York. Mais vous savez parfois les métros automatiques sont dangereux. Les portes se ferment très vite, ou ils ne s’arrêtent pas », confie Henriette. Pour Anne-Marie, 82 ans, c’est surtout l’absence d’un humain aux commandes qui l’inquiète. « J’ai un peu peur. Je me méfie. J’ai eu quelques occasions de prendre le TSOL, et c’était parfait. Un métro sans conducteur, ça enlève tout contrôle. Mais pour rentrer chez moi à La Sallaz, il faut que je prenne le M2. C’est bien, c’est précis, bien programmé. Il n’y aura pas de bouchons, pas d’heures de pointe. C’est de la qualité, du progrès. Une bonne affaire ce métro ! Et puis, c’est nous qui l’avons quand même voté ! »

Les Lausannois l’ont choisi avec tous les défis que cela représente. C’est que les pentes de la ville demandent au M2 une adaptation des plus fines à sa topographie si particulière. Une technologie à la pointe qui comptera parmi les plus modernes et les plus performantes lignes de métro du monde. Un objet aussi de fierté pour certains des citoyens du chef-lieu vaudois. «  Le M2 c’est pour moi la pointe de la technologie », affirme Sylvie*. « Il y a des gens du monde entier qui viennent voir les travaux finalisés. Alors voyager dans un métro dirigé depuis un ordinateur ne me dérange pas du tout. » Un avis également partagé par Gérard* qui estime que ce métro représente la voie de l’avenir sans pourtant oublier que, comme toute technologie, il a sa part de risque. Un risque, qui n’a cependant pas l’air de l’inquiéter.

Confiance, méfiance: chacun y va de son ressenti. Mais l’imaginaire des gens déborde ces frontières. Et si le métro n’avait rien de plus inquiétant qu’un simple ascenseur ? C’est en tout cas l’avis de Joël. « Un métro automatique c’est marrant. En fait, on peut prendre la place du conducteur, aller dans sa cabine et admirer le paysage. » Entièrement géré par des machines, c’est bien. Pour autant qu’un jour une « attaque terroriste » ne vienne pas perturber la bonne marche du fameux M2…. ? « J’y songe parce que la Suisse est un pays pacifique. Vous savez, j’ai travaillé à la douane suisse une trentaine d’années, je connais un peu la situation, c’est pour ça que je pense au terrorisme », avoue Marc* avec suspicion. Plus terre à terre, Hélène* en train de se rendre à son prochain rendez-vous lance en courant : « Au moins, ce métro sera pratique et rapide. Je devrais enfin être à l’heure au bord du lac où mes amis m’attendent ! »

*Prénoms fictifs

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Laura Marin

2 réponses

  1. thomas
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    Quand j’étais enfant, jeune lausannois, je me souviens que dans un grand magasin (l’Inno, disait-on, avant qu’il s’appelle Globus), il y avait encore un Monsieur, assez étrange de voix, qui « pilotait » le grand ascenseur (un liftier), annonçant les étages, les rayons… Puis vint l’automatisation, la voix artificielle dans les ascenseurs de l’hôpital universitaire, bien plus tard celle, déjà, dans le bus. En lisant votre article, voyageant l’autre jour dans le M1, je me disais : Savais-je seulement (je savais, mais qu’est-ce que cela signifiait pour moi, qu’est-ce que cela signifie), qu’il y a (encore) un conducteur, dans ce métro-ci ? Un être de chair, d’os, de sang, de conscience, de présence (un regard parfois, quand on arrive en retard, que l’on court, avant que le rétroviseur ne rentre et que la machine s’élance, avec ou sans nous),… Longue, grande et curieuse histoire, l’automatisation… Les professeurs qui parfois n’enseignent plus « en présence », les guichets de la poste, des banques bientôt, vides ? Quand j’étais enfant, on pouvait encore aller chercher un billet dans un guichet, à Saint-François… Faut-il regretter ce temps ? Des métiers parfois difficiles ? Question qui court depuis le 19e siècle, au moins… Mais ne sommes-nous pas un peu aussi des automates, des robots, des mannequins, quand, le soir, le matin, dans le bus, bientôt ce nouveau métro, nous sortons ou nous rentrons nos carcasses, pour les livrer, forces de travail, à l’Emploi ? Merci pour cet article, et tous mes vœux pour ce site, prometteur. Bonne suite !

    • laura_marin
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      Merci à vous pour vos mots et pour cette réflexion, partagée.
      A votre dernière question, je me permets de “répondre” par une autre: est-ce que l’homme créant des automates en devient forcement? Invente-t-il ce qu’il a envie de devenir, devient-il ce qu’il a envie d’inventer?

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