Metallica : un concert pour beaucoup, une histoire de vie pour vous

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Des concerts, j’en ai vu beaucoup, pop, jazz, rock, je me suis même une fois rendu à un festival de musique country folk, ne me demandez pas pourquoi…, mais le son live d’un bon metal bien lourd manquait encore à mon background musical. Le concert de Metallica du 30 mai a donc représenté pour moi mon « baptême du feu » en la matière.

Et me voici donc à Yverdon-les-bains avec un ami et son groupe d’amis, des vrais fans de metal, eux, entourés de millions de jeunes et moins jeunes, tous se distinguant par un unique leitmotiv : le noir. Mais ce que je veux vous raconter aujourd’hui est une autre histoire.

C’est l’histoire d’un jeune homme, d’un type comme moi, comme vous, que j’ai connu par cette journée de Musique. Tout commence avec ces “simples” paroles, prononcées par Drilon, le nom du protagoniste de cette histoire: “Je ne n’aurais jamais imaginé qu’un jour dans ma vie j’aurais pu voir en live mon groupe préféré.” Quelque chose dans cette phrase avait suscité ma curiosité, le ton de ces paroles était un ton chargé d’émotion, presque mélancolique.

Drilon était un ami d’amis, nous ne nous étions pas encore présentés, et cette phrase fut pour moi le prétexte parfait pour le faire. Je lui demande alors ce qu’il entendait dire exactement; il me regarde, me sourit, me tend une bière et ajoute: “Là où il y a la Guerre et la pauvreté, la musique n’existe pas”. A ce moment-là je lui demande s’il a envie de me parler un peu de lui, d’où il vient, bref, de me raconter son histoire.

Assis dans l’herbe pendant que les groupes se suivaient sur scène à coups de sons aigus de guitares électriques et de cris métalliques, Drillon commence à parler, et au cours de son récit, prononce des mots tels que Guerre, explosions de bombes, maisons détruites, peur de mourir, tristesse.

Il m’explique qu’il a vécu tout ceci sur sa personne à l’âge de 13 ans, exactement en 1998, année du début officiel du conflit entre la Serbie et son pays, le Kosovo. Il me parle lentement, sans hâte ni nervosité, comme s’il voulait me faire comprendre le mieux possible chaque passage de son histoire ; il me raconte son père, parti au front une nuit alors qu’il dormait, et qui a disparu durant trois ans sans plus donner de nouvelles, à tel point que dans la famille, tous pensaient qu’il était désormais mort. En réalité il fut prisionnier des milices serbes et enfermé dans un camp de travail.

Il me raconte sa maison, qu’il ont dû quitter hâtivement en raison du danger de l’arrivée de “l’ennemi”, il me raconte les marches interminables, des dizaines et des dizaines de kilomètres parcourus sur des routes de montagnes pour réussir à rejoindre la “proche” frontière de l’Albanie, où leur vie aurait été sauve.

Et pendant que j’écoutais, au fond de moi les paroles se transformaient en images, oui, comme celles d’un film que j’avais vu tant de fois à la TV, et je pensais et repensais à l’année 1998, lorsque j’avais un peu plus de vingt ans et que mes seules préocupations de vie étaient où passer les prochaines vacances entre amis et quel scooter m’acheter. Tout ceci me semblait si absurdemment invraisemblable, et pourtant ce jeune homme en face de moi ne me racontait pas la trame d’un film, mais son Expérience de Vie, vie tristement réelle.

Je lui demande s’il y a un souvenir qu’il porte et qu’il portera en lui pour toujours, et il me répond qu’il y en a deux, l’un fâcheux lié à l’abandon de leur maison au moment où le conflit a éclaté, l’autre, positif, est l’image du père qui revient à la fin de la Guerre, considérablement amaigri, mais sain et sauf. Cette image le fait sourire. J’en profite alors pour l’éloigner un peu de ce contexte et je lui demande comment la vie l’a mené à vivre ici en Suisse. Il m’explique qu’il a fait la connaissance d’une jeune fille lors de l’été 2008, dans sa ville de Prizren au Kosovo. Cette jeune fille, suisse mais d’origine kosovare, est née et vit à Lausanne, ville dans laquelle ils vivent actuellement, et qui bientôt les verra devenir les jeunes parents d’une petite fille.

Je lui souris, et en guise de dernière curiosité je lui demande comment il a vécu le passage de Prizren à Lausanne. Il me répond: “Quand je suis arrivé à Lausanne en 2010, tout me semblait incroyable. J’ai trouvé la ville magnifique, propre, sûre, et surtout pour moi Lausanne a représenté la réalisation de mon rêve le plus grand, me sentir libre.” J’aurais voulu lui demander tant encore, mais à present tout était prêt pour le début du show, le groupe Metallica allait faire son entrée et la dernière chose que je voulais était de lui voler ne serait-ce qu’un seconde de ce spectacle.

“Bon concert, Drilon, et merci”.

  1. georgia
    | Répondre

    Quel récit de vie!! Touchant…

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