Manger mieux à Lausanne : La Brouette

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Depuis quelques temps déjà on entend parler d'une mystérieuse Brouette dans les rues de la cité. Après avoir fait languir tout Lausanne, repoussé quelques fois la délivrance, La Brouette est fin prête. Je me suis glissée dans les coulisses de l'épicerie durable à quelques semaines de l'inauguration.

C’est par une journée d’octobre particulièrement maussade que je suis partie à la rencontre de Pierre, un des neuf à l’origine du projet et qui s’est porté volontaire pour m’en parler. Arrivée sur place, je suis accueillie avec enthousiasme par Augustin, qui sait déjà pourquoi je suis là. Les deux garçons ont le sourire et la patate, même si l’assemblée de la veille s’est prolongée jusqu’à tard dans la nuit. La pluie qui s’intensifie à travers les fenêtres ne suffira pas à ternir leur optimisme. La date officielle d’ouverture a été décidée la veille au soir ; La Brouette, qui proposera des produits d’épicerie en vrac, entre en scène le 19 novembre prochain, avis aux amateurs !

Les origines

Le quiz de la brouette : Mais quand ouvre-t-elle? Rép : ---embre
Le quiz de la brouette : Mais quand ouvre-t-elle ? Rép : —embre

Ce projet d’épicerie durable, soit « respectueuse de l’environnement, des producteurs et de la santé des consommateurs », ils le méditent entre amis depuis plus d’un an et se mettent à la recherche d’un local en janvier. Après trois visites seulement, ils découvrent ce petit coin niché dans un quartier en devenir, au 79 de l’avenue d’Echallens. Même s’ils contribuent malgré eux à sa gentrification, ils l’apprécient pour la mixité sociale que l’on y trouve et la richesse des rencontres que l’on y fait. L’espace est rapidement adopté et tout le processus de projet s’accélère. Le financement est rendu possible grâce à l’économie participative et au succès rencontré par leur idée sur We Make It. Et voilà qu’une dizaine de mois plus tard les neuf amis se retrouvent sur les rails.

La Brouette c’est 5 axes précisément détaillés par les initiateurs du projet sur le site : les produits seront locaux, bios et vendus en vrac. La vente en vrac, qui rencontre un succès grandissant dans les villes romandes, propose des produits secs (farine, céréales, pois chiches, etc.) présentés dans de grands silos et des produits à la coupe. Les quantités sont choisies par le consommateur qui vient avec ses propres contenants. Les fondateurs souhaitent par ailleurs assurer une transparence dans la gestion des projets et une rémunération correcte pour les producteurs. Afin d’assurer sur tous les points, ils optent pour le modèle coopératif en se basant sur des expériences menées partout dans le monde et refusent de traiter avec des grossistes. Ils se mettent eux-mêmes à la recherche de producteurs, en écumant les foires et les marchés et en faisant fonctionner leurs réseaux. Ils se fient également aux conseils de ceux qu’ils rencontrent en chemin et qui n’hésitent pas à mettre en valeur le travail des collègues. La tâche n’est pas mince, ni dans l’énergie dépensée pour constituer l’offre, ni par la suite dans la gestion des marchandises et des arrivages. Elle témoigne de leur volonté de penser l’entier de la chaîne et de connaître leurs produits. Bonne nouvelle, la camionnette qui leur permettra d’aller sillonner la Suisse romande (majoritairement) pour constituer leur premier stock est bientôt disponible. Les choses bougent à La Brouette.

Comment ça marche ?

Le modèle coopératif leur permet d’assurer la transparence de la gestion financière mais également de bénéficier de l’énergie des membres qui pourront graviter à loisir autour du projet. Les coopérateurs disposeront, moyennant une part sociale fixée à 300CHF, d’un droit d’accès à l’assemblée générale, d’un regard sur les budgets de chaque projet, d’un droit d’éligibilité dans le comité et ils pourront faire valoir leurs idées, leurs envies et leur vision de La Brouette. Le projet existe également grâce à ses bénévoles, dont les initiateurs eux-mêmes, lesquels continueront à rester centraux pour le fonctionnement de l’épicerie. Les bénéfices serviront à couvrir les frais d’exploitation et à assurer le salaire du seul employé fixe, responsable de la gestion de la boutique. Le recrutement est en cours et Pierre me confie l’importance de celui qui sera en charge de gérer l’approvisionnement tout en évitant le gaspillage alimentaire. Car le principe du vrac, c’est avant tout de lutter contre le sur-emballage qui remplit nos poubelles et contre le gaspillage des denrées en proposant des portions sur mesure. Le défi supplémentaire que s’est lancé le collectif, c’est de proposer également des produits frais, fruits et légumes mais aussi produits de fromagerie et de boucherie. Pas question de devenir boucher à la place du boucher pour autant. Pas question non plus de véganisme pour l’instant, même si les vegans pourront trouver leur compte dans l’assortiment. La vision de La Brouette sur l’alimentation est tournée vers une consommation consciente mais non culpabilisante, un rapport de proximité entre producteurs et consommateurs et la possibilité de varier les plaisirs.

Du champs à l'assiette - les sorties au vert de La Brouette
Du champs à l’assiette – les sorties au vert de La Brouette.

Sorties au vert

La proximité et l’échange pourraient ensembles résumer La Brouette, mieux encore que tous les autres qualificatifs. C’est aussi là que les neuf amis se distinguent et c’est ce qui fait leur force. Au fil des mois, ils sont parvenus à se lier à de nombreux producteurs régionaux et ont découvert différents modes d’agriculture, de la ferme collective et participative à la permaculture. Fort de cette relation privilégiée, La Brouette veut proposer des rencontres entre consommateurs et producteurs à la fois dans leurs locaux, autour de dégustations, et sur les différents lieux de productions, pour que chacun puisse comprendre le travail de la terre, de l’élevage et s’attacher aux démarches autant qu’aux goûts. Si l’histoire de chaque producteur ne sera pas directement mentionnée sur les étiquettes, le site Internet proposera régulièrement des portraits et un classeur pourra être consulté en boutique.

Et le bio dans tout ça ?

La Brouette distribuera des produits issus de l’agriculture biologique, ce qui pour tout citoyen conscient et consciencieux devient petit à petit une évidence. Une évidence qui néanmoins se paye souvent cher et qui fait de mes courses un instant coupable. Il faut savoir que le bio a deux facettes. D’un côté, c’est un mode de production qui respecte les ressources naturelles et privilégie la qualité sur la rentabilité ; et ça c’est bien. Joël vous en a déjà proposé une courte définition dans son article sur les paniers de légumes. Il mentionne également que le bio est un label. J’ajouterais que ce label se monnaie cher, ce qui contribue à augmenter les prix des produits qui en sont distingués et éloigne du même coup le quidam de leur consommation. Malgré cela, à La Brouette, on nous promet des prix accessibles et qui seront concurrentiels par rapport aux produits bios des grandes surfaces avec en prime la garantie d’un produit régional et d’un accueil au poil. Ils proposeront aussi quelques producteurs dont ils ont pu vérifier la bonne foi mais qui ne sont pas certifiés par ce fameux label. Ils ré-ouvriront par ailleurs la discussion lors de leur première assemblée générale autour des labels annexes comme l’IP-Suisse (le logo à la petite coccinelle), que leur première volonté – bio et c’est tout – tient pour l’instant à l’écart tout en les privant de certains produits comme le riz. S’ils devaient à l’avenir contourner quelquefois les labellisations, ce sera néanmoins en continuant à défendre des producteurs pour qui l’avenir passe par une diversification des cultures, l’importance d’une terre vivante et celle de la biodiversité, faune et flore confondues.

La brouette transporte pour l'instant des carreaux ciments
La brouette transporte pour l’instant des carreaux ciments.

La Brouette pratique

Voilà qui me paraît prometteur, mais ce n’est pas tout ! Cerise sur le gâteau, après avoir fait appel au vote populaire en lançant un sondage, l’équipe a décidé d’horaires d’ouverture adaptés à nos modes de vie. Vous pourrez vous rendre à La Brouette du lundi au vendredi jusqu’à 20h00. Le samedi, la boutique ne fermera qu’à 19h00, de quoi s’y rendre après le marché. Pour les moins équipés, des contenants seront disponibles à l’achat mais le but est bien sûr de les réutiliser. A terme, l’équipe de La Brouette proposera sans doute une petite restauration pour le midi, une annexe mobile et milles autres projets qui se mettent en place sous la houlette d’une effervescence collective.

Au boulot
Au boulot.

Je les laisse à leur chantier, entre les pinceaux et les marteaux piqueurs. Partout le lieu a été gratté et piqué pour récupérer le charme de l’immeuble 1912, ses hauts plafonds, quelques fragments de moulures désormais peints en doré et les sols qui n’étaient pas trop abîmés dont de superbes carreaux ciments aux motifs noir et blanc. Ils mouillent leurs chemises pour nous accueillir dans du beau et y goûter du bon. Je vous propose de les retrouver le 19 novembre pour une ouverture qui s’annonce festive et gourmande. A vos pots en verre et sacs en toile, il est temps de découvrir ce joli lieu, mené par une équipe pleine d’enthousiasme et enthousiasmante !

Si vous voulez participer en tant que bénévole vous pouvez vous annoncer ici. Pour en savoir plus et devenir coopérateur vous pouvez leur laisser un message par là. Pour rester informés, vous pouvez liker ici ou suivre et .

En complément : pour plus d’infos sur le gaspillage alimentaire rendez-vous sur le dossier RTS consacré à nos poubelles et pour lutter contre découvrez le mouvement Zero Waste Switzerland ou l’initiative Food Waste.ch.

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