Maître-nageur le jour, poète la nuit !

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En été, Mathieu est maître-nageur dans une piscine lausannoise. L’hiver, il parcourt les café-théâtres pour partager son amour des mots et de la musique avec le public. Il vient d’enregistrer son premier disque en avril dernier. Nous vous invitons à découvrir cet artiste et son univers trip-hop. Il sera le 27 août à la Datcha pour une soirée Slam.

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« Navigue entre les vents, toi t’es comment dans les méandres, dans les courants.
Dans le sens du vent tu prends confiance mais dès qu’il tourne alors, pourquoi tu trembles ? Les sirènes sont là. On les devine en silhouette.
Et dans la brume du littoral, elles font le guet.
Elles prient le ciel qu’on les écoute mais le marin fait ce qu’il peut.
C’est un appel en manque d’amour et le marin hésite un peu… »

Ce printemps, une amie m’a invité à une soirée « slam » à Lausanne. J’ai bien failli m’étrangler en découvrant sur la scène le maître-nageur de la piscine de mon quartier. J’ai été subjuguée par sa voix et sa mélancolie. On pourrait dire qu’il raconte l’âme des gens. Mathieu met des mots sur nos maux.

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Je l’ai rencontré il y a quelques jours dans l’espace de repos des maîtres-nageurs, à la piscine.

LBB : Mutine Poetica est le nom de ton groupe de musique. Pourquoi Mutine et pourquoi Poetica ?
Mathieu : C’est latin. Je trouve la résonance alléchante. Nous voulons partager une certaine poésie par la musique et par les mots sans forcément se classer, se parquer dans quelque chose de figé. Tout évolue chaque jour, notre façon de composer, de jouer, mon écriture. Mettre une étiquette serait la mort prématurée de notre projet.

LBB : As-tu toujours écrit ?
M : Oui, j’ai toujours aimé écrire, jouer avec les mots. À l’école, j’étais doué en lettres et pas en maths.

LBB : Les mots pour toi sont-ils plus importants que la musique ?
M : J’ai toujours dissocié les deux. Ils sont complémentaires dans le cheminement de la composition. Je pars de quelques mots passeurs d’émotions, un thème ou pas, juste des idées. Je cherche des figures de style, des enchaînements brefs et après un certain temps, je ressens le besoin d’y ajouter de la musique. J’ai appris peu à peu à composer sur des claviers et des machines électroniques. Je propose différentes bases mélodiques et rythmiques pour amener de la force aux textes. Avec Xavier Thireau, professeur de flûte traversière à Dijon, nous recherchons les harmonies pour structurer le morceau. J’aime faire intervenir les instrumentistes de milieux différents, cela apporte une couleur généreuse à notre musique. Pour les prochains concerts, un violoncelliste se joindra à nous. Ce sera cool.

LBB : Ton disque, sorti en avril dernier, est plutôt du genre trip-hop. Quelles ont été tes influences?
M : Pour l’écriture, ce sont les livres et les vieux auteurs français qui me parlent le plus. Pour la diction, le rythme, le rap et le hip-hop ont été pour moi un déclencheur. Oxmo Puccino, Assassin, KRS One, Jurassic 5 ont été des sources d’inspiration pour raconter les choses au public. Pour la musique, j’écoute de l’électro-tech depuis les années 90. Laurent Garnier résidait dans un club nommé l’Anfer à Dijon. C’était la belle époque… On y voyait Manu le Malin en plein rush, Underground Résistance, Derrick May et bien d’autres. J’aime le reggae, la musique classique, la salsa, le jazz, et beaucoup d’autres musiques. Du coup, sur le disque, nous nous sommes amusés à mettre un peu de tout. Il y a un slam au piano sur Una altra vita de Ludovico Einaudi interprété par Raoul Boffing, du rap et des moments plus électro, de la dance et de la poésie avec le chœur de Lucie Bougé et la flûte enchantée de Xavier Thireau

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LBB : Que t’apporte le slam ?
M : C’est pour moi un moyen de me faire connaître, mais également un exercice de style. J’aime partager mes écrits directement avec le public. Je trouve l’idée originale de pouvoir dire ce que l’on veut sans musique avec des interprétations différentes, des rythmes de lectures différents, des opinions différentes. J’écris à chaque fois de nouveaux textes que je me réjouis d’interpréter au Bourg ou à la Datcha. À Dijon, je faisais cela dans un café populaire. Les slameurs prenaient le micro et racontaient leurs histoires, parmi le public. Ce sont des moments perturbants, car ils sont chargés d’énergie, mais toujours agréables lorsqu’ils sont partagés. J’aime cette sensation et c’est pour cette raison que je participe aux soirées slam. J’aimerais prochainement publier un recueil poétique.

LBB : Et la scène ?
M : Cet hiver avec Mutine Poetica, nous avons donné une vingtaine de concerts dans des café-théâtres et des petites salles en France. Mais nous commençons un nouveau projet et nous avons besoin de convaincre les propriétaires de salles pour que nous puissions nous produire. Un teaser est en route et la promo se fait doucement. Nous présentons un spectacle d’une heure et demie. Je suis en discussion avec plusieurs salles connues à Lausanne pour y donner des concerts cet automne.

LBB : Comment fais-tu pour concilier la scène et la création artistique avec le travail et la vie quotidienne?
M : Hors saison, je travaille comme éducateur sportif. Je n’accepte que des missions de courte durée pour pouvoir faire de la scène. En été, je suis maître-nageur et ouvrier de maintenance à Lausanne. Je suis loin des musiciens. Du coup, nous sommes en phase de création pendant cette période, ce qui me permet d’écrire de nouveaux textes, de jouer d’autres choses. J’en profite aussi pour promouvoir notre projet. Ensuite, en automne, nous nous retrouvons et nous assemblons ce que nous avons fait chacun de notre côté entre juin et septembre.

« …Versatile et volatile, pour se tirer l’esprit s’étire.
Ne devient plus qu’un fil, à suivre.
Si tu t’obstines à faire la loi, le roi.
Autant de questions que de directions se poseront devant toi.
Vagabonde au libre choix et laisse l’immonde aux malheureux,
qui dans leurs tombes auraient fait le premier pas.
Dans le désert des solitudes ou dans la foule d’incertitude.
Ton coeur écoute-le, ne résiste pas. Si tu l’entends c’est qu’il te parle. »

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Je suis certaine que vous mourez d’envie de découvrir à votre tour Mathieu et Mutine Poetica. Vous trouverez plus bas toutes les informations pour le suivre à la trace.

Retenez bien son nom, car vous entendrez  parler de lui et un jour peut-être, vous le verrez sur le sofa rouge de l’inoxydable Drucker (lorsque j’ai évoqué cette possibilité à Mathieu, il a fait une drôle de tête !).

L’artiste sera pour une soirée slam en scène ouverte à la Datcha le 27 août prochain.

02 mai 2014_2804Mathieu participera également le 5 décembre 2015 à 20h30 à une soirée organisée par Eustache et Slameurs.ch à la Maison de quartier Sous-gare à Lausanne. Le concept de la soirée est qu’un groupe musical invite des slameurs, des rappeurs et des chanteurs.

Vous pouvez également écouter Mutine Poética sur Soundcloud.

Le CD de Mutine Poética est disponible à la boutique Mazag (6, ruelle du Grand-Pont à Lausanne)… par une étrange coïncidence, il s’agit du magasin de savons d’Alep dont je vous parlais ce printemps. Le monde est finalement un village !

Vous pouvez également contacter Mutine Poética par courrier électronique : mutinepoetica@gmail.com

Et suivre l’actualité musicale du groupe Mutine Poética et de l’artiste sur Facebook.

 

 

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