Lumières sur le Festival Cinémas d’Afrique

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Du documentaire à la fiction, en passant par la photographie, cette 8ème édition vous propose de découvrir le continent africain autrement du 22 au 25 août. Interview d'Alain Bottarelli, coprésident du Festival.

LausanneBondyBlog (LBB) : le thème choisi est celui de la lumière cette année, pourquoi ce choix ?
Alain Bottarelli (AB) : Chaque année nous choisissons une thématique, c’est un fil rouge pour nous. Alain BottarelliCela nous est utile, car c’est plus facile de choisir entre beaucoup de films. Et on se dit qu’on ne va pas publier le thème, puis au final il a souvent été publié. Les thèmes des années passées ont pu être “la ville” ou “l’ubuntu” ; les thèmes sont toujours assez larges, pour ne pas être coincés. Cette année, nous avons choisi la Lumière, le lien avec le cinéma est évident, mais c’était aussi une manière d’éclairer l’Afrique, différemment. Vous savez, au mois de décembre, on ne sait pas ce que cela va donner ! Et là, ça nous semblait être un thème intéressant.

LBB : Le festival fête sa 8ème édition, revenons à son projet, comment a-t-il débuté ?
AB : Avec Boubacar Samb, l’autre co-président, nous avions l’idée de faire des projections de films au cinéma Bellevaux, mais nous n’avons pas réussi à sortir un centime. On s’est dit que peut-être en organisant un petit festival sur 2-3 jours, cela serait plus intéressant, et la cinémathèque a tout de suite été partante. Pour nous, cela a aussi été important car cela a donné un gage de sérieux du festival, y compris pour les cinéastes africains. Et depuis 8 ans, on est passé de 9 films projetés à 52 aujourd’hui. Cette année, comme nous avons plus de films, nous pourrons difficilement les projeter plusieurs fois durant le festival : nous allons peut-être devoir ajouter encore un jour !

LBB : Qui sont les personnes qui font parties de votre comité ?
AB : Il y a beaucoup de gens au comité, de 20 à 75 ans ! Il y a vraiment des personnes de toutes les générations ; nos enfants sont maintenant dans le comité, ma fille, par exemple, est la responsable des activités bénévoles pendant le festival. Les gens du comité proposent des activités et on en discute ensemble. Aujourd’hui le comité est devenu ami, c’est cela qui fait aussi que l’on continue.

LBB : Le festival fonctionne uniquement à la force et l’envie de bénévoles ? Qu’est-ce qui vous motive en sachant que c’est énormément de travail, qui mériterait salaire ?
AB: nous avons quelques subventions, de la ville, du canton, de la Loterie romande, mais ces apports sont employés pour payer les infrastructures, les impôts, les taxes, les techniciens, le graphiste et l’attaché de presse. Évidemment, nous aimerions pouvoir payer plus de gens, en sachant que c’est vraiment beaucoup de boulot, mais c’est très difficile de trouver des sponsors ! De l’Afrique ? Ils s’en foutent ! On ferait un festival sur le cheval, on récolterait certainement plus d’argent.

LBB : vous avez trois organisations qui sont en partenariat pour la projection de films (Amnesty International, le Bureau lausannois d’intégration (BLI) et Swiss aid), comment cela s’est-il mis en place ? Vous leur avez proposé ?
AB : Oui, pour certains, nous leur avons proposé et d’autres ont demandé, ils participent aux frais pour le film et les invités. Pour Amnesty International, ce qui nous intéressait c’était leur rapport au politique, évidemment. Pour nous, il n’est pas question de prendre parti mais de parler de thèmes larges et importants tels que les Droits de l’Homme. Pour le BLI, nous avons tenu à avoir une organisation lausannoise, nous leur avons demandé pour cette participation. Pour Swissaid, l’une des personnes du comité avait des liens avec eux et cela s’est fait suite à des rencontres. On le sait, dans ce type d’organisation, on n’échappe pas à l’aide au Tiers-Monde. Mais, généralement, on n’accepte pas les demandes de stands d’autres organisations, pour l’instant ; on a eu certaines années des associations mais pour des thèmes précis. Par exemple, avec les Amis du festival Cinémas d’Afrique, ou encore afin d’obtenir des fonds pour un nouveau bus pour le projet Cinomade, cinéma itinérant au Burkina-Faso. Mais on tient à ne pas s’éparpiller.

LBB : Pendant le festival, sont exposées des photos de l’artiste Malick Sidibé. Comment est née cette collaboration ?
AB : Tout est une question d’alchimie et de rencontre, et cela monte en mayonnaise.Malick Sidibe Ce sont des hasards et des envies qui permettent ces collaborations. J’ai découvert le travail de Malick Sidibé et nous avons appris qu’il serait possible d’avoir quelques-uns de ses magnifiques clichés. C’est comme pour tout, j’ai aussi rencontré un réalisateur à qui nous avons donné carte blanche pour un film. Ce réalisateur rencontre un réalisateur congolais qui lui demande de faire un film. Grâce à cela, un film est né et c’est ça l’important.

LBB : Vous invitez passablement de réalisateurs ou acteurs, comment cela se passe-t-il ?
AB : Cette année encore, il y a beaucoup de gens invités, nous tenons à faire venir des réalisateurs, des acteurs, etc. mais cela entraine aussi des frais. Nous avons des subventions de la Direction du développement et de la coopération (DDC), mais c’est clair que cela fait exploser le budget, rapidement. D’ailleurs, en passant, c’est un véritable défi d’avoir les visas, déjà pour en donner à des Africains, mais là, souvent on demande des délais assez courts, dans la mesure où on a souvent fini la programmation au début de l’été et du coup on a peu de temps pour leur demander de venir.

LBB : Comment trouvez-vous les films ?
AB : Nous constatons que tous les festivals, dont Black Movie, ont arrêté d’avoir des films africains, ils se sont tournés vers l’extrême Orient voire l’Amérique du Sud. Mais, il faut comprendre qu’il y avait effectivement plus ou disons moins de films. Maintenant, cette production est remontée, le Nigéria est un pays, par exemple, qui produit beaucoup de films. Depuis que l’on commence à être reconnu, un tiers des films nous sont envoyés directement. De plus, je suis dans le métier et du coup, je reçois les catalogues avec les films africains, et on essaie d’aller aux autres festivals qui proposent ces films. Nous allons à Ouagadougou, à Luxor, à Durban mais aussi en Europe, à Berlin, en Belgique, etc.

LBB : Comment se fait la sélection des films ?
AB : Pendant l’année, le comité regarde les films qu’on a reçus dans une salle de cinéma. Pour cette édition, on a reçu environ 250 films. Les quelques-uns que nous n’avons pas pu voir, nous pensons les garder pour l’année prochaine. Le soir on parle des films qu’on a vus et on fait un premier tri. Mais la programmation finale, nous la faisons à deux personnes.

LBB: Quels sont les films choisis cette année ? D’où viennent-ils ? Avez-vous un ou des coups de cœur ?
AB : Nous visionnons des films de beaucoup de pays dont l’Ethiopie, le Mozambique, l’Angola, l’Afrique du Sud, le Rwanda et le Nigéria. Les films projetés le soir sont choisis pour être tout public, bons quand même mais pas trop difficiles. Cette année, on a une très belle programmation, le film d’ouverture Grigris est vraiment intéressant et nous aurons la chance de recevoir le réalisateur. Samedi soir, il y a un film malgache aussi très bien. Cette année, je conseillerais d’aller voir également les films expérimentaux, ce sont des longs métrages de gens qui font de la recherche. Il y a “Matière grise”, film du Rwanda et “La bataille de Tabato” de Guinée Bissau. Et un coup de cœur, je vous dirais Taste of rain, film d’Afrique du Sud qui se passe en Namibie.

 

LBB : Et quels sont les changements que vous avez constatés depuis 8 ans ?
AB : En 8 ans, nous voyons l’impact des nouvelles technologies. En termes d’accessibilité, entre les DVD, Internet et autres supports de projection, cela s’est radicalement modifié.

LBB : Quels sont vos projets ? Pour les prochaines éditions par exemple ?
AB : On a la volonté de pouvoir diffuser ces films. On essaie d’avoir un moyen de visionner ces films, qu’ils puissent être à la disposition des universitaires. 2014, on y pense déjà, on va commémorer les 20 ans du génocide du Rwanda, c’est important pour nous.

 

Plus d’infos: http://www.cinemasdafrique.ch/

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