Logement étudiant : une problématique loin d’être résolue

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Je vous le donne en mille, la ville de Lausanne compte 40 000 jeunes en formation ! Un chiffre impressionnant qui sous-entend un certain agencement en matière de logement étudiant auquel Grégoire Junod, municipal du logement à Lausanne, prétendait remédier, en septembre dernier, par différentes mesures. Décryptage.

bouge-490x200Eh oui, la problématique du logement ne touche de loin pas que Genève, elle se propage, s’étend et s’insinue comme la peste. Lausanne n’en sort pas indemne. Etant l’un des plus grand centre de formation de Suisse romande, la ville se voit confrontée à un double problème : loger sa population dite active ainsi que ses nombreux étudiants. Ce dernier point est sans doute le plus complexe au vu du décalage qui ne cesse de s’accentuer entre d’une part l’explosion des loyers et d’autre part le budget particulièrement restreint des étudiants, nécessitant une politique de logement spécifique pour ces jeunes en formation.

Ainsi, Grégoire Junod, dans un rapport-préavis rendu au Conseil d’Etat le 5 septembre 2013, nous propose trois mesures devant aboutir à environ 350 « lits » en plus, à mettre à disposition dans 4 ans pour, rappelons le bien, 40 000 étudiants. Je parle bien de « lits » et non de « logements » car, au vu de ce qui a déjà été mis à disposition de cette population estudiantine, il ne s’agit pas d’espaces habitables 365 jours par année mais plutôt de dortoirs. Bref, ces mesures consistent en (dans l’ordre de la plus concrète à la plus abstraite) « 210 chambres à proximité et en association avec l’Ecole Hôtelière de Lausanne » dont le site n’est pratiquement pas desservie par les transports publics. J’ai fait le calcul pour vous, le temps pour se rendre à l’université de Lausanne est pratiquement le même que si l’on est installé à Neuchâtel. Ensuite, et c’est là que cela commence à devenir abstrait, « 50 chambres dans le quartier des Fiches au nord de Lausanne à l’état de projet » et pour finir, la ville entend « inviter », lors de futurs projets, « les sociétés immobilières à réserver une/des chambres aux étudiants » en précisant tout de même que « l’offre a l’avantage d’être réversible ». Il va sans dire qu’aucun de ces projets n’est soumis à une quelconque réglementation des prix des loyers, ce qui peut laisser pantois lorsque l’on sait que le prix des chambres de la dernière résidence pour étudiants construite à l’EPFL s’élève à plus de 700 frs par mois.

Après tout cela, ne nous étonnons pas d’apprendre que si 55% des étudiants de l’UNIL ne vivent plus chez leurs parents, seulement 3% d’entre eux vivent en résidence d’étudiants, ces dernières étant insuffisantes et hors de prix. Tout ceci est regrettable car la réussite des étudiants passe aussi par des conditions de vie acceptables qui par ailleurs augmentent leurs risques d’échecs lorsqu’ils doivent travailler en dehors de leurs études ce qui semble pratiquement inévitable puisqu’il devient impossible de se loger à Lausanne à moins de 700 frs par mois. Le logement pour étudiant est un point crucial et une politique à mener avec sérieux si l’on veut parler d’une véritable « démocratisation des études ». Car c’est bien là que se trouve le véritable débat, les problèmes de logement touchent, une fois de plus, principalement les populations issues de classes socio-économiques défavorisées. Ainsi, je doute que les mesures mentionnées ci-dessus ne permettent réellement d’éviter cette fameuse « reproduction sociale » contre laquelle les politiciens ne cessent de dire qu’ils luttent. Il me semble qu’une réglementation des loyers serait une première étape bienvenue car 700 frs sur un budget bien souvent inférieur à 2000 frs par mois ne laisse pas beaucoup de ressources à allouer à, par exemple, l’apprentissage de langues qui, comme on ne cesse de nous le rabâcher, sont inévitables pour trouver du travail. En définitive, la société ne cesse de devenir plus exigeante dans le domaine du travail mais ne met pas à disponibilité des jeunes en formation la possibilité d’y répondre, creusant de ce fait, encore un peu, le fossé des inégalités sociales.

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