Blouses blanches et doudous : une matinée à L’hôpital des Nounours

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Le weekend du 21-22 novembre le CHUV de Lausanne accueillait 701 enfants accompagnant des patients bien particuliers. Ces deux journées étaient placées sous le signe de la découverte du monde hospitalier.

Le samedi 21 novembre, il est environ 10h quand je sors du métro et me dirige vers le CHUV. Je n’ai jamais été hospitalisée et ne suis pas franchement à l’aise dans les hôpitaux. Je rentre donc dans le bâtiment en me questionnant sur la matinée qui m’attend. D’un pas pas vraiment assuré, je tourne à gauche après la réception et me dirige en direction du hall des auditoires. Arrivée à destination je ne peux retenir un sourire. Jamais le CHUV n’a dû recevoir autant de patients. L’accueil grouille de monde, les blessés affluent et des familles entières attendent d’être prises en charge. Mais aujourd’hui il n’y a pas de sang, pas de cris, pas de pleurs ni d’horreur. Et c’est pour ça que je souris. Le nombre de patients est impressionnant mais l’atmosphère est légère, candide. Les malades et les victimes sortent de l’ordinaire. Ils ont des poils, des plumes, portent des noms insensés et se font tripoter sans cesse par ceux qui les accompagnent.

Prise en charge d'un ours accidenté. Photo prise sur le site de l'Hôpital des nounours de Lausanne
Prise en charge d’un ours accidenté. Photo prise sur le site de l’Hôpital des Nounours de Lausanne

Si je suis attendrie par la scène qui se déroule sous mes yeux c’est parce que le temps d’un weekend le CHUV accueille des enfants désireux de faire soigner leur doudou par les étudiants en médecine et en sciences infirmières de Lausanne. Cet événement baptisé l’Hôpital des Nounours est organisé chaque année par le comité TBH (Teddy Bear Hospital) constitué d’étudiants de la Faculté de biologie et de médecine de l’Université de Lausanne. Le but de l’opération est simple ; il s’agit de familiariser les plus jeunes avec le milieu hospitalier qui leur est souvent inconnu et les effraie. À travers la prise en charge de leur doudou blessé ou malade, les enfants peuvent alors mieux comprendre ce monde si particulier tout en s’amusant grâce à une approche ludique. L’espace réservé à l’Hôpital des Nounours est divisé en trois parties, chacune représentant une étape importante dans l’hospitalisation des patients. Il y a d’abord la salle d’attente et l’accueil, puis une enfilade de tables réservées à l’anamnèse (où les enfants expliquent au soignant la blessure ou la maladie de leur doudou et parlent de leurs antécédents médicaux). Au fond se trouve la partie hospitalière à proprement parler qui regroupe le laboratoire, le département de médecine interne, celui de chirurgie et de radiologie et la pharmacie.

Désireuse de vous rapporter au mieux mon expérience sur le terrain, mais étant venue sans peluche, j’accompagne Emilie, 4 ans et demi, et Anthony, 2 ans et demi, lors de leur expérience à l’Hôpital des Nounours. Emilie explique à la soignante que Neige de Blanc, son léopard des neiges, a une patte cassée. Tortue, le doudou d’Anthony a quant à lui mal à la carapace. Rien de bien dramatique donc, mais une prise en charge rapide et efficace s’impose. Les deux enfants mettent alors un bracelet aux deux éclopés sur lequel la soignante inscrit leur nom.

Anthony prend la tension de Tortue
Anthony prend la tension de Tortue

Ils doivent également remplir le carnet de santé de Neige de Blanc et Tortue en y notant leur âge, leur espèce, leur couleur, leur poids et leur taille. Une fois les peluches mesurées et pesées et le carnet rempli nous devons passer par le service de médecine interne. Emilie et Anthony prennent chacun la tension de leur doudou et leur font une prise de sang un peu maladroitement et avec préoccupation. L’étudiante en médecine se munit ensuite d’un stéthoscope pour écouter le cœur des deux blessés. Neige de Blanc a le cœur qui bat vite, mais rien d’anormal, par contre « il se passe quelque chose de bizarre avec Tortue » dit la soignante à un Anthony un peu angoissé.

Direction le laboratoire donc, pour y analyser les échantillons de sang. D’après les analyses, Neige de Blanc va bien mais pas Tortue. Pour éclaircir la situation le doudou d’Emilie passe une radio et celui d’Anthony un IRM. Il apparaît qu’il faut faire un plâtre à Neige de Blanc et que des médicaments peuvent soigner Tortue. Lorsque le plâtre est fait, les enfants reçoivent leur propre matériel médical pour continuer à soigner leur doudou selon l’ordonnance. La soignante leur distribue des masques et des gants chirurgicaux, des charlottes et des médicaments pour qu’ils puissent jouer au docteur une foi à la maison. Emilie et Anthony retrouvent ensuite leurs parents, pas peu fiers d’avoir guéri leur peluche.

Dans le hall des auditoires, des enfants pratiquent des opérations chirurgicales sur leur peluche
Dans le hall des auditoires, des enfants pratiquent des opérations chirurgicales sur leur peluche

De mon côté je reste encore un moment et regarde les chirurgiens en herbe pratiquer des opérations de la plus haute importance sur une poupée ou un renard.L’enthousiasme et l’innocence qui règnent me font oublier que je suis dans un réel hôpital, qu’ici des gens guérissent ou périssent chaque jour, que des vies sont en train de changer. Je suis ravie de couvrir cet événement qui aide les enfants, touche les parents et les soignants qui y participent et remplit de vie un espace qui paraît souvent froid et impersonnel. Un peu plus d’une semaine après les attentats de Paris et les images parfois violentes auxquelles nous avons été confrontés, les gros titres relayant « le massacre » ou « le carnage », ce moment de joie et de légèreté me rappelle que dans ce monde meurtri, on peut trouver encore beaucoup de douceur.

 

Pour plus d’informations ou pour revivre les éditions précédentes vous pouvez vous rendre sur le site de l’Hôpital des Nounours de Lausanne.

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