Les trois singes de la sagesse au parc du Denantou

Posté dans : Au quartier, Lausanno-lausannois 0

Le saviez-vous ? Une fontaine avec les trois singes de la sagesse se trouve au parc du Denantou, pas très loin du Musée Olympique. Je suis allé m’y balader, et cela m’a inspiré quelques réflexions que je partage ici.

Mais tout d’abord, comment ai-je appris l’existence de cette fontaine ? Eh bien, c’est grâce à mon vieil ami Roland, à qui j’ai loué une chambre quelques mois en 2018. Atteint de quelques problèmes de santé, Roland est maintenant résident à l’EMS. C’est en lui rendant visite que j’ai aperçu, sur un meuble, une statuette avec les trois singes de sagesse. Interrogé, Roland m’a expliqué en bref leur signification. Cette évocation entraîna d’autres souvenirs, façon madeleine de Proust. Enfant, Roland s’était promené quelquefois dans le parc du Denantou où se trouvait déjà installée la fontaine aux singes. Il s’agit d’une réinterprétation de l’artiste Edouard Marcel Sandoz des fameux trois singes de la sagesse. Cette fontaine l’avait marqué.

Pour rappel ou pour information, Wikipedia nous apprend que les trois singes de la sagesse sont une sorte de devise imagée : « Ne pas voir le Mal, ne pas entendre le Mal, ne pas dire le Mal». De bonnes choses seraient réservées à ceux qui observent ces trois points.

Trois quarts de siècle plus tard, je fus moi aussi très surpris d’apprendre que cet élément asiatique ait été introduit il y a si longtemps dans un parc lausannois, en une version “suissinisée” avec humour et impertinence : en 1934, soit bien avant l’invasion des cabinets d’acupuncture et des centres de Yoga. Ma détermination fut donc vite prise : il fallait que j’aille voir cette fontaine de mes propres yeux.

Gros plan sur les trois singes de la sagesse au parc du Denantou.
Gros plan sur les trois singes de la sagesse au parc du Denantou.

C’est chose faite, et je n’ai pas résisté à la tentation d’en parler sur le blog et d’exposer une interprétation possible de chacun des singes et des devises inscrites sur la fontaine, en précisant les différences existantes avec les trois singes de la sagesse orientaux. Et, histoire d’éviter tout malentendu, que cela soit bien compris : alors que je me suis lancé dans des développements assez sérieux, l’intention originelle de l’artiste était certainement plutôt de l’ordre de la farce.

Mais faisons table rase des intentions de M. Sandoz, et imaginons que nos trois singes vaudois soient vraiment là pour nous communiquer quelque chose de profond.

Ne voir que d’un oeil

Le singe oriental ne voit rien. Le singe vaudois, lui, voit tout de même, mais que d’un oeil. C’est plus nuancé : il voit le mal chez les autres et ne l’approuve pas. Mais il se souvient qu’une personne ne se résume pas au mal qu’il y a en elle. Plus : le singe vaudois sait que tout le mal qu’on peut trouver dans un homme ne supprimera jamais la valeur intangible qu’il a, le mérite qu’il a d’être aimé, et en cela le singe vaudois ne voit pas. Pour moi, l’oeil fermé pourrait représenter l’amour inconditionnel qui devrait exister entre tous les êtres humains.

N’entendre que d’une oreille

Le singe oriental n’entend rien. Le singe vaudois, en revanche, entend d’une oreille seulement. C’est que les discours qui se propagent autour de lui ne sont pas complètement et entièrement à jeter. Spécialement lorsqu’ils sont pour lui déstabilisants, dissonants avec ses convictions, l’amenant ainsi un peu plus loin dans la remise en question de tous les préjugés et de toutes les faussetés qui l’habitent. Toutefois, le singe vaudois sait prendre les discours humains pour ce qu’ils sont : des discours humains éternellement imparfaits et en décalage plus ou moins grand avec les grandes vérités universelles. Personne ne détient la Vérité. Ni être, ni idéologie en forme de déité qui mériterait d’être suivie aveuglément. Le singe vaudois sait s’en souvenir, d’où l’oreille fermée.

Savoir se taire

La fontaine au parc du Denantou vue de dos.
La fontaine au parc du Denantou vue de dos.

Le singe oriental ne parle pas. Le singe vaudois, au contraire, s’autorise l’expression. Il peut dire ses indignations, ses incompréhensions, ses désapprobations, ses désaccords et ses doutes. Mais son expression reste mesurée et évite divers écueils : insulte, moquerie, assimilation de qui pense différemment de lui ou n’agit pas à sa convenance à un suppôt de satan qui mérite les flammes de l’enfer.

Il faut certes pouvoir dire non, STOP, j’accepte ou je n’accepte pas. Même l’énonciation de jugements par les tribunaux est parfois nécessaire pour l’ordre de la société. Pour autant, nulle parole pour blesser ne doit être prononcée, et nulle condamnation irrémédiable de l’individu même le plus vil ne doit être établie.

D’un côté la haine, l’intolérance et la vengeance. D’un autre côté l’amour inconditionnel, le pardon et l’espoir en la rédemption des êtres. Le singe vaudois a fait son choix. Telle est son ultime sagesse.

Etre toujours à l’heure

Pour ceux qui en doutaient encore, le parc du Denantou se trouve bien en Suisse.

Pour en savoir plus

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