Les Quatre Coins fêtent leur 20 ans !

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Les Quatre Coins, lieu d’accueil type Maison Verte de Renens, fêtent leurs 20 ans cette année. Une belle occasion pour parler des Maisons Ouvertes et des Quatre Coins plus particulièrement.

©4 Coins

La Maison Ouverte, kesako ?       

La Maison Ouverte ou Verte est un lieu d’accueil pour les enfants de 0 à 5 ans accompagnés de leurs parents ou d’un adulte tutélaire. Les parents viennent pour socialiser entre adultes, mais surtout avec leurs enfants. Ils peuvent être dans un lieu sécurisé et apprécier de passer du temps avec leurs enfants et d’autres familles. À l’origine, une réflexion a été menée par Françoise Dolto et quelques autres pour créer et réaliser un dispositif tel que la Maison Ouverte. Le nom initial est Maison Ouverte mais, les enfants ne parvenant pas à le dire en entier, cela a été transformé en “Maison Verte”. À la croisée de préoccupations relatives à l’accompagnement, à la parentalité et à l’éducation, la Maison Verte se veut être un lieu de soutien à l’enfant, comme un sujet de langage et de parole, dès sa naissance. En effet, à la Maison Verte, on ne parle pas de l’enfant mais à l’enfant. Les personnes qui accueillent vont s’adresser directement à l’enfant, quel que soit son âge. L’éclairage psychanalytique de Dolto explique la direction générale et cette volonté de créer un espace de jeux propice au développement du « je ».

Quatre particularités

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La Maison Verte a d’autres particularités qu’il est important de relever. Premièrement, la fréquentation du lieu est libre et sans inscription préalable. En clair, l’adulte décide d’y passer un moment avec un ou des enfants et peut y rester le temps qu’il désire, que ce soit une heure ou trois heures. Deuxièmement, l’accueil est anonyme pour l’adulte à moins qu’il ne souhaite partager des informations. La seule donnée demandée sera l’identité de l’adulte par rapport à l’enfant : est-ce qu’il s’agit de la maman ? Du papa ? D’une tante ? D’un grand-papa ? Dans le souci de garder l’enfant au centre des préoccupations, les personnes qui accueillent vont exclusivement et systématiquement demander le prénom du ou des enfants. Ce prénom, ainsi que l’âge de l’enfant, peuvent être notés sur un tableau accroché au mur. Troisièmement, les personnes qui accueillent font « page blanche » à chaque nouvel accueil. Ces professionnels reçoivent les personnes sans faire de suivi. Même s’ils connaissent les familles accueillies, ils ne feront pas de projections sur ces familles. Plus simplement, si une famille accueillie et un professionnel ont eu une quelconque expérience commune, positive ou négative, ce n’est pas le professionnel qui va en reparler, si l’occasion de se revoir se produit. Il va laisser la possibilité à la famille de revenir ou non sur ce sujet. Quatrièmement, la Maison Verte emploie un certain nombre de professionnels qui travaillent tous à un taux minime, souvent 10%. Les accueillants travaillent en binôme pour chaque accueil et doivent avoir plusieurs jours de disponible afin de varier les combinaisons. Ce roulement n’est pas une simple histoire d’agenda, il découle notamment de l’idée de la « page blanche ». En effet, autant les professionnels ne savent pas qui ils vont accueillir, puisqu’il n’y a pas d’inscription, autant les personnes accueillies ne savent pas à l’avance qui travaille ce jour-là. Enfin, une participation pécuniaire d’un franc minimum est demandée aux familles par accueil. Cette participation montre l’engagement des adultes qui fréquentent ce lieu et qui le font aussi vivre.

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Des règles qui encouragent le dialogue

Ces derniers points nous parlent de la structure et de l’organisation des Maisons vertes. En ce qui concerne le contenu, il y a quelques règles qu’il est nécessaire de préciser. Au sein de la Maison verte, il y a trois règles principales. La première est qu’il n’y a pas de séparation entre l’adulte tutélaire et l’enfant, c’est-à-dire que l’adulte ne peut pas laisser l’enfant seul dans le lieu et sortir, ne serait-ce que pour quelques minutes. Et l’adulte reste responsable de l’enfant pendant tout l’accueil. La seconde règle concerne le fonctionnement dans le lieu. En effet, une règle limite l’accès à certaines parties du lieu pour certains jouets. Il s’avère que les « roulants », qui sont tous les jouets qui roulent et qui sont imposants (les voiturettes, les poussettes, les trottinettes), sont circonscrits dans une partie du lieu. Cette partie est délimitée dans l’espace. Ce peut être une pièce spéciale, un endroit avec une ligne dessinée ou un espace délimité ostensiblement. La dernière règle est que les enfants qui souhaitent jouer dans le bac qui contient de l’eau ou du sable doivent se vêtir d’un tablier. Ces deux dernières règles sont assez contraignantes, mais elles permettent aux enfants de comprendre les limites et d’entrevoir qu’il faille parfois se conformer pour pouvoir faire une activité, comme, ici, jouer avec de l’eau. Le travail des accueillants est en partie articulé autour de ces règles. Il faut les apprendre ou les rappeler aux adultes et aider les enfants à les comprendre et les intégrer. Les accueillants accompagnent souvent les adultes dans les explications à l’enfant car ces professionnels sont les garants de ces règles.

Au-delà ou à travers toutes ces règles et ces dispositions, ce sont le dialogue, l’échange et la communication avec l’enfant et surtout entre les adultes et les enfants ou entre enfants qui sont recherchés à la Maison Verte. L’enfant soutenu, regardé, guidé dans son jeu va se sentir de plus en plus en sécurité et oser aller découvrir ce qui l’entoure. Résumer les théories de l’attachement ou du développement de l’enfant ici est impensable et impossible. Cela dit, c’est autour de ces thématiques que s’articule le travail en Maison Verte. Il s’agit d’un lieu sécurisé, affectivement et aussi matériellement, où l’enfant peut explorer sous le regard attentif et soutenant de son parent, de l’adulte ou du professionnel présent. Le travail des accueillants est une médiation entre l’enfant et l’adulte pour que l’espace qu’ils partagent s’élargisse et s’harmonise selon les capacités de chacun.©4Coins

Aux Quatre Coins

À Renens, la Maison Verte a été créée en 1996. 20 ans d’accueil, d’accompagnement, d’échange entre professionnels et enfants, entre enfants, entre adultes. Plusieurs accueillantes dont celle qui a co-fondé ce lieu y travaillent encore et apportent leur savoir-être, leur savoir-faire, leurs expériences aux personnes accueillies mais aussi à leurs nouvelles collègues. Les Quatre Coins accueillent chaque jour entre 10 et 20 familles. À Renens, comme ailleurs, le lieu est un espace multiculturel et multilingue. Avec certaines familles, les accueillants n’ont pas de langue commune; et pourtant, on constate qu’il est toujours possible de communiquer. Les Quatre Coins sont aussi un lieu de rencontre pour des personnes qui sont esseulées, qui n’ont pas forcément de famille ou d’amis dans la région et qui peuvent trouver un moment auprès d’autres personnes autour de leurs enfants. La richesse socio-culturelle d’un espace tel que celui-ci est indéniable. Les accueillants et les familles échangent sur des sujets parfois banals, parfois préoccupant. Les professionnels favorisent les discussions entre pairs et ne formulent pas de conseils ; ils accompagnent le parent dans sa réflexion et l’aide à trouver une solution qui lui convient. L’accueil est surtout centré sur l’enfant et sa relation à l’adulte et aux autres enfants.

Témoignage

Afin de mieux saisir l’importance et la nécessité des lieux d’accueil de type Maison Verte, nous avons interviewé une maman qui fréquente le lieu depuis de nombreuses années. Panthea est maman de deux enfants. D’abord, elle fréquentait le lieu avec sa fille, aujourd’hui trop âgée pour venir aux Quatre Coins. Puis, elle venait avec son jeune fils. Elle a découvert l’existence de ce lieu par les informations données aux jeunes mamans lors de la naissance d’un enfant. C’est là qu’elle a appris qu’il existait une Maison Verte à Renens. Cet endroit, elle l’avait déjà vu sans se demander de quoi il s’agissait. Ce qu’elle apprécie particulièrement, c’est la flexibilité du lieu. « On vient quand c’est ouvert et quand on est disponible ». Elle aime également l’anonymat : « On ne sait pas ce qu’on fait ou d’où on vient ».
Panthea relève très justement que la relation avec les adultes se fait avec et par les enfants et non pas pour venir « montrer qui je suis ». Cette maman a fait quelques rencontres d’autres parents par les relations qu’avaient les enfants. Elle a vu, à l’occasion, des mamans rencontrées aux Quatre coins en dehors du lieu.

©4CoinsPanthea remarque que le lieu est matériellement adapté aux enfants, il y a des jeux et les objets ne sont pas dangereux. Elle souligne l’existence des règles tout en indiquant « que cela n’est pas contraignant et permet que cela ne soit pas le désordre total ». Pour elle, c’est aussi l’occasion de « papoter et boire un café ».

Pour elle, l’accueil est sympathique. C’est un lieu qu’elle qualifie d’instructif et léger qui reste centré sur les enfants. L’avantage de la gratuité de l’accueil est un point qu’elle relève, ainsi que les possibilités de socialiser pour les petits enfants.

Les Quatre Coins est un lieu qui accueille des familles depuis 20 ans, dans l’harmonie et le respect de chaque enfant et adulte qui s’y rend. Venez fêter ce bel anniversaire le vendredi après-midi 10 juin dès 15h.

Toutes les informations sur le site d’Aux Quatre Coins.

Les Maisons vertes sont présentes dans de nombreuses villes en Suisse. N’hésitez pas à vous renseigner sur celle qui est le plus proche de chez vous.

Photos © Karine Rebecchi / Aux Quatre Coins

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