Les fesses de Bardot au Capitole !

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La Cinémathèque Suisse prépare tranquillement la métamorphose du Capitole. Mais en attendant, elle crée l'événement avec la projection, ce lundi, du cultissime "Le Mépris", chef-d'œuvre du grand Jean-Luc Godard, mettant en scène la sublime Bardot. Les plus belle fesses du cinéma français sur le plus bel écran de Suisse !
L'affiche originale du Mépris
L’affiche originale du Mépris

Le Capitole n’est pas mort, et son histoire est loin d’être terminée (histoire d’ailleurs passionnante à découvrir dans la Nostalgie des Toiles Lausannoises, ici). Ouverte depuis 1929, la plus grande salle de Suisse encore en activité  (et la plus belle) a été rachetée il y a quatre ans par la Ville de Lausanne et confiée à la bienveillante Cinémathèque Suisse. Et c’est tant mieux, car si elle n’avait pas été là, une quelconque entreprise aurait eu tôt fait de la racheter pour en faire un parking ou des bureaux d’assurances…

Mais quatre ans plus tard, qu’est-ce qui a changé ? Une fois l’acte de sauvetage réussi, que reste-t-il du Capitole ? Qu’est-ce que la toute puissante Cinémathèque Suisse compte faire d’elle ? Eh bien, pour l’instant, elle prend son temps, et surtout son argent car, d’ici quelques années, elle nous livrera un spectacle digne de sa grandeur : ouverture du nouveau Centre d’Archivage et de Recherches Cinématographiques Suisse à Penthaz prévu pour 2018 ; rénovation du Capitole ; mise en place de meilleurs moyens de projection, pour pellicule (alléluia) et numérique ; et à terme déménagement de la Cinémathèque Suisse au Capitole, qui deviendra son lieu de projection quotidien et exclusif, remplaçant ainsi le Casino de Montbenon et son Cinématographe.

Un autre exemple d'événement organisé par la Cinémathèque Suisse : les Jardins Musicaux, avec ici "The Champion" de Charlie Chaplin.
Un autre exemple d’événement organisé par la Cinémathèque Suisse : les Jardins Musicaux (films muets accompagnés par l’OCL), avec ici “The Champion”, réalisé par Charlie Chaplin.

En attendant, Pathé assure l’exploitation en diffusant des films récents, tombés de l’affiche des Galeries et /ou du Flon (surtout des Galeries…). Mais la Cinémathèque Suisse marque déjà sa présence depuis 2010 avec des projections-événements, comme (de mémoire) : la venue de Michael Cimino pour la version restaurée de La Porte du Paradis, l’avant-première en grandes pompes d’Amour, chef-d’oeuvre palmérisé et oscarisé de Michael Haneke, marathon Mad Max en 35mm, avant-première de Sils Maria (tourné dans les Grisons) en présence d’Olivier Assayas… j’en passe, et bien entendu, des meilleurs !

C’est donc dans le même esprit que sera projeté en copie numérique restaurée, ce lundi 2 février 2015, Le Mépris, qui fera facilement honneur à la salle emblématique lausannoise. Et c’est justement de ce film dont je voulais brièvement vous parler aujourd’hui. Car oui, je suis un fan-boy de JLG !

Culte parmi les cultes, Le Mépris est ce que Jean-Luc Godard a fait de mieux, car ce qu’il a fait de plus honnête, de plus beau et de plus transgressif. Histoire assez simple d’un couple qui part à va-l’eau, car l’homme délaisse un instant de trop la femme, le récit traduit le ressentiment qu’éprouve alors cette dernière pour le premier. Moue en avant, yeux revolver, chevelure hypnotique et mouvements gracieux et terriblement tragiques, Brigitte Bardot crève l’écran. Elle est La femme. Celle que Godard n’a de cesse de chercher depuis À bout de souffle (son premier film), et celle qu’il continuera encore de chercher, de redéfinir et de nuancer par la suite (Masculin Féminin, Deux ou trois choses que je sais d’elle, etc.). Elle est capricieuse, elle est fragile, elle est volontaire, elle est toute-puissante, elle est Femme. C’est ce que Le Mépris cristallise, une vision totale et masculine du mystère féminin et de la fascination qu’il exerce sur les hommes, les rendant, comme Michel Piccoli, dépendant jusqu’au tragique.

Bardot et Piccoli essaient de recoller les morceaux.
Bardot et Piccoli essaient de recoller les morceaux, sur le toit de la magnifique Villa Malaparte, à Capri, Italie, un des décors hors-du-commun du “Mépris”.

Mais même s’il voue son film à son premier amour, Godard n’en oublie pas pour autant son second : le Cinéma. Film méta-cinématographique par excellence, Le Mépris est un chant d’amour à l’art que JLG se donne tant de mal à expérimenter, à retourner, à délaver, à secouer, à contre-carrer. Il s’offre même, pour l’occasion, les services du grand Fritz Lang (réalisateur génial de Metropolis et de M Le Maudit) pour jouer le rôle d’un metteur en scène visionnaire, mais en fin de carrière, opérant ainsi une mise en abîme intelligente et passionnante. Comme à son habitude, Godard questionne. Il remet en cause un médium qui, déjà, s’enlise et continue à suivre les préceptes de la Nouvelle Vague : filmer avec ce qu’on a, quand on le peut, mais surtout filmer différemment, instinctivement. Exemple le plus marquant de cette méthode est la longue scène de l’appartement où Bardot et Piccoli jouent romantiquement au chat et à la souris. Très en retard sur son planning de tournage, Godard décide sur le vif de condenser l’intrigue et de tout synthétiser dans cette scène (qu’il tournera en à peine une semaine), qui deviendra alors le principal noeud narratif du film. Autre exemple, celui de la scène d’ouverture, où Bardot, allongée nue sur le ventre, demande à Piccoli s’il aime ses fesses, ses lèvres, ses cuisses… Cette scène est tournée une fois le film entièrement terminé, à la demande du producteur américain Joseph E. Levine qui ordonne alors à Godard qu’il veut « voir le cul de Bardot ». D’abord hors de lui, le cinéaste joue ensuite au malin et crée cette scène qui, aujourd’hui, est considérée comme une des scènes les plus cultes du cinéma et surtout l’une des plus subtilement érotiques.

La scène de l'appartement.
La scène de l’appartement durant laquelle Bardot et Piccoli se chamaillent gentiment, mais sûrement… Filmée en seulement une semaine.

Le Mépris reste donc plus que jamais un film charnière dans l’histoire du cinéma et se pare depuis 1963 d’un habit indéchirable de génie et de grâce, se faisant le reflet d’un instant magique entre une comédienne et son réalisateur. « Il y a rarement eu d’entente aussi profonde entre une actrice et son metteur en scène », disait Jean-Louis Bory (chroniqueur au Masque et la Plume et au Nouvel Observateur, dans les années 1960). « Le Mépris est le film de la femme telle que Godard la conçoit et telle que Bardot l’incarne ».

La projection de ce film s’inscrit aussi (et peut-être involontairement) dans une actualité godardienne riche, puisque son dernier film, Adieu au langage, vient de remporter le Best Picture Award de la National Society of Film Critics Association, groupe réunissant les critiques américains les plus émérites. Le même film avait également remporté, en mai 2014, le Prix du Jury du Festival de Cannes. Malgré cela, Adieu au langage n’est « presque » pas sorti en Suisse… À défaut donc de pouvoir admirer sa 3D révolutionnaire et sa narration déstabilisée et déstabilisante (voir ma critique pour le mensuel romand Daily Movies, ici), on pourra ainsi se rattraper devant le sublime écran monolithique du Capitole, où les formes de la Bardot raviront tout un chacun et surtout où le génie d’un cinéaste hors-normes s’étalera, comme jamais, devant des yeux élargis, qu’ils soient aguerris ou néophytes.

Rendez-vous donc au Capitole, ce lundi 2 février 2015, à 20h30. Entrée : 15.- plein, 10.- réduit.

Plus d’infos sur la page de la Cinémathèque Suisse.

  1. Dana
    | Répondre

    Hey, les fans de Brigitte Bardot! Avez-vous vu le film “Bardot, la Méprise” ( https://vfstream.co/4036-bardot-la-mprise-2013.html )? Je suis juste fasciné par ce film … et oui, je suis fan!

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