« Les années Schwarzenbach »

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Un court-métrage financé notamment par Connaissance 3 et plusieurs municipalités du canton de Vaud, qui a vu le jour afin d’être diffusé dans les écoles et les institutions concernées par le thème de l’immigration, pour que la mémoire ne se perde pas et que le passé puisse être utile à la compréhension des débats qui ne manquent pas d’ébranler le pays de nos jours.

Un film documentaire touchant, émouvant, parfois déroutant aussi.

C’est à partir des initiatives de 1970 et 1974, visant à limiter le nombre d’étrangers et d’étrangères à 10% de la population suisse, que “Les années Schwarzenbach” se propose de retracer ce qui peut être considéré comme le chapitre d’une histoire non achevée, selon Bruno Corthésy, historien et co-auteur. A l’aune des votations toujours plus fréquentes sur la question des étrangers, des propositions de durcissement de la loi fédérale en matière d’immigration et des multiples débats entrepris sur la question, l’évidence et l’actualité d’une telle problématique ne sont certainement plus à prouver.

C’est à travers les récits de vie des participants que l’on découvre une partie d’histoire encore peu connue ou du moins peu relatée de par son aspect si peu flatteur. Les témoignages de dix personnes venues en Suisse dans les années 1960 ou issues de l’immigration à la même époque, d’origine italienne ou espagnole, nous projettent dans une réalité faite de tension inattendue, de surprise et de tristesse. Des milliers d’immigrés ont retenu leur souffle lors de ces votations. Alors qu’on était venu chercher la plupart d’entre eux pour qu’ils viennent travailler en Suisse, on ne comprenait pas pourquoi tout à coup on voulait les « chasser ».

Bien qu’elles furent repoussées à deux reprises, ces initiatives qui visaient le renvoi de 300’000 personnes, marquèrent au fer rouge la population étrangère de l’époque et traumatisèrent particulièrement les jeunes générations. Nombreux furent ceux qui, motivés par un profond sentiment d’injustice, décidèrent de repartir. La grande majorité des immigrés qui avaient décidé de rester ne se naturalisèrent pas en raison des coûts, des soucis administratifs que pouvait constituer une telle démarche et, surtout, à cause de l’obligation de renoncer à la citoyenneté d’origine. La plupart d’entre eux, aujourd’hui à la retraite, vit entre deux pays, faisant l’aller-retour entre l’ici et l’ailleurs, un itinéraire qui étrangement, depuis le saisonnât, continue de caractériser leur vie.

En ce qui concerne les adultes d’aujourd’hui, c’est-à-dire les enfants des années Schwarzenbach, la donne est différente. Ils ont été confrontés dès leur plus jeune âge à la ségrégation pratiquée par certains enseignants, ont dû faire face aux moqueries de leurs camarades et surmonter le choc qu’a pu constituer le rappel récurrent de leur présumée différence par le système scolaire. S’ils se disent aujourd’hui parfaitement intégrés et, pour la plupart, prônent un fort sentiment d’appartenance à la Suisse, ils ne manquent pas de souligner l’impact qu’ont pu avoir les deux initiatives et les années d’angoisse qu’elles ont engendrées sur leur vie personnelle et professionnelle.

Bien que la plupart d’entre eux soit aujourd’hui naturalisée, il n’en résulte pas moins qu’ils constituent l’exemple type d’une politique d’intégration maladroite et vraisemblablement trop tardive. Un manquement qui aujourd’hui constitue une problématique d’actualité puisque la Suisse est confrontée à cette population dont le passeport à croix blanche ne suffit pas à combler les questions suscitées par une identité improbable.

Un document qui ne manque pas de surprendre les moins avertis, de par sa grande capacité à relater les conditions difficiles dans lesquelles se sont trouvés les premiers immigrés d’une façon quasi attendrie. En effet, celles et ceux qui ont vécu cette période difficile en parlent presque sans rancœur et avec une dignité bouleversante. Tout au long de la projection, l’assistance n’a pas bronché, les yeux rivés sur l’écran, les visages tantôt souriants, tantôt tristes, l’ambiance était à l’émotion. Cela s’est bien senti lorsque dès les premières secondes le générique de fin à été accompagné d’une salve d’applaudissements.

Ce documentaire marque un point d’honneur à relater une mémoire vivante indispensable à la compréhension des problèmes liés à l’immigration, qu’elle soit d’hier, d’aujourd’hui ou de demain.

Les dates de projection sont nombreuses, vous trouverez de plus amples informations à cette adresse.

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Elisa

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