Le sens de la vie

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D’un point de vue biologique, le sens de la vie réside dans la procréation. Le plaisir suscité par des activités aussi triviales que la fornication ou le coït s’interprète dès lors en tant que sensation physique purement fonctionnelle en vue de la perpétuation du genre humain. Je baise donc je vis. Certes, mais encore ?

Rue Saint-Roch / 22.03.2011 / 16h21. Malgré l’heure avancée de l’après-midi, je ressens encore les effets de la biture d’hier. En effet, un ami proche m’ayant convié hier soir à une petite sauterie spontanément organisée pour fêter la naissance de sa fille, je ne me suis pas laissé prier pour porter à ma bouche, à de nombreuses reprises, ces délicats réceptacles translucides nommés coupes de champagne. M’efforçant d’adopter une attitude affable et enjouée, je me suis bien évidemment pâmé devant la beauté toute photogénique du nouveau-né. Une pause dans la conversation que j’entretenais avec tel ou tel convive me permettait en outre de m’enfourner de savoureuses tranches de charcuterie et de régulièrement me gargariser de Moët & Chandon. L’heure était à la célébration, indéniablement.

Néanmoins, en marge de ces activités mondaines et culinaires, une question semblait me tarauder l’intellect : que pensais-je véritablement des enfants ? Que représentaient à mes yeux ces êtres mystérieux qu’il est parfois difficile de différencier, du fait de leur petite taille, des grabataires ? Quels sentiments évoquait en moi l’image d’un visage joufflu maculé de morve ? Voici les quelques considérations qui m’ont alors traversé l’esprit :

Les enfants, durant les premiers temps de leur vie, période durant laquelle il est communément admis de les désigner par le terme « bébés », demandent une vigilance constante. Ne pouvant approximativement rien faire par eux-mêmes, si ce n’est brailler et chier, leurs parents se trouvent alors dans l’obligation de renoncer à peu près à toute activité sociale synonyme de plaisir ou de divertissement. La mère en particulier, ayant littéralement « les seins qui pètent » et ne pouvant pour ainsi dire jamais trouver le repos que procure une bonne nuit de sommeil, semble soumise à un processus de vieillissement prématuré. Le père quant à lui, cherchant ses marques au sein d’une société encore patriarcale au sein de laquelle résonnent néanmoins des revendications égalitaires, hésite entre l’usine et les couches.

Par la suite l’enfant grandit et acquiert en autonomie, ce qui pourrait laisser présager le recouvrement d’une certaine liberté pour les parents. Néanmoins, il est nécessaire de préciser que l’enfant est encore, à ce stade de son évolution, totalement dénué de toute notion de justice ou de moralité, ce qui en fait un être foncièrement malsain et sournois, prêt à malmener les chats du quartier ou à cracher à la gueule de ses petits camarades. Cette inéluctabilité de fait suppose dès lors un effort d’éducation soutenu et laborieux qui, la plupart du temps, se solde par un échec patent.

A l’adolescence, l’enfant subit une « crise ». Il se doit alors de traiter ses parents comme de la merde, afin de pouvoir mieux s’en émanciper et ainsi affermir sa propre identité. L’enfant adolescent passe alors son temps à zoner dans les parkings des supermarchés et à fumer des pétards, activités oisives qui n’ont de cesse de créer des altercations avec les forces de l’ordre et de générer des soucis substantiels chez les parents. S’éveillant aux élancements de son propre corps et à l’épanouissement de sa sexualité, l’enfant n’a en outre de cesse de vouloir insérer sa langue dans des cavités chaudes et humides, que celles-ci soient de nature buccale, génitale ou anale.

Avec un peu de chance, l’enfant atteindra l’âge adulte avec un casier judiciaire vierge et sans souffrir de maladies sexuellement transmissibles létales. Il pourra alors se mettre à la recherche d’une activité rémunérée qui lui permettra de mettre un terme à la dépendance financière vis-à-vis de ses parents.

Arrivé à ce stade, il semble que l’enfant, maintenant devenu adulte, n’ait d’autres alternatives que de répéter, à son tour, les actes grotesques mais néanmoins socialement valorisés de ses parents. Une fois devenu libre, il renoue volontairement les liens de la servitude. A peine remonté à la surface de l’eau pour y puiser une bouchée d’air pur, il replonge dans les tréfonds marécageux de l’asservissement parental.

La succession de ces cycles de vie, que l’on nomme plus prosaïquement « générations », reflète en dernière analyse ce qui pourrait constituer le « sens de la vie » : les enfants naissent, les grabataires meurent, l’humain pullule.

A ce stade de ma réflexion, je pose ma coupe vide sur le rebord de la baignoire. Mon trouble est considérable, ma confusion palpable, mon état d’ébriété substantiel. Il serait peut-être temps pour moi de donner du sens à ma vie.

Francis

2 Responses

  1. Anonyme
    | Répondre

     MOUHAHAHAHAHA!! Du grand Francis! Merci! Tu aurais long à dire sur la notion de “pervers polymorphe”, joli sobriquet dont Freud affublait les enfants.

    • Anonyme
      | Répondre

       Pardon, au fait c’est Gab, mais il a pas voulu noter mon nom…

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