« Le message de l’UDC est dérangeant, mais je suis contre la censure. »

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Quid de la liberté d’expression et de l’engagement politique chez l'artiste ? Réponses de Mix et Remix, le dessinateur dont le trait de crayon n’est jamais très loin du trait de génie.

Philippe Becquelin. Son nom ne vous dit rien ? N’empêche que le bonhomme est connu dans la cité lausannoise et pour cause : pendant presque 10 ans c’est bien lui, qui, du sommet du beffroi de la cathédrale, annonçait les heures à la criée (« C’est le guet, il a sonné !»). Becquelin a choisi le pseudo de Mix & Remix. Là, impossible de ne pas le connaître ! De L’Hebdo au Courrier International en passant par les journaux satiriques (Vigousse et le feu Siné hebdo), il croque l’actualité à coups de stylo. En ressortent des dessins caustiques qui viennent titiller sens critique et second degré. Le dessinateur ne s’arrête pas à la presse écrite. Ses petits bonhommes au gros nez animent nos écrans TV. Ses cartoons humoristiques tous azimuts, en live, collant aux propos des politicien(ne)s ou intellectuel(le)s invité(e)s sur le plateau, pimentent chaque émission d’Infrarouge. Présenté comme le plus apolitique des dessinateurs romands, griffonnant les travers de la gauche comme de la droite, Mix & Remix vient pourtant, avec un récent dessin, pointer du doigt l’Union très peu Démocratique du Centre. L’artiste a bien voulu donner son point de vue au LBB.

Depuis quelques semaines, votre dessin représentant des moutons blancs, au-dessus d’un slogan : “les moutons votent UDC”, est diffusé sur le net. Est-ce que la politique est une chose trop sensible pour la confier aux politiques, au point que Mix & Remix prenne le relais?

D’habitude, j’évite de m’engager en politique. J’ai participé à cette campagne, car j’ai trouvé le slogan vraiment excellent. C’est Guillaume Morand, l’instigateur de la campagne STOP UDC qui l’a trouvé et quand il m’en a parlé j’ai spontanément accepté. J’ai accepté car, sans rentrer dans le débat sur les thèses de l’UDC, je trouve que ce parti a une trop grande puissance de frappe économique, ce qui lui permet de littéralement couvrir le pays d’affiches. Leur nouveau slogan étant “Le peuple vote UDC”, ça m’a semblé être en outre une très bonne réponse du berger à la bergère. La démarche individuelle et rebelle de Guillaume Morand m’a aussi touché. 

           

Il y a un an, Lausanne a refusé de laisser placarder les affiches de l’UDC (le fameux drapeau rouge à croix blanche transpercé de minarets et, au premier plan, une femme en burqa). A vos yeux, peut-on, au nom de la “liberté d’expression”, laisser apparaître au grand jour ces dessins?

Je suis pour la liberté d’expression. On ne peut pas interdire les affiches de l’UDC parce qu’elles sont efficaces et que les affiches des autres partis sont nulles. Le message de l’UDC est dérangeant, mais je suis contre la censure. Peut-être parce ce que je peux en être à tout moment une victime potentielle. Ce qui me gêne, c’est plus le pouvoir financier de ce parti qui achète les journaux à coups de publicités et qui inonde le pays avec sa communication.

Le caricaturiste danois Kurt Westergaard vient de republier le dessin de Mahomet, qui avait fait scandale en 2005, dans un livre de mémoires (nldr. Mangden bag stregen, « L’homme derrière le trait »). Quel regard avez-vous porté sur cette « affaire des caricatures » ?

C’est une triste affaire. Je ne savais pas moi-même qu’on ne pouvait pas dessiner Mahomet. Je ne dessinerai pas le Prophète car je ne veux pas me retrouver avec une Fatwa, mais je ne vois pas au nom de quoi un non musulman devrait respecter les préceptes de l’Islam.

Censure et auto-censure, est-ce inévitable lorsqu’on est un dessinateur?

L’auto-censure est inévitable en cas de danger. Quant à la censure, je ne peux pas dire que j’en sois victime. L’Hebdo ne me censure jamais. A Infrarouge – l’émission de débat pour laquelle je dessine en direct – il arrive que certains dessins trop raides ne passent pas à l’antenne, mais je ne vis pas ça comme une censure.

Vos dessins décalés n’avaient pas été au goût de Christophe Blocher, lors d’une émission Infrarouge. Ce dernier avait demandé de modifier l’enregistrement du débat télévisé et avait même menacé de porter plainte. Comment avez-vous réagi face à cette réaction blochérienne ?

Cette réaction m’a surprise, car Christophe Blocher n’est habituellement pas le plus susceptible des politiciens. Il était déjà venu à Infrarouge sans qu’il n’y ait de problèmes et il est revenu après, sans qu’il n’y en ait non plus. Mais ce soir là, le débat était chaud, je n’ai peut-être pas été d’une grande subtilité non plus… Mais enfin, je trouve que Blocher a commis une erreur en voulant censurer les dessins, car il se pose généralement en grand défenseur de la liberté d’expression. Bon, ce sont des choses qui arrivent ! Ça a fait un gros pataquès médiatique. Blocher a passé pour le méchant censeur et moi pour le dessinateur le plus provoquant de Suisse. Pour moi, c’était du win-win! 

 
 

 

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Florence Métrailler

2 Responses

  1. MalaïKa
    | Répondre

    Article intéressant et dans l’air du temps! 
    La liberté d’expression est aujourd’hui sans cesse remise en question. La “liberté de la presse”, par exemple, est musellée non seulement en Hongrie, mais aussi dans des pays comme l’Italie et, plus subtilement, dans des pays comme la France…Dans les débats politiques, la “liberté d’expression” est un terme toujours plus galvaudé. Elle est mise à toutes les sauces, au point de se confondre souvent avec une certaine “liberté de calomnier”…La liberté ne serait-elle qu’un vaste débat, loin de sa définition première?

  2. […] minarets en Suisse. L’année suivante, l’entrepreneur a également organisé et financé une campagneLien externe d’affichage «Les moutons votent UDC» avec le dessinateur de presse Mix et Remix, histoire de […]

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