Le CIRA : l’un des plus grands centres de documentation anarchiste en Europe

Il y a quelque temps déjà, j’ai découvert que Lausanne abritait une bibliothèque unique qui recueille et conserve une pléthore de documentation et d’ouvrages anarchistes. Intriguée, j’ai contacté les bibliothécaires et j’ai demandé si je pouvais venir faire un tour et en savoir un peu plus sur ce possible trésor plutôt discret. Ils ont tout de suite accepté de me rencontrer.

J’ai eu le plaisir de me rendre sur leur site et de rencontrer l’un d’eux qui m’a présenté le CIRA (Centre International de Recherche sur l’Anarchisme). Par discrétion et volonté commune, ils préfèrent parler au nom du CIRA que pour l’un d’entre eux, je parlerai donc du « bibliothécaire » pour rapporter de possibles propos dudit « bibliothécaire ».

CIRA

Je suis arrivée un après-midi où il faisait encore beau et bon. On a pu donc s’asseoir dehors et on a commencé à discuter. Le Centre est situé près du CHUV dans une dépendance d’une belle maison avec un jardin. Créé à Genève en 1957, le CIRA est à Lausanne depuis 1989, comme me l’a raconté le bibliothécaire. La maison existait déjà et des personnes ont désiré aménager et construire une dépendance qui a pu accueillir la bibliothèque. Le Centre recueille désormais environ 25’000 ouvrages et brochures et plus de 4000 titres de périodiques sur les mouvements, l’histoire et les idées anarchistes et ce, dans plusieurs langues.

Le fonds du CIRA
Il m’explique que le CIRA n’est pas un centre uniquement d’archives qui dorment au sein de leurs murs, mais qu’il y a bien une vie et une réelle actualité. Ils reçoivent ou commandent régulièrement les nouveaux ouvrages ou autres publications éditées de par le monde. Ils ont certes un très grand réservoir d’archives patrimoniales, en plus des actualités. Un autre aspect qu’il relève est que dans plusieurs bibliothèques, certains livres sont détruits ou donnés, alors qu’au CIRA, ils conservent toutes les publications. Ce qui n’est plus d’actualité, passe dans les archives.

Allée 1 CIRA

L’Equipe
Après ces quelques explications sur le contenu de la bibliothèque, je demande comment fonctionne la structure elle-même. Le bibliothécaire m’explique qu’ils ont un système de bénévolat mais qu’ils ont des professionnels, lui-même est, par ailleurs, bibliothécaire dans d’autres établissements. L’équipe est composée de deux professionnels du domaine et ils forment les autres bénévoles qui souhaitent les rejoindre. Ils ont une responsable, même si leur système est anti-autoritaire, cela reste juste fonctionnel.

Je questionne donc ce choix d’avoir privilégié ces places pour des professionnels dans un travail exécuté bénévolement. Le CIRA choisit d’avoir des professionnels qui y travaillent pour que ce riche héritage soit valorisé et proposé au public. C’est la garantie d’un savoir-faire qui peut mener à une disponibilité et une accessibilité des ouvrages. Je demande aussi comment ils « embauchent » du coup les bénévoles qui viennent les seconder. Le bibliothécaire m’explique qu’a priori, c’est ouvert à tout le monde, si tant est que l’on est une personne curieuse. Tout en précisant que cela a ses limites et qu’il est préférable, en plus d’aimer les livres, d’avoir quelques compétences dans ce domaine.

Et où trouvent-ils ces bénévoles ? Il m’explique qu’ils ne manquent pas de personnes motivées et qu’en général, ils ne vont pas les chercher. Ils sont en lien avec le service civil et accueillent aussi des civilistes. L’idée et le but sont de former 4 ou 5 personnes par an et qu’elles puissent travailler de manière autonome rapidement.

Le CIRA est composé de 6 personnes actives et au sein du comité, il reste des personnes qui sont « la mémoire vivante de ce lieu », comme me le dit le bibliothécaire. Elles servent de caution à une certaine crédibilité du Centre.

Le chemin des documents
La plupart des documents sont reçus directement au CIRA. Ils procèdent ensuite à un tri, mais généralement, les ouvrages correspondent à leurs domaines car comme me le dit le bibliothécaire : « on nous connait maintenant ». Finalement, ils en retirent très peu. En plus, ils refusent peu de livres, puisqu’ils restent intéressants en termes d’archives.

Ceci me fait penser que j’ai lu rapidement qu’ils étaient le plus grand centre d’archives d’Europe. Il me confirme que c’est bien le cas, en dehors de l’Institut international d’histoire sociale d’Amsterdam. Il l’explique en disant que le fait que le CIRA soit un lieu fixe et géré par des professionnels-bénévoles a permis de sentir cette consolidation petit à petit. Ce fonds unique en Europe s’est construit sur une cinquantaine d’années, suite à des dons d’éditeurs, de groupes anarchistes ou de particuliers. Il est d’ailleurs important de rappeler que le Centre ne dispose d’aucun budget pour acquérir de nouveaux ouvrages.CIRA

Ensuite, je lance la question de la fréquentation et de la consultation de ces fameuses archives. Qui vient ? Pourquoi ? Dans quel but ? Il me confirme que les personnes viennent du monde entier, que l’autre jour encore, il y avait deux couples du Brésil et d’Allemagne. Fréquemment, les personnes sont en cursus universitaire et désirent des archives qu’ils ne peuvent avoir nulle part ailleurs. Quant aux âges des usagers, il me dit que cela varie fortement, qu’ils reçoivent des gymnasiens comme des universitaires ou des retraités.

Pour se faire connaître, le CIRA est présent dans les conventions, notamment des éditeurs anarchistes, en Europe. Au fil du temps, « on se connaît », me dit-il car ils essayent d’envoyer quelqu’un à chaque convention. Mais sinon, ils ne font pas vraiment de la publicité. Les personnes intéressées les trouvent. Il y a eu parfois la visite de classes, ce qui permet aux jeunes de découvrir le Centre.

Je l’interroge sur le sujet des conférences car j’ai aussi lu qu’ils en organisaient, au sein du CIRA même. Il me confirme qu’ils ont parfois des cycles de conférences et il constate qu’effectivement, il y a des personnes qui ne viennent pas à la bibliothèque et qui fréquentent les soirées thématiques. Cette année, il y a eu un cycle de conférences dont le thème a été : le refus de parvenir.

Ils sont attentifs à choisir des thèmes diversifiés qui appartiennent aux diverses familles telles que les anarcho-communistes, les féministes ou les syndicalistes, etc. Le CIRA se veut neutre et ne souhaite pas favoriser l’un des courants plutôt qu’un autre. Le Centre est là pour accepter la diversité et la faire partager.

J’ai eu beaucoup d’intérêt à découvrir ce lieu, chargé d’histoire, présenté et représenté par des personnes passionnées. Peut-être que vous aussi!

Pour plus d’infos : http://www.cira.ch/

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