“L’avortement devrait être un droit pour toutes.”

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Samedi prochain, le 18, aura lieu une manifestation contre l'initiative "Financer l'avortement est une affaire privée". Nous avons rencontré Vanessa Monney, membre du bureau du CLAC, le Comité pour la Liberté de l'Avortement et de la Contraception, à l'origine de cette manifestation.
Vanessa (à g.) et ses copines du CLAC, ou la politique au pinceau.
Vanessa (à g.) et ses copines du CLAC, ou la politique au pinceau.

En politique, il y a deux types de personnes : celles qui suivent et celles qui tirent. Vanessa Monney, membre active du CLAC, et de l’association Feminista!, appartient sans aucun doute à la seconde catégorie. L’association Feminista, fondée en 2010 et très active à Lausanne, a été l’étincelle qui a mené à la création du CLAC, et tient à protéger des droits chèrement acquis, ces temps-ci mis à mal en Suisse par le biais de cette initiative, mais également partout dans le monde. Portrait en mots de l’une de ces personnes pour qui l’engagement ne se passe pas que dans les urnes.

Vanessa et le CLAC – historique du collectif :
“Le CLAC s’est créé dans le cadre de la campagne contre l’initiative “Financer l’avortement est une affaire privée”, lancée par les milieux conservateurs anti-avortement, c’est-à-dire l’extrême-droite, donc des membres de l’UDC, et des milieux religieux. Feminista a lancé un appel assez large à créer un collectif pour se mobiliser sur cette question, car l’avortement , et pas seulement son financement, est remis en cause par cette initiative, mais d’autres vont suivre aussi, donc l’idée était de regrouper nos forces avec des associations féministes, comme l’Association pour les Droits des Femmes, la Marche Mondiale des Femmes, ainsi que des partis politiques et des syndicats.”

Logistique et organisation :
“Une fois le CLAC sur pieds, c’est tout le collectif qui prend en charge l’organisation de la manifestation du 18, l’idée était d’être très présentes dans les médias et sur les réseaux sociaux, mais aussi en distribuant des tracts et en étant présentes dans la rue avec cette manifestation, pour mobiliser un maximum de personnes afin de montrer clairement que nous sommes contre cette initiative d’une part, mais aussi plus largement contre les attaques répétées contre les droits des femmes en Suisse ces derniers temps. Notre collectif comprend un grand nombre de personnes, militant.e.s féministes, syndicalistes, mais aussi politicien.ne.s de tout bord, donc au niveau logistique ce sont une grosse vingtaine de personnes qui participent aux réunions et coordonnent notre action.”

cirrhoseDéroulement :
“La manif aura lieu à 14 heures à Saint-François. Si vous êtes à Genève, une manif parallèle est organisée par l’ALG (Collectif pour l’Avortement Libre et Gratuit), à 14 heures également Rue du Mont-Blanc. Plus généralement, l’idée était de faire un maximum d’actions dans toutes les villes romandes pour avoir un maximum d’impact régional et aussi de mobiliser concrètement les gens sur leurs lieux de vie. Un collectif Neuchâtelois organise par exemple une projection à La-Chaux-De-Fond ce jour-là également, et une flash-mob le 25 (plus d’infos en bas de cet article).
Sur Lausanne, on espère avoir des milliers de personnes (rires). Maintenant c’est clair que c’est difficile à prévoir, parce que ça dépend de plein de paramètres qu’on ne contrôle pas toujours. Ceci dit on a eu des échos très positifs sur les réseaux sociaux [à l’heure où j’écris ces lignes, le CLAC totalise plus de 2000 soutiens sur Facebook, ndlr], couplé à une énorme campagne de tracts la semaine passée dans toutes les gares du Canton de Vaud, donc on espère avoir plusieurs centaines de participant.e.s en tous les cas. Symboliquement, ça nous semble vraiment important de descendre dans la rue pour montrer notre opposition à cette initiative, et pas uniquement dans les urnes.”

educationSexuelleArgumentaire :
“C’est extrêmement problématique de considérer l’avortement comme une affaire exclusivement privée. Cela peut arriver à toutes, ce sont les mêmes femmes qui avortent et qui font des enfants mais simplement à différents moments de leur vie. Après, l’avortement doit continuer à être remboursé, parce que c’est une question de droit, le droit des femmes de disposer librement de leur corps ! Par conséquent tout le monde devrait pouvoir y avoir accès, or qui va penser prévoir une complémentaire pour se dire qu’un jour elle va peut-être avorter ? C’est absurde, il faut que l’avortement soit accessible à toutes. Pour cela, il faut que la société dans son ensemble le prenne en charge, et pas uniquement les femmes. Evidemment, s’il devient une affaire privée, il devient une charge pour les femmes uniquement, et pénalise surtout celles qui disposent de peu de moyens.

En allant plus loin, nous pensons que l’assurance maladie devrait prendre en charge un maximum de problématiques et non de privatiser chaque morceau en individualisant chaque problématique. Sinon il faudrait demander à chaque citoyen ou citoyenne du pays de faire une liste de prestations contre lesquelles il ou elle serait en désaccord, puis ne plus rembourser, au choix, les fumeurs, les pratiquantes de sports extrêmes, etc. Encore une fois, c’est absurde !

Enfin l’avortement représente un volume très, très minime dans les coûts de la santé, 0.02%, c’est-à-dire environ dix centimes par mois par cotisant.e, contrairement à une grossesse qui coûte bien plus cher qu’une IVG. Il serait donc beaucoup plus logique de rembourser également la contraception et d’organiser plus d’éducation sexuelle, plutôt que d’attaquer le droit à l’avortement pour toutes.”

Après la manif :
“On ne lâche rien. On va continuer à mobiliser dans la rue, en distribuant notre argumentaire, en écrivant dans les journaux, et généralement de continuer à faire campagne jusqu’aux votations du 9 février, non seulement pour convaincre les gens de voter non, mais d’aller voter tout court, parce que c’est un enjeu de taille. De plus vous pourrez nous retrouver sur les réseaux sociaux, on s’est vraiment attelées à déconstruire systématiquement l’argumentaire des initiant.e.s.”

Calendrier :

A Lausanne : Manifestation à 14 heures Place Saint-François
A Genève : Manifestation à 14 heures Rue du Mont-Blanc
A La-Chaux-De-Fond : Projection du film Histoire d’un secret au cinéma ABC à 18:15.

Photos Copyright Feminista! et Manon Roland, reproduites avec l’aimable autorisation de leurs auteures.

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