Lausanne: Ville de passage (épisode 3)

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Troisième épisode d'une saga historique sur la capitale vaudoise. Entre anachronismes et faits réels, revivons la vie de Lausanne de la Préhistoire à nos jours en nous gaussant joyeusement.

Cabrera sort un denier de sa poche et le dirige dans la lumière pâle de cette fin d’après-midi. Il tourne le métal précieux dans l’axe qui convient et ouvre grand la bouche. Le doute n’est plus permis. La silhouette frappée sur la monnaie d’échange et bien la même qui vient d’apparaître dans ce vacarme villageois insignifiant. Legros, le fermier, se dit qu’aucune époque ne convient mieux qu’une autre au ridicule. Il lâche alors la poule qu’il tient par les pattes et s’agenouille. Il est aussitôt imité par tous les autres spectateurs sauf Martin qui s’évanouit dans la rivière et se fait happer par son moulin à eau. Coincé entre deux battants du mécanisme en bois, la tête du meunier frappe à chaque nouveau tour la structure immobile qui chevauche la rivière. Il ne s’en remettra pas.

Deux chevaliers descendent de leur monture et s’approchent de Jahan. Ce dernier n’ose pas soulever la tête et maintient son regard fixé sur la protection en métal qui recouvre le pied chevaleresque posé devant lui. Notre commerçant se sent si petit qu’il a l’impression d’avoir un géant en face de lui. Soudainement, comme pour rendre la scène encore plus irréelle, le vent s’arrête de souffler. Les champs de blé sont maintenant immobiles et les branches des arbres ont fini de se frotter les unes contre les autres. Dans le ciel, un aigle sauvage dessine un grand cercle et scrute ce moment inédit. Après quelques secondes suspendues à jamais dans le vide de notre ville de passage, Charles Quint, Empereur du Saint Empire germanique demande avec un fort accent vaudois: « Y a eu une pétée ? ». Le vent se remet à souffler, les poules s’envolent dans un éclat de poussière Cabrera se relève d’un bond avant que les autres villageois ne suivent ce mouvement. Un des chevaliers prend la parole.

« Sachez, habitants de Lausanne, qu’en ce jour d’automne 1525, la famille des Hasbourg vous laisse entre les mains protestantes de Berne et de Fribourg. Le monde s’est déchiré comme un sac de blé. Le vent a parsemé les bonnes et les mauvaises graines au gré du hasard. Vous êtes tombés dans le mauvais champ. Adieu. »

Le convoi royal s’en va au loin, laissant derrière lui une série de visages éberlués qui ne se remettent pas de cet épisode singulier de leur vie.

Lausanne, à trop vouloir chercher l’indépendance, s’est blessée aux griffes de l’Ours bernois. Le nouvel ordre religieux appelle la formation urgente de pasteurs. Dès la fin de l’année 1537 est créé l’Ecole théologique de Lausanne, aïeule de l’université vaudoise, d’où nous est sortie toute une belle brochette de pasteurs avant que nous sorte aujourd’hui, toute une belle brochette de chômeurs. Les Lausannois resteront fidèles à leur engagement. Si bien que lorsque le majeur Davel pointe son nez à l’Hôtel de ville en 1723 (oui, on a fait un joli saut en avant) pour réclamer la séparation des villes vaudoises de l’occupation bernoise, celui-ci est arrêté, emprisonné puis condamné par le tribunal criminel de la rue de Bourg à la peine capitale par décapitation (il aurait peut-être mieux fait de se taire). Mais sa mort ne sera pas vaine. Les temps changent. Le siècle des Lumières apportent son lot d’éclaircissements sur les zones d’ombre lausannoises. Les idées nouvelles de liberté et d’égalité séduisent les élites urbaines…

-       Pierrot lâche ta sœur et donne moi plutôt la date de la révolution française ?

-       La quoi ?

-       La révolution française, bon sang !

-       1998, deux buts de Zizou et un de Petit dans les dernières minutes du match. Ensuite on est monté aux Champs Elysées en criant « Zidane président !! Zidane président !! ». Ah! Ca c’était la belle époque.

-       File dans ta chambre et va faire tes devoirs.

(suite au prochain épisode)  

Retrouvez le premier et le deuxième épisode ici

 

Thomas

  1. Glapsou
    | Répondre

     Décidément, les sagas historiques de Thomas sont aussi épiques qu’uniques. Du très grand art.

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