Lausanne ou la ville des difficultés pour les personnes handicapées

Posté dans : Société 0
Rues en pente et appartements sur plusieurs niveaux avec escaliers, loger dans la capitale vaudoise est un parcours du combattant pour les personnes handicapées. Reportage.

Une villa avec piscine, sise dans un quartier résidentiel d’une petite commune des hauteurs de Lausanne. Devant, des escaliers et une rampe d’accès bordée d’une barrière boisée. Les marches ou la pente droite, peu importe, j’ai la chance d’avoir le choix. Ce n’est pas le cas de la propriétaire, Sonia, 42 ans, paraplégique suite à un accident de moto, il y a douze ans. Bam! Quelques instants, et tout fout le camp, la vie n’est plus comme avant. Phrase cliché vous me direz. Oui, car on ne le sait que trop bien, d’une minute à l’autre, notre routine quotidienne peut ressembler à l’assemblage fantasque d’un puzzle éclaté. Malgré tout, on s’efforce ne pas y penser, et on y arrive plus ou moins, suivant les jours. Le problème est que parfois, certaines personnes ont tellement bien répété leur exercice de négation, se sont tellement appliquées à fermer les yeux, en plissant bien fort les paupières, qu’elles n’arrivent plus à les ouvrir. Et elles parviennent à oublier (ou à nier) jusqu’à l’existence du problème.

Du moins, c’est ce qu’on se dit, en écoutant le récit de Sonia. « En 1997, après mon accident, j’ai emménagé dans un appartement subventionné à la Gravière à Lausanne. L’appartement était déjà adapté aux normes pour les personnes en chaise roulante. Pourtant, afin que je puisse être autonome, l’AI a subventionné des travaux supplémentaires, s’élevant à environ 23’000 francs. En 2003, j’ai quitté l’appartement, comme il était aménagé, j’ai proposé de le remettre à une personne en chaise roulante, mais ne trouvant personne dans le délai imparti, une ou deux semaines, je ne me rappelle plus exactement, la régie de la ville de Lausanne a exigé que je le remette en état. Ainsi, après des travaux de l’ordre de 7000-8000 francs (toujours financés par l’AI), l’appartement a été remis à une personne valide.» Alors que le manque de logements adaptés aux personnes en chaise roulante est une réalité, ce comportement de la gérance peut sembler absurde. Il est pourtant récurrent. «Ce genre de situation arrive régulièrement, d’ailleurs, nous avons eu un cas similaire il y a six mois», note Nathalie Rosselet, qui s’occupe à Pro Infirmis, du contact avec les personnes handicapées pour l’obtention d’appartements accessibles.

A voir, en ville de Lausanne, les demandes des personnes handicapées ne sont pas traitées en ordre prioritaire. Pourtant, comme on l’imagine aisément, ces personnes ont un choix plus que restreint. Car, dans la capitale vaudoise, si les nouveaux appartements doivent être adaptés aux normes d’accès pour les chaises roulantes, beaucoup de logements y restent inaccessibles. Escaliers, absence de rampe d’accès, couloirs trop étroits, ascenseur exigu, cadre de porte d’une largeur insuffisante, la liste des dispositions qui empêchent l’installation d’une personne en chaise roulante est conséquente. «Parfois, les gens disent que c’est accessible mais en fait ca ne l’est pas forcément. Par exemple, pour aller chez le dentiste j’ai dû démonter la moitié de ma chaise et mettre les jambes en lotus dessus pour entrer dans l’ascenseur », raconte Sonia. Et, lorsque des aménagements peuvent être effectués, il faut encore compter sur un loyer, qui peut être élevé. Puis comme le note Nathalie Rosselet, les personnes étrangères ne possédant pas de papiers suisses ont plus de difficultés à trouver un logement adéquat.

Ainsi, pour les personnes à mobilité réduite, trouver un logement à Lausanne est un défi .Tout comme y circuler. Avec des pentes à la déclivité élevée, la ville n’offre pas facilement ses rues aux personnes à mobilité réduite. Pour les conducteurs, ayant la chance d’être en possession d’une voiture adaptée, même le parcage y est parfois difficile. «Il y a quelques endroits ou les places pour handicapés ne sont pas plus grandes que les autres, et sont en latéral», remarque Sonia.

Il est temps d’ouvrir les yeux…

Laureline Duvillard

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.