Lausanne, la romantique

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A quel point connaît-on et investissons-nous la ville que l’on habite? C’est la question que je me pose en écrivant ce billet qui souhaite à la fois instruire et inviter à l’imaginaire. La tour de l’Ale, vous situez? Et celles du bord du lac et du parc Mon-Repos? Suivez le guide.

L’aventure commence par une anecdote de mon ami Jeremy qui faisait visiter Lausanne à sa copine Sarah. Il me dit qu’il lui a montré les tours de Lausanne en inventant une histoire sur une femme, ses trois amants, et un concours. Evidemment, cela pique ma curiosité et ni une ni deux, nous voici tous les trois à nous balader dans la ville.

La tour Haldimand en 1834, gravure en creux par William-Henri Bartlett. – © Musée historique de Lausanne
La tour Haldimand en 1834, gravure en creux par William-Henri Bartlett. – © Musée historique de Lausanne

Il est tout d’abord nécessaire de distinguer la tour de l’Ale de celles réalisées au début du XIXe siècle dans le cadre du « concours ». En effet, la tour de l’Ale, construite en 1340, est le dernier vestige important des fortifications médiévales de la ville. Réalisée dans un tout autre esprit la tour Haldimand, située au bout du quai de Ouchy juste avant Pully, est édifiée seulement en 1823.

Après recherches, la légende voudrait effectivement qu’elle soit née d’un pari entre trois hommes : William Haldimand, Vincent Perdonnet et Charles-Sigismond de Cerjat. Le but ? Construire la plus belle fausse ruine aussi appelée « fabrique » ; tradition romantique due à l’engouement du siècle pour l’Antique. A la tour Haldimand s’ajoute la tour du Parc Mon-Repos réalisée par Perdonnet et celle de la Rovéréaz de Cerjat, aujourd’hui disparue.

La tour Haldimand au bord du lac. – © Julie Collet
La tour Haldimand au bord du lac. – © Julie Collet

Esthétique de la ruine

Il est dit que c’est la tour Haldimand qui remporta le concours. Il faut dire qu’à l’époque, le parc Denantou s’étendait jusqu’au lac et la tour se détachait alors sur l’avancée dans le Léman créée par l’embouchure de la Vuachère, ce qui la rendait pittoresque. Vers 1896, la fausse enceinte (visible sur la gravure de William-Henri Bartlett) disparaît, le haut de la tour s’est égalisé avec le temps et des grands arbres l’entourent. En 1901, elle est déplacée sur son site actuel, suite au comblement, en direction du lac, de la rive occidentale du cours d’eau lors de la construction du quai d’Ouchy.

La tour Haldimand, panneau informatif. – © Julie Collet
La tour Haldimand, panneau informatif. – © Julie Collet

Au cours du XXe siècle, la tour est quelque peu oubliée et disparaît derrière une abondante végétation. C’est à l’occasion de la restauration complète du quai d’Ouchy, en décembre 2001, qu’elle est entièrement libérée des végétaux qui l’envahissent. Abimée, la tour est restaurée en 2003 et perd par là-même son charme de « fausse » ruine, voire de ruine tout court. Sans doute est-ce aussi en raison de son environnement : un parking, la route, la Vuachère réduite à un petit ruisseau, le manque criant de verdure. Heureusement, il y a là un panneau d’informations pour le quidam arrivant au bout du quai qui affiche de quoi se plonger dans le passé et rendre justice au goût esthétique du XIXe siècle.

La romantique tour du parc Mon-Repos. – © Julie Collet
La romantique tour du parc Mon-Repos. – © Julie Collet

Bus. Métro. La tour du parc Mon-Repos, située à gauche du Tribunal fédéral est, elle, dissimulée dans la végétation et arbore même une agréable petite cascade. Sur ce lieu caché, nul panneau informatif. Ensorcelant, l’endroit nous semble être détaché de la ville et du temps. Il invite à l’échange de secrets sur un banc, à la lecture à l’ombre des murs de pierre, à une rêverie toute romantique dans le gaspillage heureux des heures qui passent. Pas de doute pour nous, en 2015, c’est celle-ci qui remporte notre suffrage.

Cependant, les recherches historiques démontreraient que ces tours n’ont pas vu le jour au même moment, mettant ainsi fin à la légende. La tour de Mon-Repos aurait été construite en 1821-1822 selon un projet du peintre genevois Pierre-Louis Bouvier. Elle précèderait donc de près de dix ans les deux autres tours lausannoises. Mais est-ce réellement important ? N’y a-t-il pas plus de joie à préférer les histoires que l’on invente à la réalité des faits ? Investir une ville, c’est lui donner de la magie et du mystère. Et pour l’Histoire, il y aura toujours le Musée historique, enfin, quand ce dernier sera à nouveau ouvert. Jusque-là, la ville appartient à votre imaginaire.

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