L’ALJF a fêté ses 25 ans!

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L'ALJF (association pour le logement des jeunes en formation) a fêté ses 25 ans au théâtre 2.21 ce week-end. L'occasion de revenir sur l'histoire et le fonctionnement de cette association qui loge des étudiants dans des maisons vides sous contrats de confiance. L'une des membres du comité, Sophie, a pris le temps de nous raconter.
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Une des maisons de l’association, rue Pré-du-Marché 1

LausanneBondyBlog (LBB) : Peux-tu me parler en quelque mots de l’ association ? Comment est né ce projet il y a 25 ans ?
Sophie (S) : Comme dans d’autre villes en Suisse, un mouvement de contestation venu de la rue existait à Lausanne vers la fin des années 80. Dans un climat de crise et de spéculation immobilière, la contestation s’était cristallisée autour du problème des maisons vides. Une des solutions pour obtenir des logements était le coup de force, le squat. Cependant, les animateurs de ce mouvement qui, après de nombreuses péripéties, a donné naissance à l’ALJF ont essayé de jouer le jeu du dialogue avec les autorités.

LBB : Comment fonctionne-t-elle ?
S : L’ALJF fonctionne selon les principes de l’autogestion. Cela signifie que tous ses membres ont un droit égal à participer à sa gestion et aux prises de décisions concernant son fonctionnement et ses objectifs. Ce pouvoir se manifeste principalement lors des assemblées générales (AG), lors desquelles tous les points nécessaires et utiles sont soumis à la discussion et au choix de l’ensemble des membres présents (vote). N’importe quel membre peut également y proposer une modification des règles de fonctionnement de l’association, s’il le juge pertinent.

LBB : Et le comité ?
S :L’association est composée de trois organes permanents :
-le comité
-la commission d’attribution (CA)
-la commission de contrôle et de conciliation (CCC)
Tous les membres de ces organes sont élus par l’AG, et peuvent être révoqués en tout temps si leur activité n’est pas jugée satisfaisante par la majorité des membres. N’importe quel membre peut poser sa candidature pour faire partie de l’organe de son choix.

LBB : Qui peut faire partie de l’ALJF ?
S : Tout étudiant, apprenti, peut poser une demande à l’ALJF. La CA vérifie que la personne demandeuse entre dans les critères d’attribution. Une petite partie des membres ne sont pas étudiants, ils doivent poser un dossier plus conséquent qui est vérifié par la CA.

LBB : Comment trouvez-vous les maisons ?
S : Tous les membres logés participent aux recherches de nouvelles maisons. Chaque printemps le comité organise un recensement des maisons vides à Lausanne et environs, afin de contacter leurs propriétaires dans le but de les convaincre de la nécessité de prêter leur maison à l’ALJF.

LBB : Comment choisissez vous les habitants ? Peuvent ils refuser d’aller dans une maison ?
S : Les personnes sur la liste d’attente sont placées dans les colocations au fur et à mesure que les places se libèrent dans les maisons. Les membres de la colocation choisissent, en fonction de leurs affinités, entre les deux 2 personnes en tête de la liste d’attente envoyées par la CA pour visiter une chambre. On ne choisit donc pas vraiment ses colocs à l’ALJF.

Une autre maison de l'ALJF, Ch. de Bérée 66
Une autre maison de l’ALJF, Ch. de Bérée 66

LBB : Quels sont en général les accords passés avec les propriétaires ?
S : Nous fonctionnons avec des contrats de prêt à usage, des “contrats de confiance”.

LBB : Y a-t-il eu des problèmes pour quitter une maison ?
S : La perte d’une maison est toujours douloureuse pour l’ALJF mais nous sommes en dialogue avec les propriétaires et cela se passe bien 99,9% du temps.

LBB : Les habitants quittant une maison, est ce qu’ils sont automatiquement relogés ?
S:Les habitants qui vivaient dans une maison que l’association a perdue sont relogés en priorité sur la liste d’attente.

LBB : Y a-t-il des règles générales quant aux règles internes aux maisons ?
S : Chaque maison s’organise comme elle le souhaite pour ce qui concerne les affaires internes à la maison. Les habitants sont cependant tenus d’entretenir les lieux (espaces intérieurs et extérieurs).

LBB : Je crois savoir qu’il y a des délégués de maisons. Comment cela fonctionne-t-il ?
S : Chaque maison choisit librement un délégué qui la représentera auprès des divers organes de l’association si besoin. Les délégués se réunissent avant chaque assemblée générale en présence d’au moins un membre du comité, pour discuter de la future AG et faire tourner les informations importantes.

LBB : Etes-vous en concurrence avec  les personnes ou collectifs qui squattent les maisons ? Quelles sont vos relations avec eux ?
S : Nous ne nous positionnons en concurrence de personne. La différence fondamentale entre l’ALJF et les squats réside dans la manière de prendre contact avec les propriétaires. L’ALJF cherche à entrer en contact avec les propriétaires et à signer un contrat de confiance avant de s’installer dans une maison.  Les squatters vont, dans la plupart des cas, également demander un contrat de confiance avec les propriétaires mais il occupent la maison d’abord. Leur position est politiquement plus investie et revendicatrice. Ils remettent en cause la propriété privée, le capitalisme. L’ALJF n’est pas aussi radicale, ses membres proviennent de divers horizons et ne sont pas tous politiquement investis. Le point commun entre les squats et l’ALJF est peut-être le fait de vouloir considérer les maisons en fonction de leur valeur d’usage: une maison est faite pour être habitée, une maison vide est une maison inutile. L’essentiel est donc que les maisons vides soient utilisées, et tant l’ALJF que les squats permettent de rendre vie à des maisons qui seraient sinon laissées à l’abandon.

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