La vie sans papiers à Lausanne

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Dans la rue, dans le bus, au travail ou ailleurs, une bonne partie des gens que l’on croise tous les jours n’a pas de permis de séjour ni de travail. On les côtoie, on les connaît, mais a-t-on conscience de leur quotidien ? Une membre du Collectif Vaudois de soutien aux sans-papiers nous informe sur le sujet.

Qui sont les sans-papiers lausannois ? Anne Papilloud est membre du Collectif Vaudois de soutien aux sans-papiers. Il s’agit d’une association entièrement militante dont le but est d’une part d’aider et de soutenir cette population dans les difficultés quotidiennes, d’autre part de revendiquer politiquement une régularisation collective. Elle m’informe qu’une étude menée en 2003 a estimé que le canton de Vaud comptait entre 10’000 et 12’000 sans-papiers, principalement à Lausanne. Une grande majorité d’entre eux est équatorienne, mais depuis peu, il existe aussi une communauté maghrébine grandissante. En venant ici, ils ont souvent le projet de donner une meilleure éducation à leurs enfants et de mettre de l’argent de côté afin de retourner dans leur pays d’origine, s’y assurer un vie plus confortable. Mais finalement, la plupart d’entre eux ont de la peine à s’en sortir. Quelles en sont les raisons ? Quelles sont leurs difficultés quotidiennes ? Pourquoi revendiquer une régularisation collective ? Tant de questions auxquelles Anne Papilloud a accepté de répondre.

Une fois arrivé en Suisse, tout est une question de réseaux. Les personnes appartenant à une des grandes communautés de Lausanne sont épaulées par celle-ci. On les aide à trouver rapidement un appartement et un emploi. Pour ce qui est du logement, ce sont souvent des Suisses qui signent un bail à leur nom par altruisme. Cependant, il existe aussi des escrocs qui profitent de cette situation d’insécurité constante. « Il y a des employeurs, notamment des agences de nettoyage, qui fournissent un appartement avec l’emploi, mais à des prix deux fois plus élevés qu’un loyer normal. Si les employés quittent leur travail, on les vire de l’appartement du jour au lendemain. C’est vraiment de l’esclavagisme moderne », m’explique Anne Papilloud.

Pour ce qui est du travail, les rôles sont bien définis : les femmes sont dans l’économie domestique, les hommes dans l’hôtellerie et sur les chantiers. Une grande partie des sans-papiers viennent en famille et les deux parents travaillent pour subvenir aux besoins. Mais depuis la nouvelle loi sur les étrangers, il est beaucoup plus difficile pour ces messieurs de trouver du travail dans les secteurs mentionnés. Concernant les ressortissants de pays non-membres de l’UE ou de l’AELE, cette loi limite l’accès au marché du travail à des personnes ayant des qualifications professionnelles particulières. Les patrons employant jusque là un haut pourcentage de main d’œuvre étrangère au noir commencent donc à avoir peur de l’amende. Une crainte évidemment beaucoup moins partagée par ceux qui emploient une seule femme de ménage, quelques heures par semaine. Actuellement, les hommes se trouvent donc souvent en situation instable, voire précaire, ce qui ne leur permet pas de vivre correctement et encore moins de faire des économies.

Comme il y a des familles, il y a aussi forcément des enfants. Ceux-ci ne rencontrent pas de difficultés à aller à l’école. Selon mon interlocutrice, dans le canton de Vaud tout le monde est d’accord sur le fait que les enfants doivent être scolarisés sans exception, quel que soit leur statut. « En fait, ça fonctionne beaucoup sur le non-dit. L’établissement scolaire ne connaît pas le statut des enfants. Mais si on est un minimum documenté, on peut imaginer suivant la nationalité qu’un enfant est sans-papiers. Il y a aussi beaucoup de parents qui vont expliquer leur situation aux maîtresses, parce qu’évidemment ça pose des problèmes particuliers. Par exemple, si la classe va en course d’école dans un autre canton, c’est très angoissant pour les parents. Il y a le risque de se faire attrapper. »

Le peur de se faire contrôler ou dénoncer est un problème quotidien. Ne pas avoir de permis représente un délit, c’est une infraction à la loi sur les étrangers. N’importe quel policier peut vous arrêter à tout moment. Afin de minimiser ce risque, les informations circulent. Des contrôles à la Migros des Terreaux ? Les sans-papiers feront leurs courses ailleurs. Des contrôles dans le bus qui va à Epalinges ? Ceux qui y travaillent préféreront s’y rendre à pied, peu importe la distance. Selon Anne Papilloud, la peur du contrôle, et par extension du renvoi, est tout à fait compréhensible mais malgré tout à relativiser. « Si on est sans-papiers de type caucasien, la vie ici est plutôt tranquille. Et heureusement, il y a un peu de bon sens entre guillemets de la part des autorités car les policiers des communes vaudoises ne passent pas leur temps à arrêter des personnes au profil type pour leur demander leur permis. A part quelques cas particuliers de harcèlement comme ça a été le cas à Pully par exemple, il n’y a pas de volonté de la police en général et des autorités de faire des raffles et de ramasser tous les sans-papiers pour les renvoyer chez eux. »

En gros, l’angoisse est disproportionnée par rapport au risque réel. « Bien sûr, c’est facile de dire ça pour moi parce que je suis Suisse », ajoute Anne Papilloud, « mais il n’y a pas énormément de crainte à avoir parce que la position des autorités est d’une grande hypocrisie. Tout le monde sait qu’ils sont là, tout le monde sait que c’est illégal mais tout le monde est content d’avoir une main-d’œuvre bon marché qui n’ose protester de rien. Il en va de même pour les logements hors de prix qui ne reçoivent évidemment jamais de plaintes. C’est vraiment de l’esclavagisme moderne. Et il n’y a pas de volonté du politique de régler ce genre de situation, ni de renvoyer les sans-papiers. Il y a honnêtement très peu de risques de renvoi, ce n’est pas du tout la même problématique que l’asile. » Mais ça ne veut pas dire qu’une arrestation n’a pas de conséquences. Cela peut entraîner des procédures administratives et des amendes à répétition dont il est souvent difficile de se sortir, et qui peuvent mener jusqu’à la prison.

Il y a donc un paradoxe entre la crainte permanente de se faire prendre qui laisse place à toutes sortes d’abus, et cette apparente tolérance parfois qualifiée d’hypocrisie envers les sans-papiers. Selon le Collectif Vaudois, une régularisation collective permettrait de résoudre le problème. La thématique de la régularisation n’est pas nouvelle. En 2002 a été mise en place la circulaire Metzler qui visait à déterminer les conditions dans lesquelles les requérents d’asile déboutés et les sans-papiers pouvaient être régularisés. Elle s’appuyait sur des critères d’intégration qui tenaient compte entre autres de la durée du séjour ou encore de l’autonomie financière. C’était une porte ouverte à la légalisation d’un bon nombre de sans-papiers intégrés et établis depuis plusieurs années. Mais elle n’a pas duré. Le Département fédéral de justice et police dirigé par Christoph Blocher, a fini par relativiser grandement la durée du séjour des sans-papiers en Suisse en tant que critère important pour la reconnaissance d’un droit de séjour et de travail. Le taux de rejet des demandes individuelles a alors augmenté. Actuellement, c’est une période qu’Anne Papilloud qualifie de déprimante au niveau politique. « Il n’y a pas de signes d’ouverture, au contraire, la fermeture de la Suisse est de plus en plus grande par rapport aux étrangers en général. Principalement par rapport aux non-Européens. C’est pour ça qu’en ce moment il est difficile de mobiliser cette population. »

L’air du temps ne se prête pas aux manifestations. Alors l’association cherche à faire régulariser les sans-papiers en démontrant que si l’on supprime ces individus de l’économie domestique, de nombreuses personnes âgées n’auraient plus personne pour s’occuper d’elles, ainsi que de nombreux enfants, sans compter la difficulté de trouver une femme de ménage régularisée. C’est un secteur qui dépend principalement des sans-papiers. « A Genève, ils ont demandé une régularisation du secteur. On voulait entreprendre une démarche similaire ici mais il n’y a pas une grande volonté des gens concernés de se mobiliser, de nouveau parce qu’ils ont peur des conséquences. Nous n’avons pas non plus de soutien des syndicats ni des partis politiques. Quant à nos moyens financiers, ce sont les cotisations des membres qui pour la plupart sont eux-mêmes sans-papiers et loin d’être riches. Alors on a lancé une pétition, récolté des signatures pour dire aux autorités communales qu’elles doivent demander au canton, qui doit demander à Berne de s’intéresser à ce problème. C’est tout ce que l’on peut faire pour l’instant. » 

www.sans-papier-vd.ch 

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Cristina

2 réponses

  1. Fatmire
    | Répondre

    Bonjour J’ai besoin d’aider

  2. Fatmire
    | Répondre

    Oui j’ai besoin d’aider s’ilvuple

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