La source sûre : les bars de Lausanne, ou la tyrannie du cool ?

Vendredi dernier, un groupe d’étudiants se voit refuser l’accès à la terrasse de l’Etoile Blanche. Motif : ils voulaient travailler sur des tablettes qui n’étaient pas des iPad.
Vous reprendrez bien un verre de swagg ? © Phil
Vous reprendrez bien un verre de swag ?
© Phil

Claire, François et Théodore n’en reviennent toujours pas. Il y a quelques jours, ces trois élèves de Sciences Sociales à l’Université de Lausanne voulaient profiter du soleil pour étudier en plein air. À la recherche d’une terrasse, leur choix se porte sur l’Etoile Blanche, dans le centre de Lausanne. Ayant réussi à trouver une table libre, ils sortent leurs tablettes Windows pour étudier. Quelques minutes plus tard, un serveur leur demande de partir. Claire témoigne : « Il nous a dit que, sans produit Apple, il était interdit de travailler sur la terrasse, question d’image. »

Une politique sévère

Nous avons contacté l’établissement, qui confirme : « Notre terrasse est souvent pleine. Même en hiver, les gens sont prêts à se les geler pour boire un Spritz avec vue sur la rue, quelle idée de cons d’ailleurs. C’est bien la preuve que s’afficher ici est bon pour son image. Nous nous devons donc de garder un certain standing pour nos clients. Une tablette Windows ? Et pourquoi pas un costard C&A pendant qu’on y est ? »

Théodore, terrassé, ne comprend pas : « Pourtant, j’avais fait un effort sur mon style : acheté des Stan Smith, retroussé légèrement mes pantalons et mis mes petites lunettes rondes. C’est peut-être parce que je n’ai pas encore de barbe. Je ne sais pas. »

Une tendance qui se généralise

Dans les autres bars et boîtes de Lausanne, le même système de sélection commence à s’installer. Au Great Escape (place de la Riponne), selon des clients, il faut être « trentenaire et célibataire. » Au Bourg (rue de Bourg) « pas d’entrée sans une belle paire de Nike. » À l’Atelier (avenue de France), il faut prouver que l’on a déniché « un petit groupe électro que personne ne connait. À ne pas confondre avec l’ancien Atelier Volant, où il fallait un débardeur et un catogan. » Les patrons du Lapin Vert (rue Cité-devant), eux, exigent « un tatouage et un téton percé au minimum. » Les bars lounge du Flon, eux, veulent « un costard ou une robe de soirée, et une montre ou un bracelet à plus de 3’000 francs. »

Seul bastion de résistance, l’Espace Autogéré (rue Dr. César-Roux) laisse rentrer n’importe qui. Un des clients nous le confirme, tout en nuançant : « Un type qui se pointe avec un costard de PLR ou une montre d’agent immobilier risque bien de se faire péter la gueule. Mais bon, on accueille tout le monde, hein ! »

Heureusement Noël approche

Nos trois étudiants s’estiment tout de même chanceux, Noël approchant, ils espèrent recevoir iPad, MacBook et iWatch. « Ça ne sert à rien, parce que nos tablettes et ordinateurs respectifs fonctionnent très bien. Mais bon, c’est stylé. » explique François.

Espérons que les établissements de la ville aillent vers un peu d’ouverture, permettant aux jeunes Lausannois d’oublier les clivages stylistiques. Après tout, quoi de mieux qu’une bonne bière tous ensemble, pour se donner la force de tordre le cou aux clichés ?

(Image de Une © Lars K. Jensen)

4 Responses

  1. Mathilde Panes
    Mathilde Panes
    | Répondre

    Bon plan : à la Datcha, si tu as un nokia 3310, tu es traité en roi, car les valeurs du hippie-déconnecté priment.

  2. Philippe
    | Répondre

    C est pas bien de pomper les idées des autres.

  3. lucie
    | Répondre

    Si jamais à la “Jetée de la compagnie”, on accueille tout le monde, et d’ailleurs, ça fait jaser !

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