La rhétorique nationale-populiste

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L'UDC est à la fois nationaliste et populiste. Décodage d'une stratégie politique.

De manière générale, les partis « populistes » désignent des formations politiques ayant les caractéristiques suivantes : un discours protestataire et anti-establishment (dénigrement de la classe politique traditionnelle), une structure d’organisation hiérarchique avec un fort leadership (pensons ici à Christoph Blocher) ainsi qu’une clientèle hétéroclite, composée de personnes se sentant parmi les laissés-pour-compte de la politique officielle.

Si l’on pense à l’UDC, il est indéniable que ce parti peut être désigné de populiste. Néanmoins, ce qualificatif ne semble pas suffisant pour caractériser le parti agrarien, car l’UDC mobilise également une référence à une composante identitaire qu’il vient greffer sur son idéologie populiste. En ce sens l’UDC peut donc être qualifiée de mouvement « national-populiste ».

A proprement parler, le programme de l’UDC esquisse un projet de société à forte composante identitaire : le « peuple », terme récurrent et souvent synonyme de « nation », est associé à l’idée d’une appartenance organique. Il s’agit là d’un fétichisme de la Gemeinschaft avec, comme pendant, une logique de discrimination et d’exclusion touchant en premier lieu les étrangers.  

Procédant à une certaine euphémisation du racisme (l’antiracisme étant aujourd’hui devenu une norme dominante et socialement valorisée), l’UDC illustre à merveille qu’il peut y avoir discrimination et exclusion indépendamment d’une doctrine explicite sur l’infériorité biologique innée. Il ne s’agit plus de faire appel au peuple ou à la nation sur la base du dogme de l’inégalité raciale de l’Autre, figure récurrente des théories racistes de type impérialiste, mais plutôt d’affirmer la trop grande différence culturelle de certaines minorités (telles que les musulmans) dont les valeurs seraient incompatibles avec celles prônées par la société suisse.  

L’acceptation publique de ce type de discours pose un réel problème au sein d’un pays qui se proclame volontiers pour la solidarité et la tolérance. En effet, en conquérant une place dans le dispositif institutionnel démocratique et dans les médias, en se voyant reconnaître une respectabilité politique, en incitant les autres partis à mobiliser sur le même type de thématique, l’UDC renforce par-là même la légitimité et la respectabilité d’un discours prônant la stigmatisation, l’exclusion et la xénophobie.  

A l’échelle européenne, les formations nationales-populistes se font de plus en plus le vecteur d’une volonté de clôture identitaire et d’exclusion sociale, qui remet en question ce que l’on considère comme étant les acquis des sociétés démocratiques modernes, à savoir le pluralisme culturel, la justice sociale et la tolérance vis-à-vis de l’Autre. Ce phénomène inquiétant, que d’aucuns tentent de banaliser, représente l’un des défis majeurs auxquels doivent aujourd’hui faire face nos Etats de droit démocratiques.

Francis

3 Responses

  1. samuel
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     Il est faux de dire que l’UDC n’attire que les laissés-pour-compte, il s’agit en vérité de ceux à qui l’ouverture fait peur. Il était logique qu’un effondrement des frontières nationales en Europe allait renforcer les barrières à l’intérieur même des pays. 
    Ton analyse s’applique mieux au Front National français, car en France il y a bel et bien un clivage entre formations politiques que tu appelles “officielles” à savoir ce fameux front républicain (UMP et socialistes) et la droite protectionniste du FN. L’UDC quant à elle fait partie depuis longtemps des formations politiques “officielles” en Suisse, au sein même du gouvernement. 

    • francis_luong
      | Répondre

      En effet, l’UDC fait partie depuis longtemps des formations politiques “officielles” en Suisse, au sein même du gouvernement, comme tu le dis si bien. Est-il dès lors inexact de taxer ce parti de “national-populiste”, je n’en suis pas si sûr.

      En fait, d’un point de vue rhétorique, l’UDC procède bien du schéma national-populiste : dénonciation d’un état de décadence, identification des responsables, solution miracle de l’équation sociale, proposition d’une méthode de salut. D’un point de vue thématique, plusieurs points sont également repérables : l’antipolitique, la xénophobie, l’hostilité à l’Union européenne, la défense de l’identité nationale. On aurait tort ici de négliger les caractéristiques d’une telle combinaison. Certes l’UDC participe depuis plusieurs décennies au gouvernement helvétique, mais son discours ne s’en apparente pas moins, par certains aspects, à celui d’un parti d’extrême droite.

      Cautionner le discours d’un parti par le simple fait qu’il fait partie des formations politiques “officielles” me paraît dangereux et déplorable. L’institutionnalisation n’entraîne pas mécaniquement le crédit politique. En ce sens, c’est la reconnaissance de la légitimité de l’UDC par son existence en tant que parti gouvernemental qui me paraît un peu simpliste…

      • samuel
        | Répondre

        L’arrogance de l’UDC amène forcément un besoins de délégitimation par le contenu… mais dans une démocratie, les idées se légitiment par le peuple, la faute au positivisme. 
        Je ne reviendrai que peu sur l’étiquette “national-populiste”, dont certains des éléments que tu cite pourraient s’appliquer très largement à d’autres formations politiques. La solution miracle n’est justement pas un élément de la politique de l’UDC, cette dernière ne proposant justement pas de véritable solution.

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