La princesse de Bel-Air

Posté dans : Au quartier | 1
Parfois, Lausanne recèle des icônes oubliées. Des personnes qu’on croise tous les jours et auxquelles on ne fait plus attention. Connaissez-vous l’énigmatique princesse de Bel-Air ?

Samedi, 13h. Comme tous les samedis, Bel-Air est animé. Un flux de personnes rentre et sort continuellement de la Fnac. Les bus blancs et bleus des TL effectuent leur chorégraphie habituelle, déposant des gens, en emportant d’autres vers des destinations variées. Sur les bancs des jeunes discutent, une casquette sur le chef et une brique de thé froid à la main. La marchande de glaces vend ses cornets alléchants aux passants gourmands. La petite vieille du kiosque vend ses jeux de tarot et cigares à ses clients habituels. Dans tous les sens, ça s’affaire, ça marche, ça boîte, ça trottine, ça poussette.

Ce ballet de Bel-Air, tu le connais. Pour toi, c’est un peu le grand jour de la semaine, celui où la foule est la plus nombreuse pour t’admirer. Pourtant, tu n’as rien mis de spécial. Ton look, valeur sûre, est le même que tous les jours : ta coupe légèrement bouclée, tombant sur les épaules ; ton magnifique soutien-gorge « façon jean » ; ton brillant sur le nombril ; ton vieux jean délavé.

Ta posture, savamment étudiée, est intrigante. Ton regard n’est pas mutin ; tu ne fais pas un « bec de canard » avec ta bouche, ce qui serait un signal clair de séduction. Tu nous regardes, mais nous n’arrivons pas à savoir ce que tu veux. Tu ne nous dis pas clairement « je te veux », mais tu ne détournes pas non plus. Tu ne sembles pas spécialement heureuse, mais pas non plus triste. Tu nous offres ta poitrine, et ton ventre arrondi. Et puis, il y a cette main, sur ton jean, qui pose tant de questions : est-ce la tienne ? Ou celle d’une autre personne ? Un homme peut-être ? Que cela signifie-t-il, veux-tu en montrer plus, te dévêtir davantage ?

Avec ta peau basanée, tu sembles venir d’un pays lointain. Nous, Lausannois, nous voudrions connaître ton histoire. Comment t’appelles-tu ? On a envie de te nommer Aïcha. Vis-tu à Lausanne ? Sais-tu que tu es affichée en grand pour faire de la pub pour un magasin d’appareils électroniques ? As-tu un copain, un mari, un amant, des enfants ? Parles-tu français ? Fais-tu tes courses à la Migros ou la Coop ? Quand as-tu posé pour cette photo ? Le cachet en valait la peine ? Le regrettes-tu ?

Aïcha, si tu lis ce message, manifeste-toi. La population a envie d’en savoir plus. Nous ne pouvons plus acheter des multi-prises et des CD vierges sans te connaître.

Articles similaires

Etienne

Une réponse

  1. Thieu-Thieu
    | Répondre

    (chez les créatifs de l’agence de pub)

    – Coco, y a Interdiscount qui veut qu’on leur fasse une affiche. Un gros contrat. Beaucoup de blé à la clé… Il s’agit de se creuser le ciboulot !
    – Bon déjà y nous faut un slogan… genre “des prix vraiment pas chers”, un truc qui claque, et qui évoque le côté “discount” et en même temps “inter” tu vois…
    – ptêt euh… “Interdiscount, c’est pas cher”
    – pas mal… ou alors “Interdiscount, tout à petit prix”… ou “Interdiscount, la folie des prix” ! 
    – Bon ça gros ! Ils vont adorer ! Mais où tu vas chercher tout ça ?! 
    – Parfait, maintenant il nous faudrait une image qui illustrerait notre slogan ‘la folie des prix’, t’as une idée coco ?
    – …
    (un rail plus tard)
    – j’ai une idée !!! UNE FILLE DENUDEE !!!
    – Waaaaaaaaaaaaaw ! Mais où t’as été cherché ça ?! Je suis SUR LE CUL !
    – Je suis un putain de génie , voilà tout… 

Répondre