La littérature romande, ça vous inspire ? – « Pillages »

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L'Egypte ancienne vous enflamme ? Vous adorez entendre parler de statuettes, de hiéroglyphes, de pharaons et d'obscures malédictions ? Même si cette histoire n'existe pas sur papyrus, elle vous emportera au loin pour un voyage au-delà de l'espace et du temps.

Quand j’ai entendu parler d’un polar qui alliait à la fois l’ancienne Egypte, Genève, du trafic d’antiquités et une maison d’édition lausannoise, je n’ai pas pu résister à vouloir en savoir plus. J’ai alors gardé précieusement le titre dans un coin de ma tête, pour une prochaine lecture.

« La malédiction des dieux. Ce genre d’histoire pullule en Egypte. Et à quoi ressemble ce mystérieux objet ? Il y a plusieurs versions. Une statue en or d’un dieu puissant, la tête d’un prêtre ou la statuette d’une vache incrustée de pierres précieuses représentant Hathor, la protectrice de la montagne. Personne ne l’a jamais vu. Une légende qui fait fantasmer les chasseurs de trésors. » Maeder, Rachel. Pillages : Roman. Collection Frisson. Lausanne : Plaisir De Lire, 2016, p. 119.

Résumé

A Genève, tout n’est pas aussi calme qu’on pourrait le croire. Alors que le musée d’archéologie de l’Université prépare une exposition importante pour célébrer les cent cinquante ans de la naissance de l’archéologue genevois, Nicolas Blondel, un drame survint. Michael Kappler, archiviste de son état, se fait violemment assommer pendant son travail. Il n’a eu que le temps d’apercevoir un homme masqué, tout de noir vêtu. A son réveil à l’hôpital, il apprend la disparition de quatre statuettes de la collection. C’en est trop pour lui. Bien décidé à faire payer à cet individu et le vol et son agression, Kappler va mener l’enquête à sa manière, sous le regard souvent désapprobateur de la police. Enquête qui va le mener de Genève à Monaco, en passant par un chantier de fouilles à Deir el-Bahari, en Egypte, au XXe siècle. Mais une question ne cesse de lui trotter dans la tête : pourquoi diable avoir dérobé des pièces si ordinaires alors que de véritables trésors reposaient juste à côté ?

Ce qui se détache de cette lecture

Pillages est le troisième roman de Rachel Maeder, tout trois racontent les péripéties de Michael Kappeler. Comme souvent avec les polars, il est tout à fait possible de lire les volumes dans le désordre ou de n’en lire qu’un seul, c’est égal lequel. Bien évidemment des parallèles entre les histoires existent, on recroise des personnages et des petits clins d’œil s’installent au sein du récit. Pour ma part, il s’agit du premier livre que je lis de cette auteure et mis à part une incontestable curiosité marquée par certaines citations, ma lecture n’en a pas été contrariée.

Le livre est plutôt court, car la police d’écriture est assez grande. Moi qui aime les grandes histoires, j’ai craint que le récit se termine trop abruptement à mon goût. J’avais peur que l’auteure ne passe que trop rapidement à la conclusion de son enquête, sans laisser le temps aux lecteurs de se projeter dans le récit et de réfléchir plus profondément à l’intrigue. Malheureusement, c’est ce qui s’est passé pour moi. Tout au long du récit j’ai espéré qu’il décolle, mais il n’a fait que rester quelques secondes suspendues au-dessus du sol, pour redescendre et ce à plusieurs reprises, me donnant ainsi de faux espoirs. Je suis restée un peu sur ma faim. Pour moi, l’histoire manque de profondeur, elle est trop concise, j’aurais préféré que l’auteure creuse un peu plus loin ou nous dévoile quelques informations supplémentaires.

La couverture du livre.

Heureusement, il n’y a pas que le récit principal qui couvre les 243 pages de ce polar. Il est composé de plusieurs variétés de textes. On retrouve le récit principal, racontant l’enquête de Michael Kappeler, qui est entrecoupé par plusieurs parties d’un journal intime, datant du début du XXe siècle, appartenant à la femme de l’archéologue, Nicolas Blondel. Par moment, c’est les notes sur les fouilles de celui-ci qui sont dévoilées, présentant ainsi les aspects plus techniques de son travail. Mais ce n’est pas tout, de véritables extraits de coupures de journaux (Le Temps, Libération, Le Monde) racontant les vols de pièces archéologiques, terminent de compléter l’ouvrage. Ces ajouts apportent une valeur supplémentaire au livre. Les coupures de presse permettent de s’intéresser d’autant plus au sujet et de se rendre compte de la réalité des pillages des pièces archéologiques à notre époque. Quant aux parties contant les fouilles, elles ajoutent un côté plus aventureux et historique. C’est un livre qui a la particularité de présenter différents aspects des antiquités, leurs découvertes, leurs mises en valeur, leurs vols et ce qui s’en suit. Il ne manque que leur création et utilisation pour que leurs vies soient totalement décrites.

J’ai adoré découvrir ces ajouts, c’est d’ailleurs ce que j’ai préféré dans ce roman. Mais peut-être est-ce justement leur présence qui ont raccourci l’histoire principale. Si c’est le cas, je ne le regrette pas, car grâce à eux, ce polar prend une dimension plus originale.

Le trafic d’antiquités est encré au cœur du roman. C’est même son thème principal. A la lecture de cette histoire, ce sujet m’a interpellée. Bien sûr j’en avais déjà entendu parlé, mais je n’y avais jamais porté une réelle attention. Découvrir que la Suisse, Genève en tête, avait été une plaque tournante de trafic d’art, m’a laissé sans voix quelques minutes. Je n’avais jamais songé au rôle que cette ville pouvait avoir dans le monde obscur du trafic et pourtant avec du recule cela paraît assez logique vu la place géographique qu’occupe la Suisse et celle de Genève sur le marché international et celui des antiquités notamment.

En 2005, la Suisse a mis en place la loi fédérale sur le transfert international des biens culturels, afin d’endiguer ce mal. Depuis, la situation s’est améliorée, mais il reste encore un travail considérable à accomplir. Aujourd’hui, une prise de conscience sur cette problématique s’est éveillée. De nombreux Etats et institutions ont décidé de lutter contre ce phénomène. Genève, elle s’est mis en tête de devenir l’un des centres du combat contre le commerce illégal d’antiquités, troisième trafic le plus important au monde (après celui des armes et de la drogue). Pourquoi cette prise de conscience ? Parce que les conflits actuels n’ont jamais été aussi destructeurs envers le patrimoine culturel. Avant, on s’attaquait à l’héritage historique de nos ennemis. Maintenant, certains peuples détruisent leur propre culture, car ils ne la reconnaissent plus comme étant leur et préfèrent l’éradiquer que de la conserver.

Dans Pillages, un accent particulièrement fort sur la situation actuelle et passée du trafic d’objets anciens apparait, surtout grâce à la présence des coupures de presse. Il y a le trafic des pays en guerre avec de riches pays où les œuvres historiques sont échangées contre des armes, la destruction simple de l’Histoire ou encore la dégradation intentionnelle de pièces afin de pouvoir les refourguer plus facilement. Rien que de penser qu’on puisse détruire volontairement une antiquité qui a défié les âges cela me répugne. Ah la haine, la bêtise, l’arrogance et l’intolérance humaine auront fait plus de dégâts que toutes les catastrophes naturelles réunies.

Finalement même si ce roman ne m’aura peut-être pas apporté le suspense espéré, il m’aura tout de même fourni de l’intérêt et des informations intéressantes sur les pillages. L’idée d’adopter un archiviste comme personnage principale est inattendue et apporte un plus. Les personnages ont un certain charme et du caractère. Les chapitres courts qui composent ce livre permettent d’avancer rapidement dans la lecture et sont très agréables si on lit durant nos déplacements. Cela nous permet de stopper notre lecture à des moments opportuns. Il s’agit d’une lecture agréable, regorgeant d’excellentes idées. En quelques mots ; un roman parfait pour les vacances, court, simple et rafraîchissant. Ne lui manque que de tenir le lecteur en haleine, pour être irréprochable.

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Une petite pause lecture avant de visiter la collection d’égyptologie au musée cantonal d’archéologie et d’histoire.

L’écrivain

Rachel Maeder a vu le jour à Lausanne. Elle a d’abord étudié l’égyptologie et l’Histoire des religions à l’Université de Genève. Quelques années plus tard, elle se lance dans l’écriture de polars, prenant comme sujet de prédilection l’Egypte ancienne qu’elle connaît bien. C’est le métier de son mari qui l’a décidée à insérer un archiviste détective aux cœurs même de ses romans.


La maison d’édition

Plaisir de Lire est une maison d’édition, fondée en 1923, basée à Lausanne. Il s’agit d’une association à but non lucratif qui a pour objectif de publier des ouvrages en lien avec la Suisse, de présenter des auteurs de qualité à un large public et contribuer à la conservation et la mise en valeur du patrimoine littéraire. Tout un programme, qu’elle respecte grâce à ses trois collections: Patrimoine vivant, Aujourd’hui et Frisson bien sûr! Elle a déjà publié les écrits d’une septantaine d’auteurs différents.


Intéressé(e) par le sujet ?


L’ancienne Egypte à Lausanne

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