« La dérive du roi » : Que mes caprices soient des ordres !

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La pièce de théâtre helvético-haïtienne, soutenue par l’association La Barje, faisait escale à Lutry. Votre blogueuse y était. Récit.

Après des expériences encourageantes d’échange autour du théâtre et du cirque réalisées en 2007, Enfants du Monde (EdM) a réitéré l’expérience en lançant en 2008 un projet théâtral réunissant de jeunes Haïtiens de Port-au-Prince et des acteurs de l’association Saj Veye Yo. Le souhait d’EdM était alors d’encourager l’échange non seulement interculturel mais aussi pratique entre professionnels du milieu social et artistique.

Ainsi en été 2008, quatorze jeunes Suisses, un chorégraphe, un compositeur, deux musiciens et un metteur en scène se sont rendus en Haïti. En collaboration avec les jeunes Haïtiens, ils ont monté ensemble cette pièce « La dérive du roi », fable satirique tirée d’un conte haïtien (« Legagnan ») et réécrite pour l’occasion. Le spectacle raconte l’histoire d’un général empreint d’idées de justice, de renouveau pour son pays et qui va, grâce à l’aide d’un valet manipulateur, réussir à destituer le roi, avant de devenir lui-même encore plus tyran et despotique que son prédécesseur. Cette fable mélange subtilement du théâtre classique et moderne, de la danse, du chant, des déclamations, des dénonciations et des revendications.  

A Lutry, la pièce se jouait dans une salle de gym communale, le tout organisé par la chambre économique de la région. Le public était principalement familial et bon enfant. Un cocktail de bienvenu, des tables conviviales, des ami.e.s et de « l’échange interculturel », de quoi passer un bon vendredi soir… J’ai eu le plaisir de pouvoir m’entretenir avec le metteur en scène haïtien Moise Fritz Evens et Peterson Paul l’un des acteurs principaux qui m’ont tous deux témoigné leur enthousiasme pour ce beau projet. Pour le metteur en scène, l’échange haïtien-suisse s’est très bien passé car pour lui, tous aspirent à une même idéologie, celle de l’égalité et du partage. Les participants sont engagés et veulent contribuer au changement et à la dénonciation de certaines réalités, certes haïtiennes, mais pas uniquement, comme me le précisera Moise Fritz Evens. Pour lui, « c’est l’histoire d’un tyran passé dans l’Histoire de l’humanité. C’est un modèle de tyran qui a soif de pouvoir et néglige les autres ».

Pour lui, le théâtre peut prétendre être une arme de combat. Il me dit que la pièce eut beaucoup de succès et d’impact lors de leur représentation en Haïti devant environ 600 personnes, il y a un an. Ceci, s’explique, d’après lui, par le fait que le spectacle raconte la réalité des conditions de vie là-bas. Pour lui, le message principal du spectacle est bien l’unité en mettant les gens « face à leur responsabilité ». Pour ces deux collaborateurs, le bilan de cette expérience est plus que positif, après avoir joué ces quelques dates en Suisse. Peterson Paul s’attendait à cet effet sur le public, car il était conscient, me dit-il, du potentiel de ce spectacle, c’est pourquoi d’ailleurs, d’après lui, il devrait continuer à être joué dans divers contrées et horizons. Ils me dirent enfin pourquoi ce fut important de faire participer des jeunes au sein de ce projet. Pour Moise Fritz Evens, c’est tout simplement parce qu’ils représentent l’avenir, ils sont créateurs de valeurs. Il prêche pour la quête de nouvelles idées qui mèneront, il l’espère, à un nouveau monde ou tout au moins à une nouvelle Haïti. De plus, comme il le releva, l’implication de jeunes peut facilement entrainer d’autres jeunes à s’engager, voulant suivre ce modèle. 

Reste que ce spectacle est une belle initiative ayant permis à un échange intéressant et enrichissant entre ces jeunes. Et comme le dit une des jeunes participantes qui compare leur expérience à une recette de cuisine, sur leur blog (http://haiti2008.uniterre.com/): « la digestion de ce plat demande toute une vie »…

Sitara Chamot

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