La chronique onirique de Page.

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Bienvenue dans ce petit coin de Toile. Je suis Page. Parce que parfois vous écrivez sur la page et, aujourd'hui, la Page écrit sur vous. Ceci est son domaine.

Cette semaine, nos sérendipités nous mèneront dans les rues de Lausanne, en cortège, dans les ruches, avec un scientifique, et dans un club un soir d’automne. 

Manifestation
Page a participé à un cortège. Et ille a regardé les gens, comme d’habitude. D’abord, les gens dans le cortège. Certains sont très dignes, certains portent des bougies, certains déclament des slogans, repris ou non. Certains profitent, simplement, d’un moment en compagnie de leurs amis. Certains marchent vite, cherchent, lèvent des torches ou des parapluies, un téléphone collé à l’oreille. “Et là, tu me vois ? Je lève mon parapluie. Je suis en haut du Petit-Chêne, tu me vois, là ? Tu me vois ? Moi je ne te vois pas.” Les deux interlocuteurs disparaissent, et j’aime à penser qu’ils se retrouvent par la suite. En attendant, une coulée de gens un peu plus rapide emporte la Page, qui se laisse emporter. Ici, il y a les journalistes du Lausanne Bondy Blog, qui travaillent et qui participent, nageant avec et contre le courant, dansant avec la foule pour trouver des gens à qui parler. “Coucou, comment ça va ?” et Page passe. Je regarde autour du cortège. La délimitation est nette. Il y a ceux qui en font partie, et les autres, qui regardent. On les reconnaît assez facilement : à la périphérie, ils font très, très attention à ne pas se retrouver dans le sens de la marche, allant d’ailleurs parfois en crabe, lorsque leurs pas les mènent malencontreusement dans la même direction. Il y a aussi ces deux dames, qui regardent passer les gens sous une arche de verre, comme si les poissons regardaient le monde hors de leur aquarium.  Un petit signe de la main, et Page passe. Tous ces gens qui circulent dans le même sens, tous d’accord – si ce n’est que pour un instant… Et les autres, qui les regardent. Ils sont sur la Page.

Abeilles
Il existe sur cette planète une personne dont le métier est dealer pour insectes. Le matin, quand il se lève, après avoir embrassé sa femme, il enfile sa blouse blanche (sans doute garnie de petits sachets cousus dans la doublure), et se promène autour des ruches pour donner de la cocaïne aux abeilles. Ensuite, il regarde les abeilles qui ont pris de la cocaïne. Et il écrit ce qu’il voit. Page aime bien la Science. Il paraît qu’une abeille cocaïnomane exagère la quantité de ressources qu’elle a trouvées lorsqu’elle revient à la ruche pour prévenir ses copines. “Les filles”, dit apparemment l’abeille, “j’ai trouvé, un peu plus loin, le meilleur restaurant de la ville. Je vous donne l’adresse.” Les autres abeilles s’y rendent, et le paradis gourmand prévu s’avère n’être qu’une gargote de bas étage. Apparemment, l’abeille cocaïnomane ne ment pas sur le lieu, uniquement sur la qualité et / ou la quantité de ce qui s’y trouve. 

Le plus étonnant pour Page, c’est le fait que les scientifiques peuvent déterminer qu’une abeille ment. Ils savent ce que veulent dire les mouvements en huit exécutés par l’abdomen d’une abeille, et les informations transmises à la ruche. La communication entre espèces a fait un grand pas grâce à la Science. 

Club
Un soir comme les autres dans un club comme les autres. Des gens dansent, des gens parlent. Partout, des gens. Page déambule, et écoute les gens. Ille se demande ce qui se passerait si les gens savaient qu’on les écoute lorsqu’ils sortent le soir. Est-ce qu’ils se comporteraient différemment ? Le club, en fin de compte, c’est chercher la foule pour s’y faire ignorer. Ici, deux types s’embrouillent. Une histoire d’honneur, quelque chose comme ça. L’un aurait demandé une cigarette à un autre de manière un peu cavalière. Ils se connaissaient. Ils ne se connaissent plus, apparemment. Plus assez pour se pardonner leurs écarts de langage. La tension et le ton montent. Finalement, ils partent, chacun de leur côté, l’un vers la zone fumeurs, l’autre vers l’intérieur. Tous les deux semblent se dire : “J’ai bien fait de me défendre contre cet autre malpoli qui a tout fait pour ne pas me comprendre”. Ils ont raison, tous les deux. Ils auraient pu avoir raison ensemble, mais ce n’est pas pour ce soir. 

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3 Responses

  1. Samuel Dixneuf
    | Répondre

    Bienvenue, cher(e) Page.

    “La véritable intimité est celle qui permet de rêver ensemble avec des rêves différents.”

    Merci et @ la proxima serendipidad…

  2. nicole
    | Répondre

    Tout simplement brillantissime. Merci.

  3. arnaud_thevenet
    | Répondre

    ’nuff said, je crois…

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