« Justice et paix », à quelques conditions près.

Posté dans : Culture | 6
Depuis le 17 et jusqu’au 28 février, l’exposition Loi « Justice et paix » propose un reportage photographique sur la démobilisation des paramilitaires en Colombie.

Faute avouée, à moitié pardonnée ! Voilà un dicton que le gouvernement colombien semble avoir interprété à sa sauce. Depuis des dizaines d’années, la Colombie vit un conflit interne opposant la guérilla, les groupes paramilitaires et l’Etat. Une solution proposée par le gouvernement a été la loi « Justice et paix » instaurée en 2005. Crimes contre l’humanité ou atteintes aux droits de l’Homme, bon, ce qui compte c’est que tu l’admettes et surtout que tu me promettes de ne pas recommencer. Grâce à cette loi, les paramilitaires qui confessent leurs actes et acceptent de déposer les armes se voient accorder une forte réduction de peine, ce qui a bien sûr fait réagir plusieurs organisations pour la défense des droits humains, colombiennes et d’ailleurs, dont le PBI (Peace Brigades International), à l’origine de l’actuelle exposition au forum de l’Hôtel de ville à Lausanne.

Selon cette loi, les peines de prison sont de huit ans maximum quel que soit le délit, et les enquêtes ne dépassent pas 60 jours. Passé ce délai, l’affaire est classée. Lorsque la classe politique est mêlée aux déclarations des paramilitaires, ceux-ci se trouvent soudainement envoyés aux Etats-Unis où ils seront seulement jugés pour trafic de drogue. Les nombreuses tortures et exécutions poussant des milliers de Colombiens à fuir leurs terres pour les laisser aux paramilitaires, les autres éventuels crimes contre l’humanité commis dans leur propre pays, passent alors à la trappe… Faute avouée, pas besoin d’être pardonnée, seulement bien cachée. Attitude du gouvernement d’Alvaro Uribe qui n’a pas manqué d’être dénoncée par l’organisation Human Rights Watch ou par la Fédération Internationale des Ligues des Droits de l’Homme.

Non seulement ce système mène à l’impunité et à l’amnistie de certains coupables de crimes graves, mais il ne correspond pas aux standards internationaux concernant les droits des victimes à obtenir justice et la garantie que ça ne se reproduise pas. Personne ne vérifie si toutes les armes sont entièrement remises. De nombreux combattants ont rendu de vieilles armes en mauvais états alors que l’on sait que ceux qui ne se sont pas démobilisés possèdent des armes modernes et en bon état. Personne ne vérifie non plus si les individus qui se dénoncent sont réellement des combattants. Alors que le nombre de paramilitaires avait été estimé à 15’000 par le ministère de la Justice, ce sont plus de 30’000 personnes qui se sont rendues. Notons au passage que ces personnes reçoivent un subside de l’Etat afin de pouvoir se réinsérer normalement dans la société.

Officiellement, la loi fonctionne. De nombreux paramilitaires se sont démobilisés, ce qui suppose une diminution de la violence. D’un autre côté, ils ont la possibilité de passer entre les gouttes, de se cacher, d’être armés, protégés, voire même financés par l’Etat selon l’utilisation des subsides, tout en poursuivant leur politique clientéliste. Certains diront que, face à une situation compliquée, les mesures à prendre ne peuvent pas être simples, ce qui est le cas de la Loi « Justice et paix ». Est-ce pour autant qu’il n’y a pas d’autres solutions ? Selon le PBI, celle-ci n’est en tout cas pas la bonne. Les seize sections de cette organisation (en Europe, aux Etats-Unis et en Australie), dont la section suisse est l’une des plus importantes, se mobilisent pour les droits humains et la résolution non-violente des conflits dans cinq pays en situation de crise. La Colombie représente le plus grand projet. Leur action consiste à envoyer des volontaires sur place afin de soutenir des organisations qui militent pour la paix, la démocratie et la défense des droits humains.

Le PBI se mobilise également afin d’attirer l’attention de la communauté internationale. C’est dans cette idée qu’a été organisée à Lausanne l’exposition intitulée Loi « Justice et paix ». Il s’agit d’un reportage fait par le photographe espagnol Jorge Mata. A travers ses photos, il illustre, entre autres, les agissements du gouvernement face au processus de paix ou la mobilisation de la population civile colombienne, dans le but de sensibiliser le grand public à la situation du pays. Alors, dans ma lignée de posts sur les injustices et la guerre c’est pas bien, je vous recommande d’aller jeter un coup d’œil furtif à cette expo qui se termine déjà le 28 février.

www.peacebrigades.ch
www.risal.info

Articles similaires

Cristina

6 Responses

  1. stunned
    | Répondre

     Il en faut, des gens comme toi qui disent “les injustices c’est pas bien!” 😉 Merci pour tes articles, toujours impliqués, justes et intéressants.

    • cristina_sanchez
      | Répondre

       Merci stunned!!! Alors je vais continuer! 😉

      • Helmzittell
        | Répondre

        I need a driver for my phillips snn6500 wireless netcard
        or smc2632 wireless net card.
        I can`t make them run on linpus linux lite.

        Please help.

        Regards,
        hiewhefrothep

        • yann_marguet
          | Répondre

          Oui. D’accord.

          • cristina_sanchez
            |

             ?

  2. cristina_sanchez
    | Répondre

    Pour celles et ceux que ce sujet intéresse, je vous conseille ce soir le documentaire “Impunity” co-produit par la TSR, réalisé en Colombie et qui traite justement de la fameuse loi “Justice et paix”.

    Plus d’infos ici: http://www.tsr.ch/docs/histoire-vivante/archives/?serie=3000235&date=20110310

    Cristina

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.