« Je vous préviens, je ne vais pas chanter. »

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Le théâtre 2.21 nous présente du 6 au 9 octobre un spectacle de café-théâtre original qui se propose de revisiter le répertoire musical de la Troisième République française.

Le spectacle  « Je vous préviens, je ne vais pas chanter…» commence justement par cette chanson de Georgius. Formée de trois comédiens amoureux de la chanson française, la compagnie le Pavillon des Singes vous propose une immersion musicale dans les classiques des années 1870 à 1940. Le décor est d’ailleurs inspiré de celui des cafés-cabarets parisiens de cette période-là. Afin de tenter de recréer cette ambiance, cette atmosphère, les auteurs ont préféré exposer plusieurs lieux et interpréter plusieurs artistes. Malheureusement quelque peu oublié bien que faisant partie intégrante de l’histoire de la chanson française, ce répertoire reste d’une actualité parfois surprenante. Accompagnés au piano par Sylviane Huguenin-Galeazzi, Frank Michaux, Claudine Berthet et Frank Arnaudon font revivre ces chansons, à travers une dizaine d’artistes-phares de cette époque comme une sorte de balade à travers Paris. Le Lausanne Bondy Blog a saisi l’opportunité de rencontrer l’un des comédiens, Frank Arnaudon (F.A), pour qu’il puisse nous parler plus en détails de ce projet artistique original.

LBB : Comment ce projet est-il né ?

F.A : Ce projet est vraiment né d’une rencontre entre Claudine et nous (NDLR : Frank Michaux et lui-même). Nous nous sommes découvert une affinité rare, entre nous deux trentenaires et Claudine. Nous avons un goût commun pour toute cette période de la chanson française. Nous avons pu bénéficier de l’expérience de Claudine et nous avons essayé de faire fructifier cela.

LBB : Comment avez-vous fait le choix du répertoire ?

F.A : Nous avons choisi des artistes, des textes, des axes. Les thèmes de ces chansons sont finalement assez atemporels, c’est l’angle qui est intéressant. L’angle d’attaque pour parler de la misère, de politique mais aussi de thèmes moins sombres, parfois traités avec humour.

La Troisième République s’étend sur 70 ans et comprend des centaines de chanteurs. Il y a des thèmes propres à cette époque, ceux révolutionnaires par exemple. En général, d’ailleurs, j’ai l’impression que les artistes étaient plus engagés qu’aujourd’hui. Mais les thèmes de l’époque sont toujours d’actualité.

Nous avons regardé nos affinités avec certaines chansons. Puis on s’est demandé ce qu’on avait envie de chanter. Nous avons choisi environ 40 chansons ! La question a été de savoir comment les intégrer dans un fil narratif. Il a fallu chercher un équilibre homme/femme et sombre/humour. Et surtout il fallait essayer de couvrir toute l’époque.

LBB : Quel est le fil conducteur du spectacle ?

F.A : Le fil directeur est une balade à travers Paris, à travers le temps et l’espace. Nous avons essayé de créer une ambiance. Il fallait trouver une balance entre les différentes ambiances. A cette époque,  chaque lieu était singulier, certains étaient très populaires, avec un rapport scène-salle intime, les artistes étant proches du public, d’autres lieux étaient plus prestigieux et riches. La pièce tente de recréer ces ambiances. C’est comme ouvrir une porte et avoir une ambiance différente à chaque fois. Un autre lieu, un autre climat, une autre époque.

Comme les salles, chaque artiste avait sa spécificité. Certains étaient engagés, d’autres moins.

Il  ne faut pas oublier le contexte de l’époque, il y a eu la Guerre de 1914, les thèmes, durant ces années-là, tournaient parfois autour de la défense de la patrie. Certains dénoncent la misère à l’époque du Front Populaire.

Chaque artiste avait vraiment son style. Par exemple Aristide Bruant, un des artistes-phares, avait son propre cabaret, était engagé et avait un langage qui lui appartenait. Yvette Guilbert, quant à elle, était une diseuse, c’est-à-dire que son interprétation était entre le parlé et le chanté.

Et il y a encore tellement d’artistes, mais pour le spectacle nous avons dû faire un choix, nous avons entre 10 et 15 artistes et une quinzaine de chansons.

LBB : Justement sur scène, vous serez 3 plus une pianiste.

F.A : Oui, elle a beaucoup travaillé sur l’accompagnement. On voulait garder l’atmosphère mais avec une fibre contemporaine, on voulait éviter un spectacle poussiéreux. On n’est pas dans une reconstitution, mais vraiment dans l’évocation respectueuse.

LBB : Les artistes de cette période ont parfois été malheureusement un peu oubliés, pourquoi avoir parié sur ce répertoire ?

F.A : On s’est dit que si ces chansons et ces registres peuvent nous émouvoir, cela peut toucher les gens aussi. Comme c’est un répertoire parfois peu connu, nous avons travaillé sur une contextualisation, c’est pourquoi nous avons une structure narrative. Ce n’est pas un récital, ce n’est pas un spectacle de théâtre non plus. C’est un mélange des deux.

LBB : Et pour le titre ?

F.A : Ce fut un peu par hasard. On a choisi ce titre, parce qu’il reprend les premiers mots de la chanson qui ouvre le spectacle.

LBB : Vous jouez véritablement des personnages ?

F.A : Oui nous jouons tous plusieurs personnages. Nous essayons d’évoquer cette époque avec des effets très simples et le minimum d’accessoires : un chapeau, des gants, une fleur à la boutonnière, nous avons essayé de trouver un élément caractérisant chaque artiste.

Curieux et curieuses, amateurs et amatrices, venez découvrir ce spectacle original du jeudi 6 octobre au dimanche 9 octobre au théâtre 2.21 à Lausanne.

Plus d’infos : www.theatre221.ch

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