JE “LIKE” LES PETITS MAGASINS DE LAUSANNE. ET VOUS ?

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Aujourd’hui, nous appelons « progrès » pouvoir faire ses achats « on line ». Nous sommes à l’ère de l’e-shopping. On nous promet que bientôt ce sera encore mieux avec des magasins virtuels et les grandes enseignes ne jurent plus que par leur « category manager » (1) et l’omnicanal (2). Mais que vont devenir les petits magasins lausannois ? J’ai visité trois boutiques de notre centre-ville. J’ai beaucoup aimé bavarder avec ces petits commerçants et connaître leur histoire.

Ne vous méprenez pas sur mon compte. Je ne suis pas contre le progrès. J’aime bien commander des livres sur le net et me rendre de temps à autre chez le Suédois (que j’appelle « le magasin à 100 balles », car nous y allons juste pour acheter une plante, puis nous suivons le circuit fléché obligatoire et achetons brosses à w.-c., paniers en osier, cadres pour photos, plaids pour chiens … et à la caisse, la dame nous dit « cela fera 100 francs »).

Cependant, la semaine dernière, je suis allée dans une grande surface et j’ai eu un choc : à certaines caisses… il n’y avait plus de caissières. Le client était cordialement invité à scanner lui-même ses achats et à les régler au moyen d’une carte de crédit. Je vous jure que cela m’a fait réfléchir. Est-ce vraiment le progrès de ne plus avoir de contact avec les gens, de n’interagir qu’avec son téléphone et son ordinateur, de supprimer des emplois de vendeuses et de caissières ? Est-ce nécessaire de devoir prendre sa voiture pour se rendre dans un de ces grands centres commerciaux en banlieue pour acheter une lampe, alors que l’on nous dit cent fois par jour qu’il faut respecter la nature et l’écologie ? Tout cela est un peu contradictoire, n’est-ce pas ?

Je suis donc allée au centre-ville pour mener ma petite enquête sur l’avenir de ces boutiques qui sont là depuis toujours. Et pour m’assurer aussi qu’il y a encore des magasins où l’on peut parler avec quelqu’un et qu’il n’est pas nécessaire d’avoir fait marketing ou anglais en deuxième langue pour pouvoir faire ses emplettes !

photo MAZAGMAZAG

(savons d’Alep, produits de soins naturels). Ruelle du Grand Pont 6

Vous avez certainement déjà croisé Kinda Zanabili, la gérante de Mazag, au marché de la Riponne. Il y a cinq ou six ans, elle y tenait un petit stand. Elle avait froid les jours d’hiver. Elle devait transporter seule ses lourds paniers d’osier contenant ses savons d’Alep. En 2012, elle a enfin concrétisé son rêve : avoir son petit magasin à elle, ne plus devoir subir le froid de décembre, ni la canicule de juillet et pouvoir accueillir comme il se doit ses clients.

J’oubliais de vous dire… Kinda est Syrienne. Elle se fait envoyer les savons directement d’Alep et, en ces temps de guerre, ce ne doit pas être chose facile. Dans la famille Zanabili, là-bas en Syrie, on fabrique des savons depuis 1842. Son grand-papa vendait des avions à la Suisse et possédait plusieurs savonneries. L’affaire a plus tard été transmise au père de Kinda, qui était non seulement un homme d’affaires avisé, mais aussi un écrivain reconnu en Syrie. Au décès de son papa, elle est rentrée à Lausanne avec sa maman suisse, car le chagrin était trop lourd pour rester à Alep. Elle me dit qu’elle a voulu perpétuer la tradition familiale pour rendre hommage à son père et qu’à chaque fois qu’elle vend un savon, elle pense à lui. Si vous le lui demandez, elle vous montrera un petit film sur la fabrication artisanale de ces savons naturels et vous offrira en même temps un thé au gingembre.

En arabe, « Mazag » signifie plaisir, bien-être, plénitude… Et tout est à votre portée dans cette boutique pour contribuer à prendre soin de vous. Vous y trouverez bien sûr les savons d’Alep, mais également des huiles, des produits faits par des moines, de l’argile sous toutes ses formes, du savon noir, du safran, des baumes aux huiles essentielles, des sirops naturels. Et aussi des tissus, des objets pour faire de petits cadeaux et des meubles que Kinda a choisis avec soin lors de son voyage dans la Vallée de Swat (entre le Pakistan et l’Afganistan).

Elle me dit que parfois ce n’est pas facile, mais que la période des fêtes est intense. Kinda ne compte pas ses heures en décembre. Le 3 janvier, elle est très, très fatiguée, mais contente.

En huit ans, elle a réussi à se faire une clientèle fidèle. Nombreux sont ceux qui ne peuvent plus se passer du fameux savon, qui est le produit vedette du magasin. Egalement nombreux sont ceux qui viennent pour bavarder avec Kinda, pour prendre de ses nouvelles. Ils apprécient non seulement ses produits, mais également sa gentillesse, son écoute.
Elle une passionnée d’herboristerie et connaît tous les secrets des plantes et leurs bienfaits. Si vous voulez soigner un eczéma, maigrir, avoir des mains merveilleusement douces… demandez-lui quelles plantes sont conseillées.
La propriétaire de la boutique a développé son propre commerce en ligne (téléphonique) : les gens l’appellent de Genève, Sion ou Fribourg pour lui commander des produits, qu’elle emballe elle-même et va porter le soir à la poste de St. François. Elle n’oublie jamais d’ajouter dans le paquet un petit mot écrit de sa main pour les remercier et les saluer.
La prochaine fois que vous serez près de Pépinet, montez quelques escaliers et faites-vous un « Mazag ».
Vous pouvez également visionner un film sur le magasin en suivant ce lien et consulter le site internet de la boutique en cliquant ici.

Le PiedLE PIED

(articles touristiques, déguisements, fêtes, gadgets, anniversaires, farces). Rue de la Louve 12

Vous connaissez tous cette boutique, j’en suis sûre. En ce qui me concerne, elle fait partie de mon adolescence. J’y allais le mercredi après-midi avec mes copines boutonneuses et gauches (moi aussi j’étais boutonneuse et gauche, pas seulement les copines…je précise cela pour que personne ne se vexe). Nous allions au Pied pour rigoler, toucher à tout et repartions sans rien acheter. Ce magasin existe depuis 40 ans. Véro en est la gérante depuis 1990. Elle me raconte que les enfants qui venaient lui piquer des préservatifs sont aujourd’hui devenus parents. Elle est comme la boutique : sympathique et pleine d’humour.

Sa clientèle est diverse : en semaine, les Lausannois ; le samedi est le jour des touristes et des habitants de petits villages vaudois qui aiment se déguiser pour le carnaval et les Brandons. Puis il y a aussi la saison des Italiens, des Français, des Allemands, des enterrements de vie de jeune fille et de garçon… Bref, le magasin a du succès.
Le Pied est un peu une caverne d’Ali Baba : souvenirs touristiques, perruques jaunes et bleues, t-shirts très helvétiques, faux dentiers…. Le rayon « coquin » est souvent le préféré des clients. On y trouve, entre autres, des préservatifs humoristiques de toutes sortes … du fluorescent au parfumé, en passant par l’incontournable « plus sûr qu’une banque suisse ». Les touristes entrent dans le magasin d’un air sérieux et peu à peu, en découvrant les articles, rient de bon cœur. Véro se joint à eux pour partager leur gaieté.

Si cette boutique a ses produits classiques et indémodables, elle a su se diversifier, ce qui lui garantit continuité et sérénité. Comme Le Pied est grossiste pour les articles touristiques, ils peuvent offrir des prix défiant toute concurrence. Véro, justement, ne craint pas trop l’essor du commerce en ligne ni les grands centres commerciaux. La concurrence, dit-elle, attire du monde.

Si vous voulez retrouver votre âme d’enfant ou faire une bonne farce à votre collègue Raoul, une visite au Pied et… ce sera le pied !

la chandelleLA CHANDELLE

(bijoux en argent). Rue de la Madeleine 22

À son inauguration en octobre 1974, l’échoppe vendait des bougies. La Chandelle vend aujourd’hui de beaux bijoux en argent, mais a conservé son nom et sa propriétaire, Adèle.

L’endroit est petit, mais charmant. Les bijoux en argent sont savamment exposés sur le peu d’espace à disposition. Il y a aussi quelques petites statues qui ressemblent aux œuvres de Nicki de Saint Phalle, qui donnent une note colorée au magasin.

Adèle est une belle femme dans la soixantaine, je dirais qu’elle exprime le charme discret de la bourgeoisie et l’élégance. Adèle aime lire et, entre deux clients, dévore des romans. Elle aime aussi les rencontres et sa fidèle clientèle. Elle en est d’ailleurs à sa deuxième génération, puisque les petites filles qui accompagnaient leurs mamans viennent aujourd’hui à leur tour avec une poussette.

Boucles d’oreilles, bagues, bracelets et pendentifs d’un design moderne. Adèle parcourt les foires pour les choisir elle-même, car elle sait d’avance ce qui plaira à ses clientes. Une partie des créations vient de Bali, car l’argent est de grande qualité, les prix très raisonnables et la fabrication de bijoux permet de faire vivre de nombreuses familles de l’île.

Alors que je viens juste de rencontrer Adèle pour la première fois il y a cinq minutes, nous parlons simplement du temps qui passe, du temps qui change, des comportements des gens qui ne sont plus les mêmes. Elle me dit qu’ils sont maintenant toujours plongés dans leurs portables, comme pour se réfugier, se protéger et que paradoxalement, ils se vantent ensuite d’avoir 400 amis virtuels. Tout cela n’est pas la vie d’Adèle. Elle aime les vrais gens pour avoir de vraies conversations.

Elle me confie que depuis que le métro existe, les gens passent moins devant son magasin, puisqu’ils s’engouffrent dans le souterrain à l’arrêt Riponne-Béjart.

Mais cela ne l’inquiète pas. Elle semble ravie d’être là et de continuer à offrir du bonheur artisanal et humain.

…Voici trois histoires de trois petits commerces. Il y en a beaucoup d’autres. Laissez tomber de temps en temps votre voiture et votre ordinateur et partez découvrir ces magasins qui font le charme de notre ville. Vous en reviendrez certainement avec de nouvelles histoires à me raconter.

1) Category management est une démarche stratégique de marketing de distribution et un ensemble de méthodes qui permettent aux enseignes de dépasser les logiques industrielles ou purement achat de sélection, de présentation et de promotion de l’offre en intégrant les besoins spécifiques des clients, tels que leur comportement d’achat en magasin ou leur logique d’utilisation des produits, afin de les fidéliser durablement. Son principe consiste à découper l’assortiment d’un distributeur en ensemble cohérents pour les consommateurs (les catégories) qui vont être gérées (managées) dans l’optique d’apporter une plus grande satisfaction des clients cibles (source : Wikipédia).

2) Ominicanal : tous les canaux de contact et de vente possibles entre l’entreprise et ses clients en réponse aux attentes et évolutions des comportements des consommateurs (source : Dictionnaire du Marketing).

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