« Je ferai qu’enceinte, tu sois dans de grandes souffrances » – Expo

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J'ai parcouru l'exposition temporaire ReNaissance qui explore les traumatismes qui peuvent être vécu lors de la période périnatale, et qui se tient actuellement à l'hôtel de ville. Petit compte rendu pour vous donner envie d'y faire un petit tour (c'est gratuit !).

Dieu dit à la femme : « Je ferai qu’enceinte, tu sois dans de grandes souffrances. C’est péniblement que tu enfanteras des fils ».*

Il n’a pas raté son coup… Devoir expulser un gros sac de chair par le passage tout de même très étroit qu’est le vagin, je compatis, mesdames ! Et c’est vrai qu’il eut été plus pratique et plus confortable, oh Dieu, de pourvoir le beau sexe, je sais pas moi, par exemple d’une fermeture éclair à travers le bide, que l’on pourrait ouvrir au moment opportun pour donner naissance.

Un moment douloureux potentiellement traumatique

Plaisanterie mise à part, nul besoin donc d’avoir fait médecine pour se représenter qu’un accouchement est forcément un moment délicat et presque toujours douloureux. On comprend aussi aisément que chaque mise au monde est différente… le niveau de douleur à supporter peut beaucoup varier, et les complications causées par une naissance peuvent être quasi nulles ou au contraires multiples et parfois relativement graves. Ces complications peuvent être physiques bien sûr, mais, et cela reste déjà beaucoup plus ignoré, aussi psychologiques : un accouchement peut constituer un véritable traumatisme pour la mère, et parfois aussi pour le père. Il faut encore ajouter que même une naissance s’étant apparemment bien déroulée peut laisser des séquelles psychologiques difficiles à guérir.

C'est au rez-de-chaussée du vénérable hôtel de ville, place de la Palud, que se trouve l'exposition temporaire ReNaissance.
C’est au rez-de-chaussée du vénérable hôtel de ville, place de la Palud, que se trouve l’exposition temporaire ReNaissance.

Une expo qui donne la parole à ceux qui ont été blessé(e)s en donnant la vie

C’est justement autour de situations de traumatismes liés à la période périnatale que s’est construite l’exposition ReNaissance, accessible gratuitement à l’hôtel de ville de Lausanne jusqu’au 25 février. Comme relevé dans le livre d’or par un visiteur, cette exposition prend tout son sens notamment parce qu’il y a malheureusement encore quelque chose d’un peu tabou dans le fait de souffrir dans sa tête après un accouchement, censé représenter un « heureux événement ». Il était grand temps, donc, de donner la parole à quelques un(e)s de ces traumatisé(e)s. Afin de développer davantage de compréhension et d’empathie à leur égard par le grand public et les professionnels de la santé, d’une part, et pour encourager les victimes à sortir du silence, d’autre part.

Intéressant point de vue d’un visiteur de l’expo dans le « livre d’or ».

Entièrement contenue dans une seule pièce qui n’est pas énorme, les plus rapides pourront expédier cette expo en dix minutes montre en main, alors que les intéressés comme moi, lisant tout en détail et restant un long moment à regarder les entretiens filmés, pourront y rester une bonne heure voire un peu plus. Mais peu importe pourtant la rapidité avec laquelle la salle sera traversée, l’expo est bien faite, vulgarise et synthétise parfaitement l’essentiel et je pense que chacun repartira avec quelque chose.

Des suggestions de lecture scientifique mais aussi poétique ou romancière autour de la thématique de l'expo.
Des suggestions de lecture scientifique mais aussi poétique ou romancière autour de la thématique de l’expo.

Deux constats qui m’ont frappé

A titre personnel, j’ai été frappé par deux constats. Le premier, c’est le fait que certaines mères aient développé un véritable traumatisme assaisonné d’une belle dose de culpabilité pas seulement parce que leur accouchement fut plus long ou douloureux que la normale, mais aussi voire surtout parce qu’il n’a pas suivi le « cours naturel » des choses. Cette culpabilité peut subsister même si l’enfant se porte finalement parfaitement bien. Il semble donc que dans l’imaginaire de certaines personnes, il y ait une manière « juste » d’accoucher, et si cela se passe différemment, certaines pauvres mères, ayant déjà souffert le martyre physiquement, s’accablent encore de reproches de ne pas avoir été capables de délivrer l’enfant de façon classique et naturelle. Espérons que l’expo contribue à cette prise de conscience : dans la vie en général et dans les accouchements en particulier, l’humain n’a pas tant de contrôle que cela et l’inattendu et toujours possible !

Quatre courageux ont témoigné devant la caméra.

La seconde chose m’ayant marqué, c’est les reproches de deux témoignantes dans les entretiens filmés à l’égard de certains professionnels de la santé les entourant qui semblent avoir manqué d’empathie à l’égard de leurs souffrances physiques et psychologiques. L’une d’elle a notamment rapporté s’être fait traiter de « douillette » à plusieurs reprises. L’autre, hautement perturbée après son accouchement, a pourtant bien failli être renvoyée chez elle sans autre parce que tout allait bien par ailleurs, et, malgré son insistance, on a tardé à envisager qu’elle était en situation de dépression post-partum. Ces deux dames arrivent donc à la conclusion que la médecine moderne prévoit un cadre et des protocoles peut-être un peu trop carrés et définis aux accouchements et aux nouvelles mères, alors que chaque situation est différente et peut mériter une approche personnalisée.

Association ReNaissance

On le voit, même le personnel soignant échoue parfois encore à offrir une écoute empathique et non-jugeante envers les victimes d’un stress post-traumatique causé par une naissance. On peut toutefois espérer que les choses sont en train de s’améliorer. La toute récente création de l’association ReNaissance, fin 2016 (http://www.re-naissances.com), dont le nom de l’expo a été tiré, est en tout cas à saluer. Cette association, basée à Lausanne, met en place des groupes de paroles et des réseaux d’entraide pour toutes les personnes ayant eu un vécu difficile dans la période périnatale.

Aspects pratiques

  • L’expo ReNaissance est encore à découvrir jusqu’au 25 février au rez de l’hôtel de ville, du lundi au samedi de 10h00 à 18h30. Gratuit !
  • Présence, sur place, de professionnels le mardi 14 février de 12h30 à 13h30.
  • Présence, sur place, de membres de l’association ReNaissance, le vendredi 17 février 2017 de 13h00 à 14h00 et de 17h00 à 18h00, ainsi que le samedi 18 février 2017 de 17h00 à 18h00.
  • Lors d’une conférence sur la peur et le stress organisée dans le cadre de la semaine du cerveau, une psychologue du CHUV effectuera une intervention intitulée « Le stress et trauma périnatal : Effets psychologiques sur mère et bébé ». Ce sera mardi 14 mars de 18h30 à 20h00, à l’auditoire César-Roux du CHUV. Tous les détails ici.

*La Bible, version TOB, Genèse 3:16

Une réponse

  1. Merci pour cet article. Il est important de parler de cette thématique si douloureuse autour d’un évènement qui se veut heureux au départ: la naissance d’un enfant

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