Jacob Banks et sa soul contagieuse débarquent aux Docks

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Jacob Banks fait partie de cette nouvelle génération de soul singers qui relève avec talent le périlleux défi consistant à renouveler le style, sans le dénaturer pour autant. Présentation de ce crooner britannique de vingt-sept ans avant son concert aux Docks le 24 mars prochain.

La scène hip-hop se laisse toujours plus emporter dans la déferlante électro-trap, au point de se perdre dans des sons synthétiques et commerciaux, autotunés à l’excès, à mille lieues du pur son old school de ses débuts. La soul a en revanche plutôt bien négocié son entrée dans le XXIe siècle. Preuve en est avec Jacob Banks, l’une des étoiles montantes de la scène actuelle.

Sans jamais trahir les origines du genre, conservant toujours un pied – et quelques notes –  dans le riche héritage de ses pères fondateurs, ce chanteur-guitariste de vingt-sept ans parvient à faire souffler un vent nouveau sur le genre. Musicalement proche de Cody Chesnutt, de Curtis Harding et du désormais célèbre Michael Kiwanuka, Banks se distingue de ses compères par son timbre de voix particulier et par le choix de son instrumentation, dressant des ponts entre soul et hip-hop et incrémentée ici et là d’astucieuses touches électro.

Un look, une voix          

© Les Docks

Tout d’abord, il y a un style: bonnet vissé sur la tête, retroussé à hauteur d’oreilles. Puis deux signes distinctifs: incisive plaquée or et moustache finement taillée. Il y a ensuite (et surtout) une voix, rugueuse, souple et précise.

Rien ne laissait pourtant miroiter que Jacob Banks embrasse un jour une carrière dans la musique, lui qui avait été très tôt orienté dans le domaine de l’ingénierie civile. Jusqu’à ce qu’une guitare ne vienne changer le cours de son destin: acquise d’abord fortuitement pour être pendue sur l’un des murs de sa chambre d’étudiant en guise de décoration, elle y demeure jusqu’au jour où Banks est victime d’un cambriolage. L’appartement est dépouillé de fond en comble mais un objet n’attise pas la convoitise des voleurs: la six cordes, restée accrochée au mur. Jacob Banks s’en empare et s’empresse de la faire résonner. Se prenant rapidement au jeu, il se promet alors de dompter l’instrument, en autodidacte.

Ce qui devait alors arriver arriva: persuadé d’avoir contracté la mélomanie et peut-être déjà conscient de détenir un potentiel capable de répandre son virus auprès du grand public, il fait le choix d’abandonner ses études. Lorsque survient ensuite le décès de son meilleur ami en 2013 lors d’un voyage humanitaire, il réalise combien la vie est courte. Cette disparition le bouleverse terriblement mais renforce encore son désir de s’impliquer totalement dans la musique et de s’exprimer à travers elle.

Quelques titres emblématiques

A défaut de pouvoir dépasser l’horizon de la soul, la perfection ayant été depuis longtemps atteinte par les Marvin Gaye, Al Green et autre Wilson Pickett, seul un élargissement du spectre sonore se présente à l’horizon des artistes actuels. Ainsi, autant la voix de Jacob Banks s’inspire-t-elle de la puissance et de la passion avec lesquelles s’exprimaient ses illustres prédécesseurs, autant l’artiste britannique obéit-il à cette nécessité de se distancer de ses héritiers, en imaginant des arrangements originaux et une esthétique plus en phase avec son époque. Banks s’équipe dès lors des outils technologiques pour user – sans abuser – des possibilités offertes par l’électronique et obtenir un alliage très équilibré, entre sons instrumentaux et effets plus synthétiques.

Quelques exemples pour se faire une idée: sur «Chainsmoking», le batteur emploie un pad d’effets et un trigger, permettant notamment d’imiter des claquements de mains et de booster les impacts de la grosse caisse. Sur le thème du refrain de «Unholy war», la distorsion de la guitare est dédoublée d’un effet subtil mais bien présent, qui apporte cette impression de grésillement ou de fissuration sonore, éminemment moderne et diablement efficace.

Oscillant entre tradition et modernité, Jacob Banks assure donc l’ancrage de son répertoire dans son époque. Aussi, compte tenu de son jeune âge et de la qualité atteinte jusqu’alors, les amateurs de neo soul ont trouvé en Jacob Banks une nouvelle révélation et prêteront assurément une oreille attentive à ses futures créations.

Une performance à ne pas manquer

Il y a cinq ans, quelques chanceux avaient eu le flair d’aller voir Kendrick Lamar aux Docks, du temps où il jouissait d’une célébrité encore très relative. Gageons que les Docks ne pourront jamais plus s’offrir la venue d’un tel artiste, devenu aujourd’hui une star mondiale (et donc excessivement chère à programmer). Quant aux personnes qui envisagent de débourser les vingt-sept modiques francs pour assister à la performance de Jacob Banks le 24 mars, qui sait? Peut-être réaliseront-ils qu’eux aussi ont eu fin nez, lorsque les concerts du même artiste se monnaieront dans quelques années au double voire au triple de ce montant…


Avant le concert

  • Infos et billetterie sur le site des Docks
  • Un petit avant-gout du show de Jacob Banks avec sa performance donnée en live sur arte concert
  • Une petite interview de Jacob Banks sur le site du Huffington Post

Image de couverture: CC by villunderlondon

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