L’impro : ça vous intrigue ?

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Voilà plusieurs décennies que l'impro s'est imposée dans les pays francophones comme un art scénique très fun accessible à tous. Pourtant, dans le détail, nous ne savons pas toujours très bien de quoi il en retourne. Après avoir commencé des cours dispensé par Impro Suisse sur Lausanne, j'ai donc décidé de partager mon expérience.
Cap de la nouvelle année, utile que pour se pochtronner ?
Cap de la nouvelle année, utile que pour se pochtronner ?

J’ai longtemps estimé que célébrer Saint-Sylvestre n’était qu’un prétexte de plus pour s’alcooliser, et qu’il était très con de réserver la prise de bonnes résolutions à ce moment-là. J’ai quelque peu changé mon regard dans les dernières années : le temps passe à toute vitesse, et l’on risquerait de traverser la vie sans opérer de changement dans nos comportements et nos habitudes s’il n’y avait pas des petits moments d’arrêt, de pause où l’on jette un regard en arrière, afin de dresser un petit état des lieux de ce qui va et de ce qui ne va pas.

Pourquoi j’ai commencé l’impro cette année

De mon côté, j’ai justement mis à profit le passage en 2019 pour réfléchir sur mon plus grand problème : une timidité qui frise la phobie sociale dans bien des contextes. Et de me demander quelle prise je pourrais avoir sur cet élément. La solution m’a été donnée par de petites coïncidences qui se sont répétées en décembre :

  • discussion avec Mady Bersinger, la mère d’un certain Blaise, humoriste lausannois qui a le vent en poupe et qui est entré dans le monde artistique par l’impro ;
  • témoignage à la ligne de coeur d’un retraité enchanté par son activité d’impro ;
  • lecture de la page wiki de Samuel Bendahan, l’un de mes profs à l’uni, désormais politicien assez médiatisé, passé par l’impro lui aussi…

Au travers des lunettes quelque peu “mystiques” avec lesquelles je regarde les événements qui parsèment mon existence, j’ai interprété ces coïncidences comme un message : Lucien, il est grand temps que tu commences, toi aussi, l’impro !

L’impro en quelques mots

Avant de poursuivre sur mon expérience avec Impro Suisse, quelques mots sur l’improvisation théâtrale : de quoi on parle ? Eh bien, je ne vais sans doute pas vous apprendre beaucoup en vous expliquant qu’un improvisateur est un acteur qui improvise presque complètement son texte et le scénario. Cette manière de jouer existe depuis des temps immémoriaux. Ainsi, le texte des tragédies grecques était déjà entièrement improvisé, seuls la trame et les personnages étaient prédéfinis. Il y a eu plus tard – au XVIème siècle – l’apparition en Italie de la Commedia dell’arte, dans laquelle des acteurs portent des masques et improvisent des comédies.

Match d'impro : sur une patinoire ! (Photo : © IMPRO SUISSE)
Match d’impro : sur une patinoire ! (Photo : © IMPRO SUISSE)

Ce n’est toutefois que dans le dernier quart du vingtième siècle que l’improvisation théâtrale, telle qu’on l’entend aujourd’hui dans le monde francophone, est réellement apparue. L’improvisation a en effet été popularisée au travers des fameux matchs d’impro créés en 1977 au Québec. A la recherche d’une idée pour ramener une populace en voie de hockeyisation vers les scènes de théâtre, quelques créateurs de génie ont eu l’idée d’enfiler des maillots de hockey justement, sur une scène en forme de mini-patinoire, et de s’affronter dans un véritable match, où le public vote pour l’équipe d’acteurs qu’il trouve la plus convaincante… ou plutôt la plus hilarante, car l’impro tourne quasi toujours vers des prestations burlesques. A noter enfin que si les matchs d’impro restent encore ce à quoi on pense en premier lieu quand on parle d’improvisation théâtrale, celle-ci se décline de nos jours sous des formes innombrables. On peut citer par exemple la troupe de comédie musicale improvisée qui rencontre un très grand succès de notre côté de la Sarine.

Cours pour adultes en Suisse romande : offre concentrée dans les mains d’Impro Suisse

Maillots de hockeys pour les comédiens... et un arbitre qui donne les contraintes d'improvisation. (Photo : © IMPRO SUISSE)
Maillots de hockeys pour les comédiens… et un arbitre qui donne les contraintes d’improvisation. (Photo : © IMPRO SUISSE)

Très ignorant au départ des éléments que je viens de vous donner et du monde de l’impro en général, je me suis donc trouvé, début janvier, tout bêtement à taper les termes “impro lausanne” sur google pour rechercher un cours. Essayez, les quatre premiers liens envoient directement sur des pages d’Impro Suisse. Le résultat est encore plus frappant si l’on tape les termes “impro suisse romande”, c’est alors dix liens d’affilée vers la même association. Si l’on va sur la page de celle-ci, on se retrouve face à un vaste choix de cours (enfants, ado ou adultes), de spectacles, de stages. Il y a même la possibilité d’engager des improvisateurs pour des événements en entreprise. Pour ce qui est des formations pour adultes qui m’intéressaient, il y en a pour tous les niveaux quasi tous les soirs de la semaine.

Vous aurez compris qu’en termes de formation pour adultes, l’offre en Suisse romande est donc, depuis quelques années, essentiellement concentrée dans les mains de l’association Impro Suisse. il n’y a absolument pas d’équivalent en terme de quantité et de diversité de l’offre. A signaler toutefois que le terme association devrait rassurer, car il révèle que l’argent versé à cette école, soit CHF 250 pour dix leçons de deux heures, n’a pas pour but d’engraisser quelques gros actionnaires.

Un cours d’Impro Suisse, c’est surtout beaucoup de fun

Mais entrons enfin dans le coeur du sujet : à quoi faut-il s’attendre dans un cours d’Impro Suisse ? Et bien, essentiellement à du fun, beaucoup de fun.

En principe, le cours débute par quelques jeux d’échauffements, qui ont évidemment pour but de mettre le cerveau en éveil, dans une disposition de réponse aussi rapide et instantanée que possible, tout en favorisant également le lâcher-prise. Ces jeux d’échauffement sont innombrables et tous disposent au sourire et au rire, car soyons clair, il n’y a pas beaucoup de différence entre des improvisateurs qui s’échauffent et de petits enfants qui jouent dans la cour d’école 😉 A titre d’exemple, lors de l’un de mes derniers cours, j’ai bien rigolé lorsque l’un des participants devait s’isoler, pendant que le reste du groupe décidait d’une action qu’il devrait faire à son retour. Seulement, interdiction de dire à celui-ci sa tâche à faire, le groupe ne pouvait que l’orienter à l’applaudimètre, c’est-à-dire avec des applaudissements de plus en plus enthousiastes lors de rapprochements avec l’objectif, et éteints lors d’un éloignement.

Sur scène ou en spectateur, l'impro, c'est surtout du fun ! (Photo : © IMPRO SUISSE)
Sur scène ou en spectateur, l’impro, c’est surtout du fun ! (Photo : © IMPRO SUISSE)

Au niveau débutant, après l’échauffement, la leçon s’articule en principe autour d’un thème, afin d’approfondir telle ou telle facette utile pour mieux improviser. Que ce soit dans sa performance d’acteur ou dans la construction de l’histoire… Par exemple, tel cours permettra de creuser la question du statut du personnage joué (un statut très bas correspond à une personne très peu sûre, craintive et repliée sur elle-même, facilement dominée dans son rapport avec les autres => Bourvil dans la Traversée de Paris, alors que le statut fort correspond au contraire à une personne en pleine maîtrise, très en confiance et généralement en position dominante => Mufasa dans le Roi Lion). Tel autre cours approfondira certains schémas types que l’on retrouve dans presque tous les scénarios, utiles pour rendre l’action intéressante, comme séparer ce qui devrait être ensemble ou réunir ce qui devrait être séparé.

L'”impro attitude”

Il me paraît opportun de conclure cet article par quelques éléments clés que je retiens de mes premiers mois d’impro, et qui font partie je crois de l'”impro attitude” qu’il faudrait chercher à développer quand on joue :

  • L’écoute. Dès le moment qu’on improvise à plusieurs, évidemment il s’agit de rester autant que possible à l’écoute de l’autre. Pas seulement de ses paroles bien-sûr, mais aussi de sa gestuelle et de son état émotionnel.
  • L’acceptation. Un corollaire à l’écoute. Si chaque improvisateur emmène l’histoire où il veut sans prendre en considération les propositions des autres acteurs, c’est mal barré. Il ne s’agit bien évidemment pas de jouer systématiquement des personnages sans volonté propre qui se laissent emmener n’importe où, n’importe comment. Mais simplement de croire à ce que jouent et proposent les autres acteurs, à prendre leurs paroles comme s’ils les avaient vraiment dites et pensées, et intégrer cela dans la construction de l’histoire. Un exemple concret : si un acteur se met à jouer une autruche, et qu’un autre acteur débarquant sur scène comprend son jeu comme celui d’une girafe, alors le premier ne doit plus faire l’autruche mais devenir girafe !
  • Lâcher-prise. Evidemment l’impro se prête à merveille à l’exercice de s’affranchir au maximum du regard des autres pour rentrer le plus possible dans son personnage. Je me suis ainsi surpris à jouer un chien, langue pendante, et à sauter à travers la pièce pour rattraper une balle imaginaire.
  • Développer l’action et les enjeux “ici et maintenant”. L’un des travers dans lesquels on tombe très facilement quand on commence à improviser, c’est de se lancer avec les autres acteurs dans des discussions qui traitent du passé ou du futur. Boring ! La première prof que j’ai eu n’a eu de cesse de nous le répéter : il vaut presque toujours mieux développer l’action ici et maintenant, devant les yeux des spectateurs. Aller pique-niquer plutôt que de parler des prochaines vacances, s’irriter parce qu’on surprend son conjoint à se ronger les ongles, plutôt que de lui parler de son adultère d’il y a trois ans ;-).
Lâche prise, mon gars. (Photo : © IMPRO SUISSE)
Lâche prise, mon gars. (Photo : © IMPRO SUISSE)

Etre ancré dans l’ici et le maintenant. Etre à l’écoute des autres. Les accepter tels qu’ils sont, d’une manière non jugeante. S’accepter soi-même aussi, accepter ses propres besoins et ses propres envies, et faire ce qu’on estime juste ou désirable en s’affranchissant du regard d’autrui… Et si la vie n’était qu’une longue scène d’improvisation ?


Intéressé par l’impro ? Quelques liens utiles…

Vous voulez voir des spectacles d’impro ? A vos agendas :

  • 12 mai : match pro international organisé par l’AVLI. Ce sera Suisse vs. Ile de la Réunion, réservations ici.
  • 15 mai et 5 juin : la troupe Jokers! Comedy club au cpo, composée en alternance de nombreux humoristes et comédiens romands, Thomas Wiesel, Nathanël Rochat, Bersinger, … réservations là.
  • 18 mai : Spectacle improvisé de la troupe Avrac au Bourg. Du beau monde avec notamment les deux Vincent.
  • 25 mai : finale de la ligue d’impro professionnelle d’Impro Suisse au collège Belvédère, réservations ici.
  • 16 et 17 mai : Spectacle de “Push” (ancien Improlido), réservations là.
  • Du 13 au 16 juin : “Balance ta sauce !”, festival d’impro, cpo encore, réservations là.

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