Hotel California

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Vous vous souvenez de ce tube des Eagles ? Hotel California, ce son, dès les premières notes, si nostalgiquement envoûtant et enveloppant ? Bien, maintenant, sur les notes de ce morceau, essayez d’imaginer des frames cinématographiques dans le style David Lynch, avec ces vieux Motels made in USA, éternellement entourés de brume, sur des routes diaboliquement isolées, ces atmosphères fumeuses et inquiétantes qui auraient tant plu aux deux protagonistes de X-Files, Dana Scully et Fox Mulder.

Voilà, c’est exactement dans ce type de dimension hallucinogène que je me suis retrouvé, jeudi soir, presque par pur hasard. Non, je n’avais ni fumé, ni bu – du moins pas encore. J’étais simplement au beau milieu du vernissage d’une exposition photographique du nom de Motel, représentant une série de vieux hôtels, photographiés aussi bien dans leur extérieur que dans leur intérieur. Nous étions, je disais, dans la galerie Kissthedesign à Lausanne, non loin du centre ville.

D’ailleurs, à mon arrivée, et vu le nombre de personnes déjà présentes et le nombre de bouteilles de vin déjà ouvertes et abondamment vidées, j’ai immédiatement compris que la fête avait déjà commencé depuis un bout de temps. Ainsi, en parfait style Bukowski, je me suis affalé sur ce qui restait du rayon alcool, aussi parce que j’avais besoin de me réchauffer, il faisait froid dehors (ce n’était pas vrai ce jour-là…), et puis parce que, comme on le sait, observer les œuvres d’une exposition avec un verre de vin ou de champagne à la main donne, à qui regarde, cette touche d’intellectuel détaché, même à ceux qui, d’intellectuel, ne possèdent pas même les lunettes.

Et voilà, avec mon beau verre en main, j’ai commencé à regarder autour de moi, et pendant que j’observais avec une attention et un intérêt réels ces photographies, je me suis littéralement retrouvé nez à nez avec l’auteure de l’exposition, Catherine Leutenegger. Après m’être excusé à peu près une centaine de fois pour avoir renversé la moitié de mon verre de vin sur ses chaussures, j’ai fait valoir ce qu’il y a de professionel en moi et j’en ai profité pour lui poser quelques questions, et, malgré tout, elle a accepté.

Ce qui m’a immédiatement touché, dans ses mots, c’est que ces photos, ces prises qui représentent si bien ce monde, cette dimension à la David Lynch dont je vous parlais plus haut, et que je pensais tirées d’un précédent voyage aux States, en réalité sont des images prises ici, chez nous, en Suisse. Des photos qu’elle avait faites de vieux Motels, immortalisés sur les routes des alentours de Lausanne et pas seulement. Cool, j’ai pensé au fond de moi.

Dans l’intention de l’artiste, il y a, je cite textuellement, “cette volonté de recréer nostalgiquement, à travers ces images, cette même réalité un peu décalée illustrée par un modèle cinématographique américain” dont elle est fan (David Lynch en est un exemple), mais qui aujourd’hui malheureusement s’éteint lentement, surtout au sein de la jeune génération, et de reconstituer cette réalité précisément ici, en Suisse, au beau milieu du Vieux Continent. De mon modeste point de vue, la jeune artiste/photographe lausannoise Catherine Leutenegger (classe 83), y est parfaitement parvenue.

Quant à moi, j’ai passé une agréable soirée, d’autant plus que le vin était bon.

Photo © Catherine Leutenegger, reproduite avec son aimable permission.

2 réponses

  1. Patrick Bertholet
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    Superbe article j’y ajouterai une pincée E.Hopper et conseillerai l’expo “(contre)culture/CH” à l’Elysée et les photos de Yann Gross qui trouve les U.S.A. dans le valais !!!

  2. Rosalba
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    Super article….a quand le livre pour cet écrivain !
    J’ai eu envie de voir l’exposition….je me suis sentie déportée dans une ambiance que mon cerveau reconnaissait et que mon coeur épousait.

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