« Guerrilla » ou 80 Lausannois sur scène au Théâtre de Vidy

Théâtre de Vidy. Deux représentations pour une « Guerrilla », qui réunit sur scène huitante figurants amateurs et lausannois. Qui sont-ils ? Quelles sont leurs motivations ? Et puis d’abord, c’est quoi cette pièce de théâtre ?

En préambule, Guerrilla est une pièce de la compagnie El Conde de Torrefiel à voir au Théâtre de Vidy, le vendredi 8 et le samedi 9 décembre. Si suite à la lecture de cet article, vous hésitez encore à venir voir la pièce ce soir, sachez qu’à partir de 22h le foyer se transforme en piste de danse avec le DJ set de SCHADE (Bienne) et leurs sons dark wave, chanson française psychédélique et 80’s tribute.


Guerrilla, répétition du cours de tai-chi.

D’une salle de conférence, en passant par un cours de tai-chi et une rave, Guerrilla met en scène huitante figurants lausannois. Pour participer à la pièce, aucun critère particulier sinon la disponibilité. Curieuse, je suis partie à leur rencontre jeudi soir lors de la répétition générale.

Dans la salle René Gonzalez, Lelia, Pierry, Clara et Iris attendent qu’on leur annonce le moment d’entrer en scène. Tous les quatre sont figurants dans le dernier tableau qui compose la pièce : la rave-party. La première personne avec qui j’engage la discussion est Lelia, 18 ans, en année sabbatique post gymnase. Elle me dit aimer le théâtre au point de vouloir en faire son métier. Elle est d’ailleurs acceptée au Cours Florent à la rentrée de septembre 2018. Lorsque je lui demande comment elle a entendu parler de la pièce et de la recherche de figurants, elle me répond : « C’est mon papa qui m’a parlé de cette pièce, il fait du théâtre aussi. » Pierry, 22 ans, est lui étudiant à l’ECAL. « J’ai entendu dire qu’ils cherchaient des personnes pour cette pièce dans le foyer du Théâtre de Vidy. Comme j’avais déjà participé à Voilà ce que jamais je ne te dirai de Vincent Macaigne en septembre, je me suis dis pourquoi ne pas renouveler l’expérience et voir un peu les coulisses ? » Iris, 18 ans ce samedi 9 décembre, en troisième année de gymnase, m’explique, quant à elle, que « C’est au cinéma plein air dans le parc de Milan que j’ai appris qu’ils cherchaient des figurants. Une fille de la communication de Vidy distribuait des flyers. Comme j’aime bien venir à Vidy, je me suis dit que ce serait cool de participer à une pièce. »

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Une pièce miroir

Sur le plateau, aucun « comédien », mais des lausannois muets traversant trois ambiances distinctes. Au-dessus de la scène un texte projeté se déroule. « Il y a une tension entre le réel – des personnes lambda sur scène – et le récit qui est projeté. » analyse Pierry. Fil conducteur, ce texte hybride est composé à la fois des souvenirs d’une partie des personnes présentes sur scène et d’éléments fictionnels. Il témoigne de nos conflits intérieurs lorsque tout ce qui se joue sur le plateau est en apparence tranquille, démontrant ainsi la multiplicité d’univers que forment les individus d’un même groupe. « C’est une pièce qui doit être difficile à doser pour les metteurs en scène, car il n’y a pas d’interaction directe entre le public et les “comédiens”. » remarque Iris. En effet, le public est témoin des tableaux successifs, lecteur d’un texte dans lequel il peut se retrouver en partie et qui réfère à des lieux ou des situations qui lui sont connues. Guerrilla crée une interaction indirecte, unique et poétique avec son public. Miroir de nos vies lausannoises et mondialisées.

 

Guerrilla, aperçu de la rave.

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Pourquoi venir au théâtre ? Et pourquoi venir voir Guerrilla ?

Une partie des figurants de Guerrilla dont Iris, Clara et Pierry ! Un grand merci à eux pour leur temps et leurs réponses. Venez les voir ce soir sur scène à 20h au Théâtre de Vidy.

Lelia, Pierry, Clara, et Iris fréquentent régulièrement les théâtres. Aussi, je ne résiste pas à leur demander ce qui les motive dans cette expérience culturelle. « C’est un contact direct avec des personnes en chair et en os, c’est le moment présent. Le théâtre, c’est une expérience unique. Un temps condensé où tout se passe devant nos yeux. » formule Lelia. Pour Pierry, le théâtre « C’est moins cher que le cinéma et c’est plus vivant ! La vidéo, on en voit tout le temps. Le théâtre, c’est une expérience beaucoup plus réelle. » Clara, 19 ans, en stage d’architecture, pointe le fait qu’« Il y a une esthétique qui est propre au théâtre. Je suis souvent époustouflée par l’esthétique des pièces contemporaines. » Et pourquoi venir voir Guerrilla et donc vous voir sur scène ? « Parce qu’il y a des lausannois dans la pièce ! » s’exclame Pierry. « Parce qu’il y a une rave trop cool ! » renchérit Clara. Iris réplique : « Parce que c’est original de voir une pièce avec juste un monologue en italien diffusé et du texte projeté. Le public peut vraiment s’y reconnaître. C’est aussi intéressant de voir une pièce qui met en scène des gens qui tentent l’expérience au hasard. Il n’y a pas de sélection sur ton profil ou ton apparence. Guerrilla c’est un échantillon social unique. »

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A propos de la compagnie El Conde de Torrefiel

Tanya Beyeler (Lugano, Suisse, 1980) et Pablo Gisbert (Valence, Espagne, 1982) fondent El Conde de Torrefiel à Barcelone, en 2009. Leur esthétique est affirmative et combine théâtre, chorégraphie, littérature et arts plastiques. Leur pratique ausculte la relation qui existe entre l’intime et le politique ou entre les nouvelles formes de totalitarisme, l’aliénation intellectuelle et les notions de responsabilité et de liberté individuelle. Ils affirment pourtant que l’art renvoie au religieux, autrement dit à la construction du lien entre les hommes, plutôt qu’au politique, entendu comme forme de pouvoir. Ils ont présenté La posibilidad que desaparece frente al paisaje soit La possibilité qui disparaît face au paysage à Vidy lors de Programme Commun 2016.


 Pour aller plus loin :

  • Mouvement.net, « Un chef-d’œuvre n’est pas de l’Ibuprophène », à lire ici.

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