Greenshape : à fleur de folk au Lido

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Musicien au regard sincère et à la voix fantomatique, Greenshape vient de commencer sa tournée et est passé par Lausanne vendredi dernier pour un concert acoustique complet depuis déjà deux mois. Il est fier de son premier album "Storyteller", sorti il y a peu, mais reste humble. Le Lausanne Bondy Blog vous emmène, en exclusivité, à la rencontre de ce jeune artiste valenciennois qui vit, mange et respire folk !

Guitare et sac de voyage à la main, Régis Israël (alias Greenshape) descend doucement les escaliers du Lido. Il regarde un peu autour de lui et essaie de se repérer. Il vient vers moi et me sert la main. Premier contact, première impression. « Force tranquille » sont les premiers mots qui traversent mon esprit. Il se présente, je me présente. « Je pose tout ça et j’arrive. » Parole tenue ! Trois minutes plus tard, nous sommes assis face au mur-miroir du Lido et la discussion commence.

 

Lausanne Bondy Blog : Pourquoi es-tu là aujourd’hui ?

Greenshape : Pour conquérir la Suisse ! (rires) Non, je suis là d’abord pour le concert de ce soir, ici, au Lido. On a aussi quelques radios, des interviews. Et puis, l’album est sorti en Suisse le 4 février dernier, on l’accompagne.

LBB : Premières impressions de notre belle ville ?

Greenshape : C’est ma première fois à Lausanne et on a juste eu le temps de faire le tour du quartier pour s’acheter un sandwich ! Les gens ont l’air avenant et souriant, ça change ! C’est très beau. J’ai l’impression de respirer, d’être au calme. Aucune agressivité. Mais c’est ma première fois, alors je ne peux pas vraiment être sûr ! Par contre, j’étais déjà venu à Genève quand j’avais neuf ans, en colo ! (rires)

LBB : A quel moment as-tu pris conscience que ton rêve d’adolescent allait devenir réalité ?

Greenshape : Ça a mis du temps avant que je le réalise vraiment. Mais, la première fois, c’était dans les bureaux de Sober & Gentle*, quand j’ai signé mon contrat. J’ai chialé comme si je sortais de prison. J’étais quelqu’un de très peu sûr de lui, j’avais l’impression d’être une merde. Et à l’époque, vivre de ma musique n’était même pas un rêve, ça ne faisait pas partie du raisonnable. Mais, je suis très content ! (sourire)

LBB : Ton album est très équilibré, entre morceaux calmes et airs plus entraînants. Comment l’as-tu pensé ?

Greenshape : Ma volonté était de ne pas sombrer dans le spleen. Faire des choses tristes, mais belles aussi. Comme des montagnes russes ou comme dans un film, lorsqu’on passe d’une séquence à une autre. Je m’imagine souvent dans un film quand j’écris.

LBB : Mélancolique sans être dépressive, ta musique repose l’âme. Qu’est-ce que cela reflète chez toi ?

Greenshape : Il y a pas mal d’artistes qui tombent facilement dans le pathos et je trouve ça dur à écouter. Il y a une immense frontière entre la mélancolie et le pathos, mais c’est difficile de rester dans la mélancolie sans tomber dans le dépressif. C’est un style musical de funambule, comme flirter avec la beauté des choses, sans sombrer dans le sentimentalisme. J’essaie de garder ma pudeur et de ne pas me plaindre. Et la mélancolie est une bonne chose. C’est regarder dans le rétro, quand on roule à 150 ! Accepter le passé, les non-dits, tout en allant de l’avant.

LBB : La production est d’une justesse rare pour un premier album, bien présente et discrète à la fois. Comment s’est passée ta collaboration avec Tore Johansson* ?

Greenshape : « J’ai l’impression que des chansons ont été enregistrées dans un placard. » C’est une des premières choses que Tore m’a dite. Je n’avais pas envie d’une production folle. Il y a beaucoup de cordes et de piano et je ne voulais que ça déguise ou étouffe les morceaux, plutôt que ça les accompagne. On peut vite tomber dans la grandiloquence et je préférais une sorte de beauté épurée. Ne surtout pas surcharger ou plomber l’album.

LBB : Pourquoi pas en Français ?

Greenshape : Ma culture musicale est anglo-saxonne. Simon & Garfunkel, Bowie, Cat Stevens, etc. L’anglais s’est donc imposé à moi naturellement. La folk vient des USA et il fallait rendre à César ce qui était à César ! Et puis, ça me permet de flirter avec mes idoles !

LBB : Que se passe-t-il en toi, quand tu joues live ?

Greenshape : La musique est faite pour être jouée live et c’est la chose que je préfère. C’est très différent de l’enregistrement. En live, on peut transposer les chansons comme on veut. Ce soir, on est en duo, mais pour la tournée on sera quatre avec batterie, basse et synthé. Ce sera beaucoup plus électrique. Et j’espère repasser par ici, du coup.

LBB : Grand amateur de musique 60’s et 70’s, quels sont les artistes contemporains qui arrivent à titiller tes sens ?

Greenshape : Bon Iver est un chef-d’œuvre avec des jambes ! Son premier album For Emma est juste incroyable. Il y a aussi Micah P. Hinson, une sorte de croisement entre Elvis et Sinatra. Et puis, Paul McCartney, bien sûr. Avec Fred, le guitariste qui m’accompagne, on s’écoute tout le temps Chaos and Creation in the backyard*, en boucle. Tous ces mecs me fascinent.

LBB : De quel film aurais-tu aimé faire la bande originale ?

Greenshape : Il y en a tellement. (il réfléchit) Stand by me de Rob Reiner ! C’est mon film d’adolescence par excellence. Il y a certains films qui prennent plusieurs niveaux de lecture, à chaque fois qu’on les revoit, et qui perdent un peu de leur superbe avec le temps. Mais celui-ci ne bouge pas. C’est comme un perfecto ! Il y a toutes ces thématiques universelles : le secret, le courage, l’entraide… Ces gamins ne sont pas encore entrés dans le monde adulte, mais ils commencent à en comprendre les enjeux. Ils savent qu’ils doivent profiter au max de leur innocence pour partir à l’aventure. Ça me rappelle beaucoup de choses de mon enfance, les virées en vélo dans la campagne, tout ça.

LBB : Qui est Greenshape à la ville ?

Greenshape : J’ai une vie simple, une des plus chiantes qu’on puisse imaginer ! Je fais du sport, du vélo. Je suis très famille et amis aussi, les mêmes depuis 25 ans. Je vais dans mon café habituel, boire ma bière habituelle. Et il y a la musique. J’écris tout le temps, c’est ma vie.

LBB : Dans quel état d’esprit es-tu aujourd’hui ?

Greenshape : Je suis un touriste de la vie ! Gagner ma vie avec ma musique est un privilège et je m’en rends petit à petit compte. J’en suis heureux. Je viens d’un milieu prolétaire et je suis fasciné par tous ces hommes qui, pendant trente ans, pointent tout les jours à l’usine pour ramener le pain sur la table. Je ne voulais pas vivre comme ça. Maintenant, je suis dans un état de joie apaisée. (sourire)

LBB : Quelle est la chose qui t’a le plus touché ces derniers temps ?

Greenshape : C’était à Roubaix, il y a deux jours. C’était mon troisième concert et les gens connaissaient les paroles. C’était fantasmagorique.

 

J’arrête d’écrire et on parle encore un peu de Stand by me, du jeu des médias, il me dit que sa «  petite sœur sait maîtriser sa com’ » et que Chateaubriand a un jour dit qu’il fallait s’étonner de tout, tout le temps…

Quatre heures plus tard, le concert commence. Dans l’ambiance chaude et tamisée du Lido, les notes s’envolent. Greenshape est naturel et simple, fidèle à lui-même. Sa musique et sa présence envahissent la salle. Les jeux de lumière me donnent l’impression d’être à Las Vegas, sous les néons des casinos. Je m’imagine une route désertique défiler sous l’éclairage de phares lynchiens. Et comme Kerouac, je sens le vent se prendre dans mes cheveux. La reprise de Wicked Games de Chris Isaak finit de me convaincre. Si Greenshape est un artiste de studio déjà doué, il l’est encore plus en live. Puis le voyage s’achève, et on revient sur terre doucement, s’agrippant encore un peu au rêve dans lequel ce storyteller vient de nous embarquer. Lausanne t’ouvrira toujours les bras, Greenshape.

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Greenshape Myspace

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=I-min30SztI[/youtube]

 

* Sober & Gentle est un label indépendant français, connu pour produire Cocoon et Hey Hey My My !

* Tore Johansson est un producteur suédois, connu pour son travail avec The Cardigans et Franz Ferdinand, mais aussi pour ses collaborations avec New Order, Tom Jones, a-ha ou encore Suede.

* Chaos and Creation in the backyard est le treizième album solo de Paul McCartney, sorti en 2005.

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