Grands-mères casher

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Quand les mémés font l’impasse sur le thé Earl Grey pour céder aux joies de la viande égorgée.

Il était une fois l’histoire d’une clique de retraitées, fidèles abonnées aux délices du salon de thé de mon quartier. Depuis trente ans, elles goûtent aux gourmandises d’antan tout en partageant les derniers cancans. Un rendez-vous hebdomadaire entre grands-mamans avorté net un jour de printemps. Le mois dernier, les fringantes septuagénaires ont appris de la bouche du gérant de leur tea-room préféré, que celui-ci allait fermer. Drame et consternation en sachant que leur stamm se transformait en boucherie halal dotée d’une épicerie orientale. Impensable ! Troquer caracs et éclairs au chocolat pour une chicha baklava ! Après la boutique de sacs à main devenue pince-fesse marocain et d’autres commerces de proximité transformés en temple de l’Iskender d’Adana à l’emporté, nos grands-mamans ont très vite commencé à croire les ragots du quartier. Aux dires de certains habitants, il semblerait que plusieurs commerçants aient succombé aux sirènes de l’Orient. Les mémés ont tout fait pour résister à ces changements jusqu’à ce jour où l’une d’elles s’est mise en quête d’acheter un cabri pour son dîner.

Début avril, bien qu’endeuillée par la perte de son tea-room de quartier, grand-maman se trouvait absorbée par les festivités du Vatican. Mais stressée par la préparation, elle en a oublié que son boucher traditionnel fermait pour l’occasion. C’était sans compter sur le nouvel arrivé. Car à court de solutions, mamie s’est belle et bien résolue à pactiser avec « Les délices de l’Orient ». Ah l’Orient ! Elle ne le connaît qu’à travers la télévision. Mais en cette veille de vendredi saint, il est temps pour elle de goûter aux joies de ce commerce tunisien.

La porte de la boucherie franchie, mémé prend peur devant les étales de viandes que l’on dit égorgée. Mais stupeur et indignation font vite place aux interrogations. Grand-maman prend donc son courage à deux mains et questionne le boucher tunisien. Visiblement touché par cette curiosité, il se plaît à lui conter toutes les facettes de son métier. Tiens, voilà un jeune homme bien poli, se dit mamie. Oubliant qu’elle se tient dans les locaux de son ancien tea-room, elle accepte même un thé au jasmin et quelques airs d’Oum Kalthoum. Au son de la diva égyptienne, grand-maman esquisse un furtif déhanchement tout en patientant. Mère-grand aurait-elle cédé aux charmes de l’Orient ?

Il semblerait que oui, car mamie et cie s’y retrouvent désormais tous les samedis.

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Mehdi

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