Genesis : un retour à la Terre saisissant !

Posté dans : Culture | 0
Depuis maintenant plus d’un mois, l’Elysée accueille dans ses étages la super-exposition photographique Genesis, du Brésilien Sebastião Salgado. Le Lausanne Bondy Blog est allé se noyer dans le noir et blanc majestueux de ces 245 photos !
Le confluent du Colorado et du Petit Colorado, en Arizona.
Le confluent du Colorado et du Petit Colorado, en Arizona.

Projet mastodonte sans précédent, Genesis a débuté en 2004 dans l’obturateur de Sebastião Salgado, photographe mondialement connu pour sa maîtrise du noir et blanc et son style réalisme/socialisme. Huit ans et une trentaine voyages plus tard, ce sont quelques 245 photos qui sont rassemblées et enfin révélées au monde. Après Londres, Toronto, Rome et Rio de Janeiro, Genesis est aujourd’hui simultanément exposé à Sao Paulo, Paris et bien sûr Lausanne !

“Avec Genesis, j’ai suivi le rêve romantique de vouloir retrouver, et partager, un monde primitif trop souvent invisible et hors d’atteinte. Je voulais simplement montrer la nature dans sa splendeur partout où je pouvais la trouver.”

Salgado a donc parcouru la Terre, à la recherche de ce Paradis Perdu. Entre étendues désertiques, forêts ancestrales et tribus indigènes, il est allé partout où la civilisation moderne n’a pas encore posé ses routes, ses immeubles et ses antennes. Ce désir de retour à la terre, cette communion apparemment perdue entre l’Homme et la Nature, cette quête d’un nouveau commencement harmonieux entre une planète hospitalière et une espèce qui l’est de moins en moins, Salgado les a cherchés sans relâche à travers les océans, au sommet des plus hautes cimes, au-delà des pics les plus escarpés, au plus profond des forêts vierges et au milieu de déserts sans fin.

Un groupe d'Indiennes Zo'é, dans la région du Para, au Brésil.
Un groupe d’Indiennes Zo’é, dans la région du Para, au Brésil.

Et même s’il n’a sûrement pas réussi à déceler tous les mystères de la Terre (qui le pourrait ?), il s’en est en tout cas rapproché, au plus près possible, et l’appareil photo en main, témoin final de toutes ces escales, nous en a ramené un aperçu fascinant et totalement bluffant.

L’exposition se divise ainsi en cinq axes géographiques, reflets des expéditions du photographe et des différents écosystèmes terrestres : le Sud de la planète et ses déserts glacées d’Antarctique, les Sanctuaires naturels et ses îles isolées et uniques, l’Afrique et ses tribus ancestrales, le Nord de la planète et ses majestueux canyons et toundras et enfin l’Amazonie et son exceptionnelle densité florale et animale.

Pourtant, devant tant de beauté naturelle, ce qui frappe de prime abord, et ce dès la première salle, c’est le soin extrême apporté à la technique de la photographie même. Cadres quasi-impossibles, compositions recherchées, travail minutieux de la lumière, noir et blanc déstabilisant et parfois glaçant, etc. Toute cette beauté purement mécanique crée alors un contraste inattendu avec le sujet des images. Salgado ne nous montre pas la Nature exactement comme elle est, mais d’une manière plus idéalisée, magnifiée, voire divine et intouchable. Il nous propose le point de vue d’un être humain comme les autres, désarmé devant tant de sensations instinctives, se sentant tout petit face à la grandeur et à la majesté de la Terre. Mais aussi un être humain qui tente de figer de manière subjective ce qui ne pourra jamais vraiment l’être, de le comprendre. C’est donc avec la sensibilité et les armes qu’il possède qu’il offre sa vision. Et de cette perspective, son pari est entièrement réussi.

Une des premières visiteuses, aux Musée de l'Elysée.
Une des premières visiteuses, au Musée de l’Elysée.

Le visiteur se retrouve alors très vite embarqué dans ce voyage extraordinaire et pourtant palpable. L’univers créé est si époustouflant et si maîtrisé, et nos yeux si peu habitués à une dose aussi énorme de sublime, qu’on en ressort tout retourné et pensif. D’autant plus que Salgado évite l’écueil moraliste dont on nous abreuve depuis plus d’une décennie et qui, même s’il est totalement fondé, nous avait fait un peu oublier l’essence de ce que nous devons sauver.

Genesis nous rappelle donc simplement où nous vivons, en éveillant notre instinct de créature terrestre. Salgado en a fait sa lettre d’amour à sa planète et grâce à elle nous rappelle que c’est aussi et surtout la nôtre.

.

.

Genesis – Sebastião Salgado

Musée de l’Elysée

20.09.2013 – 05.01.2014

Plus d’informations ici

Photos © Sebastião Salgado et Keystone/Christian Brun

Répondre