Fumer dignement

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Sept points pour remettre du baume au coeur des fumeurs, dont la communauté vient d'être mise à mal pour des raisons futiles de santé publique

En 1767, Winston Churchill l’avait dit dans une pub pour les rasoirs Wilkinson: “Moi, avec ioune bonne grosse beench bien fouaîche, j’ayme me fioumer ioune bonne grosse clope bien daygueue”. Forts de cet enseignement, les fumeurs du monde entier ont cultivé à travers les siècles le plaisir de se mettre des murgées en s’enfilant une quantité industrielle de cigarettes, puis de rentrer chez eux le pas mal assuré et l’haleine pestilentielle. Seulement voilà, ce bon vieux Wiwi, malgré son rasoir huit lames, ignorait en son temps que ses préceptes emprunts de coolitude allaient mener l’humanité à sa perte. Fumer tue, mon gars! Boire aussi, couz’! Et les deux en même temps c’est caca fois mille! Pis encore, humer tue! En effet, non contente de provoquer le vieillissement prématuré de ta vieille carne, sale fumeur, ta fumée fait aussi bander mou ton voisin de gauche, stérilise ta serveuse, et fait un trou dans la gorge de vieilles dames à la télé.

Pourtant, malgré toutes ces sérieuses découvertes du Docteur 20e Siècle, l’ordre des fumeurs lausannois, lancé à toute allure dans sa pente funeste, est en train de négocier avec peine un tournant de son histoire: cloper dans son coin. Le plus souvent dehors, loin de la chaleur, loin des discussions, loin des “ffffffff-ouais-ffffffff-ch’uis totalement-ffffffff-d’accord-ffffffff-avec c’que tu viens de dire-ffffffffff-aglou aglou aglou”… Et bien ressaisis toi mon vieux, voici quelques arguments en faveur du nouvel ordre des choses pour remonter le moral des troupes.

1) Fumer dehors tue moins: c’est con, c’est un peu le but du truc, mais il faut le dire. Chez le bon fumeur, le nombre de gaules fumées est souvent exponentiellement proportionnel (si ça se dit) au nombre de verres envoyés. Un verre égal une clope, deux verres égal trois clopes, dix verres égal une pharyngite le lendemain matin. J’aime à penser que si le fumeur ivre avait sept bouches et quinze mains, façon cowboy de Tchernobyl, il ferait tout pour maximiser la quantité de fumée avalée, en dépit des coûts, de sa santé et de son hygiène personnelle. Tout cela quitte à se réveiller le lendemain avec un revêtement de type “mur en crépi” sur la muqueuse et à dire à son interlocuteur, l’oeil vif et conquérant: “hinhinhin, j’suis quand même trop con, hinhinhin.” Donc fumer dehors rompt cette croissance exponentielle débile et fumer devient un acte réfléchi et, en principe, limité dans le temps.

2) Fumer dehors fait durer l’été plus longtemps: la terrasse est ta dernière alliée dans le monde du bistroquet, my smoking friend. Et tu vas en profiter jusqu’à la mort. Seuls la neige, les grêlons ou un patron peu éclairé pourront te faire admettre que le temps des terrasses est révolu, poil au dos.

3) Fumer dehors fait plein de nouveaux amis: deux nanas qui ne se connaissent pas fument une clope à l’extérieur d’un café en faisant la moue, genre “c’est kémême chié d’aller fumer dehors”. L’une dit à l’autre: “décidément, la cigarette, c’est vraiment plus un acte social.” L’autre rigole et répond en riant: “ouais, c’est clair…” True story. La cigarette n’est tellement plus un acte social que tu t’es trouvée une nouvelle meilleure amie en 30 secondes chrono, crème d’andouille! Fumeur, fumeuse, réjouis-toi de ce retour aux vraies discussions d’antan, au clair de l’une ou dans les yeux de l’autre, à l’abri de la cacophonie du bar ou de la discothèque, dans l’intimité laissée par une nuit où rien ne semble défendu.

4) Fumer dehors fait sentir rigolo dedans: la légende raconte que la clope agit comme un désodorisant ultra-puissant dans les espaces clos, masquant ainsi les odeurs de d’sous d’bras, de pue de la gueule, de petites libertés gastriques et autres joyeusetés, et qué s’appelerio Quézac. En revanche ce point peut être vu comme un argument en défaveur de l’interdiction par les plus matures d’entre nous.

5) Fumer dehors provoque l’arrivée d’un messie: alors que la communauté des fumeurs de Genève semblait mis au ban de la société, laissés seuls dans une ère de chaos et de ténèbres, surgit dans un rai de lumière divine Charles Poncet et son initiative. Lausanne trouvera-t-elle à son tour un sauveur qui soudera entre eux les fumeurs bien plus que si rien ne s’était passé? Rien n’est moins sûr.

6) Fumer dehors cause des histoires à raconter à ses petits-enfants: franchement, y’a t-il de meilleures histoires de grand-papas que celles qui commencent par: “de mon temps, on avait le droit de…”? Oui, certainement, mais les grand-pères sont chiants, deal with it.

7) Fumer dehors provoque moins de films sur la fin du monde: en effet, suivant le schéma quelque peu raccourci “pas de fumée passive => pas d’extinction de l’humanité”, des connards cinématographiques tels que Michael Bay ou Roland Emmerich ne pourront pas commettre une énième daube cosmique sur la façon dont la terre s’arrêtera.

Voilà, j’espère que ces arguments t’auront aidé à garder la tête haute dans ce moment décisif, mon vieux Smokey. Tu en trouveras plein toi aussi si tu te creuses un peu le plot au lieu de t’empiffrer de “kinder tranche aux lait” devant ton ordi. Bon, c’est pas tout ça, mais ça fait un moment que j’écris à la table de mon bistro et… J’ai une grande envie d’extérieur…

Yann Marguet

Yann Marguet

  1. Avatar
    manuela
    | Répondre

    un argument supplémentaire : fumer dehors en hiver fournit une bonne excuse pour tomber malade, pas aller bosser et rester chez soi fumer tranquille… à l’intérieur

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