For Noise 2014 : un final Blondiesque !

Samedi soir, le Pully For Noise 2014 finissait en beauté avec un concert déridant de Blondie. Toujours en mode Gonzo, Florian vous propose un compte-rendu enivré et enivrant d'une soirée aux frontières du flegme lausannois et des guitares douce-amère-icaines.
Blondie en 1977.
Blondie en 1977.

Après Patti Smith en 2012, le For Noise nous offrait cette année un autre culte dinosaure new-yorkais : Blondie. Et il n’en avait pas fallu plus pour que des frissons me parcourent instantanément l’échine. J’allais voir en vrai la sulfureuse Debbie Harry, sex-symbol par excellence des 70’s/80’s. Sur les affiches au visuel hipstographique étudié, je ne voyais rien d’autre que le nom du groupe pop-new wave tant aimé, un de mes premiers émois musicaux. Et enfin, des semaines d’attente plus tard, le soir était là.

J’y arrive tôt. Je prends le temps de me baigner dans l’ambiance de ce festival, que j’apprécie tant depuis mon baptême de 2008, avec le sublime concert de Tricky. Le Pully For Noise vaut tout les Paléo et les Montreux Jazz, grâce à sa programmation intelligente indé-rock-électro et surtout à sa dimension intime, dont je vous parlais déjà dans l’article For Noise 2012 : Fresh, sound and sun !

Thurston Moore, ex-Sonic Youth.
Thurston Moore, ex-Sonic Youth.

D’année en année, rien ne bouge, les stands sont toujours à la même place, les scènes aussi, le public aussi. C’est comme de revenir chez un vieil ami absent depuis un an. On se réjouit d’avance, on est de plus en plus impatient et une fois qu’on y est, on retrouve facilement ses marques et on se sent tout de suite à l’aise, en phase avec l’ambiance, la musique et les gens.

Comme toujours, je retrouve Yannick, abonné à vie au For Noise (à l’heure qu’il est, il a déjà dû acheter son pass pour 2015). On se raconte un peu nos vies, le passé, le futur et tout ce qu’il y a entre. Puis rapidement, l’heure de la première bière arrive. Cardinal ou Hoegaarden ? Ils doivent se payer ma tête, ce n’est pas possible ! Mais j’ai beau chercher sur la carte, il n’y a rien d’autre. Pas de bières locales, artisanales ou spéciales… juste de la tristesse. Mais bon, ma voisine de palier est derrière le bar et elle m’offre une pinte, le sourire aux lèvres, ce qui fait passer bien plus facilement la pilule (free booze, you say ?). Mais pas le temps de taper la causette que le concert de Thurston Moore commence déjà sur la grande scène.

Pour mon plus grand plaisir, les guitares crachent des bons gros riffs bien sales, entrecoupés d’arpèges divins et aériens. La voix est discrète et s’accorde parfaitement à l’atmosphère pré-grunge du concert. Expert musical devant l’éternel, Yannick m’informe que Thurston Moore est l’ancien leader de Sonic Youth et du coup tout fais sens. Je me disais bien que je connaissais ce genre d’énergie.

Passe-moi le selPuis direction le Demovie Salon pour le concert des Biennois Puts Marie. Le programme dit que l’artiste dont ils s’approchent le plus est Tom Waits. Je suis donc plus que partant. Mais malheureusement, même si la musique est envoûtante et planante, le chanteur en fait des caisses et je ne comprends rien à ce qu’il chante. Dommage…

En sortant de cette salle étouffante, je croise encore connaissances et amis, avec qui j’essaie de discuter, mais mon esprit est désormais presque entièrement tourné vers la grande scène et j’ai du mal à les suivre. Le concert de Blondie commence dans 10 minutes. Mais j’ai quand même le temps de déguster un des meilleurs sandwichs du monde : le Petit Bœuf de Passe-moi le sel, avant de me mettre en position dans la foule.

Les lumières s’éteignent et presque aussitôt ils arrivent sur scène, sans pompes, ni circonstances. En toute simplicité. Mais même s’ils débutent avec le claquant One Way or Another, le début du concert est déroutant. Debbie Harry porte des lunettes de soleil et a un peu de mal à se mettre dans l’ambiance, tout comme le public. Il faudra attendre l’enchaînement du nouveau Mile High et du culte Call Me pour que l’atmosphère commence à chauffer, que les gens commencent à bouger et que Debbie Harry enlève ses lunettes et sa veste et se dandine comme une folle sur scène. Puis, c’est au tour d’un autre nouveau morceau, Euphoria, de convaincre la foule avec un solo de guitare électrisant.

Debbie Harry, heureuse d'être là !
Debbie Harry, heureuse d’être là !

Le concert prend alors son envol et rien ne pourra plus l’arrêter, surtout pas Debbie Harry qui du haut de ses 69 ans bouge comme une jeunette et chante avec toutes ses tripes, au rythme des riffs punk et des mélodies pop synthétisées. Sur l’écran géant, des images vintage passent en boucle, montrant des extraits de vieux films (Metropolis en tête) et des images des clips du groupe, faisant la part belle à la vraie jeune Debbie Harry, qui me sidère toujours par sa beauté. Je ne peux pas m’empêcher alors de revoir la scène culte de Videodrome, où Debbie Harry se brûle la poitrine avec une cigarette, choc visuel d’adolescence, encore.

Mais pas le temps de rêver, le sensuel et jazzy Rapture se termine sur une reprise de Fight for your right des Beastie Boys, pour le plus grand plaisir des trentenaires, avant d’enchaîner sur l’ultra-classique Atomic qui réveille encore plus la foule déjà survoltée et me replonge dans une autre scène culte, celle de Trainspotting, où Renton rencontre Diane pour la première fois dans un club moisi d’Edimbourg. Tout le monde autour de moi shake son booty et chante à tue-tête : “Your hair is beautiful, Oh tonight, Atomic”.

Grandiose final sur Heart of glass.
Grandiose final sur Heart of glass.

Le concert se calme un peu avec des nouveaux titres et d’autres plus calmes, moins punks, plus pop. Mais au dernier moment, l’arpège entraînant de Heart of glass emplit l’air et la foule exulte. L’ambiance est phénoménale, le public ne fait plus qu’un et pour clore le concert, les guitaristes nous sortent un bon gros riff d’Holiday in the sun des Sex Pistols et finissent en beauté par un plaqué résonnant. Quelques secondes plus tard, ils reviennent pour un rappel de deux titres, dont l’engagé War Child, qui fait encore durer le plaisir, même si je me serais bien arrêté sur le magnifique final d’Heart of Glass.

Cette fois-ci, c’est bel et bien fini et je suis lessivé. L’électricité met plusieurs minutes à redescendre et je croise quelques regards comme le mien, émerveillés et hallucinés. Ça faisait très longtemps que je n’avais pas vu un concert aussi pêchu, aussi énergique et aussi communicatif. Quelle claque ! Et puis bon, voir Debbie en chair et en os n’a pas de prix. Merci Pully For Noise !

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Image de couverture © 2014, Arnaud Thévenet

Photo Blondie noir et blanc © 1976, Shig Ikeida

Photos Pully For Noise © 2014, Davide Gostoli et Romain Keller

Lyrics Atomic © 1979, Deborah Harry, Jimmy Destri et Chrysalis Records

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