Fête du Slip 2017 : Franckie Vega et Amaury Grisel, un couple attaché et attachant

Posté dans : Culture, Lausanno-lausannois | 0
Après avoir assisté au workshop “Facing bondage", j’ai retrouvé Franckie et Amaury autour d’un verre. C’était pour moi le première fois que je faisais un interview qui se voulait dans les règles de l’art. La première tournée a été servie et j’ai posé ma première question...

Je débarque, vous débarquez. On ne se connait pas du tout. Mais qui êtes-vous?

Cette première question fait sourire et c’est Franckie qui prend le lead. Performeuse, modèle (on y reviendra) et directrice artistique. Elle fait du shibari depuis deux ans et demi en France. Elle a participé à plusieurs shootings photo et fait aussi régulièrement des shows. A ses côtés, son mari Amaury. Lui est photographe, réalisateur et témoin. Sur ce dernier point, je l’interroge du regard. Il m’explique qu’il y a une relation très particulière lorsque les gens se laissent attacher. Les individus s’expriment, révèlent une intimité qui normalement n’est pas dévoilée et qui crée un lien particulier dans son travail de photographe.

Franckie et Amaury sont ensemble dans la vie et professionnellement depuis deux ans et demi. Un échange de bons procédés ou “Husband with benefits”, souligne Franckie en riant. Une véritable synergie s’installe lorsqu’elle apporte ses idées et son inspiration dans le travail photo de son compagnon.

Vous présentez dans le cadre de la Fête du Slip une expo photo “L’Aquarium”. Pourquoi ce nom?

Ce projet, c’est le premier qu’ils font ensemble. Franckie explique: “Rêver d’un aquarium signifie que nous avons reconnu nos émotions, que nous ne les refoulons plus et que nous sommes prêts à nous y confronter. Un aquarium vu en rêve est la représentation des pensées inconscientes ou des désirs sexuels refoulés“. Toutes les personnes qui apparaissent sur les photos sont des amis proches qui posent selon leurs envies, leurs désirs, ou leurs fantasmes. Dans la série, l’Aquarium n’est jamais loin et on se demande au final qui observe qui. Les individus exposent une facette de leur personne et nous, nous les observons sans savoir réellement si une glace nous sépare et si finalement ce n’est pas nous qui sommes observés.

© Franckie Vega et Amaury Grisel

BDSM, Bondage, Shibari ?

Le BDSM (pour Bondage, Domination, Soumission, Sadomasochisme) est l’ensemble des pratiques au sein desquelles se classent le bondage et le shibari. Ce dernier pourrait être défini comme le bondage japonais. Mais ce n’est pas fini, dans le shibari on trouve encore des ramifications et il y en a pour tous les goûts! Au sol ou suspendu, sexuel ou non, plus ou moins dévêtu. Par exemple, le Kinbaku met l’accent sur l’esthétique. Alors que le Semenawa, est plus axés sur la douleur. L’idée est de pousser l’attaché au dépassement, à la performance physique. On voit aussi une grande différence entre le shibari japonais, plus traditionnel, et le shibari occidental qui a fait une appropriation des codes et des pratiques locaux. Pour Amaury, il est aussi intéressant de noter que les pratiques évoluent et ne restent pas figées. Sans compter que les disciplines se mélangent avec d’autres courants artistiques. Des shows sont faits avec des DJ qui mixent lors des performances ou encore des chanteuses viennent improviser autour du show. Le shibari est une discipline vivante qui s’apprivoise selon les pratiquants.

Silvia Day ou E.L James ont fait couler beaucoup d’encre et présenté une vision du Bondage. Qu’en pensez vous?

La pratique du shibari s’est beaucoup développée ces deux dernières années. Franckie se rappelle qu’avant, il y avait une ou deux salles sur Paris qui ouvraient un soir par semaine. Maintenant, il y a plus de soirs où les gens se rencontrent, des salles de danse louent leur espace pour le shibari et plusieurs villes voient des cercles de shibaristes se former. Cependant, le shibari reste une discipline intime. Une relation de confiance est nécessaire, et une séance ne peut se résumer à un rendez-vous chez le coiffeur. “On s’attache entre amis” précise Franckie et dans les shows qu’elle fait ou dans le travail d’Amaury, ce n’est que des amis proches ou très proches qui participent.

Le cinéma ou la littérature présentent un bondage mainstream et propret. Lubie extravagante des fortunés alors que dans la réalité les premières salles n’était pas loin du carrément sordides et rassemblaient un milieu beaucoup plus populaire.

Aujourd’hui, on parle plus ouvertement du shibari et du bondage. Cependant, Franckie rappelle qu’au Japon, les shibaristes sont considerés comme des travailleurs du sexe et que la pratique est encore souvent stigmatisée.

© Franckie Vega et Amaury Grisel

Quelle serait la question que vous voudriez qu’on vous pose?

Amaury rigole et réfléchi un moment. De vraies questions, il n’en a pas mais il a une réponse qu’il attend. Un agent qui pourrait s’occupe de ses affaires et lui libérer du temps pour la photo. (A bon entendeur). Franckie, elle, voudrait ne plus se voir avec l’étiquette “modèle”. Pour elle, ce terme ne reflète pas l’ensemble de ce qu’un ou une “performer” exprime dans le shibari.

Si demain on rebaptise le blog “Lausanne Bondage Blog”, vous nous rejoignez?

Franckie: “Oui, carrément!”

Amaury: “Si je peux avoir un agent et ma tête sur le logo”

Merci à eux deux pour le temps consacré à l’entretien très instructif. L’exposition “L’Aquarium” est encore visible jusqu’au 18 mars à la librairie-galerie HumuS.

Répondre