FAUVE : en long, en large et en plein cœur

FAUVE : en long, en large et en plein cœur

Posté dans : Culture 0
On les a ratés deux fois à Lausanne... mais cette fois-ci, c'est la bonne ! Le groupe FAUVE est venu en concert à l'Arena et n'a accordé que deux entretiens à la presse romande, dont nous. Le LBB en profite donc pour publier ici l'intégralité de l'interview. FAUVE nous y parle de leur nouveau concept de tournée, de Lausanne, de leurs parcours et de leurs envies. Exclusivité LBB !
Bienvenue aux Nuits Fauves !
Bienvenue aux Nuits Fauves !

Fauve est un groupe qui a explosé sur le net, il y a à peine deux ans, grâce à des clips originaux et à un style encore très peu entendu dans la musique francophone, mélange de spoken word, de rock et d’electro. Après avoir donné deux concerts complets à Lausanne (au Romandie et aux Docks), ils ont établi leurs quartiers à l’Arena de Genève, ce début de printemps, pour donner un de leurs plus gros concerts de leur nouvelle tournée “Les Nuits Fauves”.

À peine arrivés, on sent très bien qu’il y a quelque chose de différent, quelque chose de plus décontracté et de plus réjouissant. En outre des traditionnels stands, un “village” s’est installé à l’étage. Barbe à papa, photomaton, arbre à mantra, fresques participatives, DJ-set, baby-foot… l’ambiance est plus à l’amusement et à l’innocence qu’à autre chose. On a l’impression de retourner en enfance, quand tout n’avait pas vraiment d’importance, à part passer un bon moment. Le public venu en masse le ressent aussi, les files d’attente se multiplient devant ces stands dignes d’une kermesse. Pour l’instant pas de musique, mais des rires, beaucoup de rires et de sourires.

Mais pas le temps de s’extasier. On nous emmène déjà dans les coulisses pour rencontrer le groupe. Changement radical de décor donc, mais on arrive vite à la cantine où deux trentenaires finissent l’autre interview de leur étape romande. On s’installe et très rapidement, ils nous rejoignent et nous saluent, en toute simplicité.

Les longues files d'attente devant les stands.
Les longues files d’attente devant les stands.

LBB : Bonjour Fauve ! Merci d’avoir accepté cette interview ! On avait déjà eu envie de vous interviewer lorsque vous étiez venus à Lausanne, les deux dernières fois, mais on avait raté le coche… Vous en gardez quoi comme souvenir d’ailleurs de Lausanne ?

Fauve : C’était trop cool ! Les deux concerts au Romandie et aux Docks étaient super. C’était vraiment cool. Franchement ! Mais de toute façon, tous les concerts qu’on a fait en Suisse étaient très bien ! Sincèrement.

LBB : On dit qu’il y a un bon public en Suisse.

F : Ouais, c’est vraiment étonnant, c’est vraiment ouf. Je te dis pas du tout ça pour faire plaisir, hein. Non vraiment.

LBB : Vous aviez pu un peu visiter ?

F : Euh… Lausanne, peu la dernière fois. On est revenus pour une journée de promo, il y a pas très longtemps, mais c’était un peu speed. Donc oui, on commence à connaître un peu la ville, vite fait ! Moi j’aime bien, c’est agréable.

L'arbre à mantra, où chacun pouvait écrire une pensée et l'y  suspendre à une branche.
L’arbre à mantra, où chacun pouvait écrire une pensée et l’y suspendre à une branche.

LBB : C’est vrai que c’est beau Lausanne avec son Lac Léman…

F : C’est clair. Vraiment, c’est beau. J’aime beaucoup la Suisse !

LBB : Vous étiez déjà venu avant ?

F : Oh oui oui, avec mes parents.

LBB : Faire du ski ?

F : Non, voir des copains, à Genève. Je trouvais ça cool, la ville, mais Genève c’est un peu… Ouais c’est un peu différent de Lausanne, c’est un peu bizarre.

LBB : C’est vrai que Genève, c’est plutôt une ville économique alors qu’à Lausanne, il y a vraiment beaucoup de culture alternative.

F : Ouais, ouais carrément. (En se tournant vers Florian) D’ailleurs, t’as un joli tatouage et un joli t-shirt ! C’est Twin Peaks, ça ?

Florian : Juste ! Bien joué !

F : Bonne référence, c’est trop bien !

LBB : (rires) Bon, et si on parlait de vous ?

F : Ouais !

LBB : Donc, quel est le concept des Nuits Fauves ? Un peu plus qu’un concert, si on a bien compris !

F : Alors en fait, on arrive pas à expliquer ce truc. Pourtant c’est assez intuitif. En fait, on fait une tournée de soirées Fauve, de kermesses Fauve. Tu vois, il y a un concert de Fauve normal, mais il n’y a pas que ça, il y a des invités, il y a deux groupes avant nous, il y a un groupe et un inter-plateau. Il y a des stands, des fresques, des graphiques. Du coup on ouvre assez tôt les portes, par rapport à d’habitude. Les gens peuvent… tu vois, il y a un photomaton. L’idée c’est de créer un truc convivial, plus qu’un concert. En grande salle en plus… Mais bon, même si on est limités, on peut faire une bonne déco. Il y a aussi un plafond lumineux dans la salle. Le truc c’est d’essayer de créer un moment, une kermesse et pas juste un concert.

LBB : Vous, vous êtes qui dans le groupe Fauve (en désignant celui qui n’a toujours pas dit un mot) ?

F : Alors lui c’est un pote à moi, en fait. Mais peu importe, on répond pas vraiment à ce genre de question.

Le photomaton spécial Nuit Fauve... et la file, encore.
Le photomaton spécial Nuit Fauve… et la file, encore.

LBB : Ouais parce que finalement vous mettez jamais de photos de vous, des films ou autres, mais par contre vous êtes…

F : Normaux ?

LBB : Oui, mais aussi pas mal familiers avec vos fans.

F : Oui bien sûr, on est dans le réel.

LBB : Mais donc pourquoi pas de photo ?

F : À la base, c’était juste comme ça, on trouvait que c’était mieux. Mais Fauve existait pas, quasiment. On a pris cette décision avant même de sortir la première vidéo. On s’est dit que ce serait plus intéressant comme geste et puis on s’est rendu compte que c’était plus simple au niveau des textes, de ne pas mettre notre gueule. Et puis aujourd’hui, on a encore moins de raison de changer ça qu’avant. Tu vois, on en parlait tout à l’heure, c’est quand même vachement plus peinard. Tu sors des concerts, on va boire des bières au village ou dans la soirée, comme on fait à chaque concert et là on nous reconnaît pas. Du coup, chacun peut faire ce qu’il veut, rester dans la loge ou aller boire des verres. Une fois sur deux, les gens, ils nous reconnaissent même pas. C’est un truc de ouf, c’est trop marrant tu vas voir, un truc de ouf (ndlr : C’est vrai ! Après l’interview, il est allé à l’entrée pour distribuer des bracelets aux gens qui arrivaient et personne ne savait que c’était lui le chanteur (nous non plus d’ailleurs, on l’a su quand on l’a vu sur scène) !). Et quand ils te reconnaissent et ben tu discutes normalement. Des fois, il y a des ados qui arrivent et qui sonnent l’alarme et tout, c’est un peu chiant mais ça va, les gens sont jamais agressifs.

Le concert débute...
Le concert débute…

LBB : D’ailleurs, on est arrivés par l’entrée principale et c’est assez incroyable tous les groupes d’ados !

F : Hum ouais, les ados… Mais tu vas voir le public est super mélangé, c’est assez cool. Mais les ados, c’est toujours ceux que tu vois le plus car c’est ceux qui crient le plus, qui mettent le plus d’ambiance. C’est ça qui est cool d’avoir un public mélangé et notamment avec des ados et post-ados, c’est qu’ils sont chauds ! Ils foutent le bordel et ça c’est super cool. T’as un peu des nanas qui pleurent un peu devant, c’est arrivé, mais c’est pas la majorité. Souvent ils sont chauds. Et il y a plein de gens qui dénigrent ça et je trouve ça absolument inélégant. Genre : « C’est un groupe à ados ». Nous on est contents d’avoir ces gens-là qui nous suivent.

LBB : Ça fait combien de temps que vous existez ? Le collectif ?

F : On a commencé à bricoler dans nos chambres avant que ça s’appelle Fauve, il y a 4-5 ans. Ça fait 2 ans – 2 ans et demi qu’on fait des concerts vraiment. Et que c’est parti dans les tours.

LBB : De ce qu’on voit ou entend, il n’y a pas que le groupe dans le collectif ?

F : Non, il n’y a pas que la musique. Même sur scène, il n’y a pas que le groupe, car il y a de la vidéo et le vidéaste est sur scène. On est six sur scène.

... prend son envol...
… prend son envol…

LBB : Vous êtes beaucoup dans le collectif Fauve Corp ?

F : Non, on est 20. Sur scène, c’est le noyau dur du « corp », mais il y a plein qui sont par là, dans les stands, qui sont aux t-shirts. Ça tourne. Un est au t-shirt, après il fait des images, enfin tu vois.

LBB : Tout le monde a un intérêt artistique ?

F : Ouais mais il y a des mecs qui sont dans le « corp » qui écoutent pas Fauve du tout. D’ailleurs moi j’écoute pas vraiment… Euh mais parce qu’ils sont là pour l’aventure, pour l’amitié. Mais tout le monde valide un peu ce qu’il se passe.

LBB :  Quelles sont vos influences, pas que musicales, mais en général ?

F : Je réponds souvent à cette question de la même manière. C’est en termes de façon de travailler. D’ailleurs c’est la même chose pour la vidéo, c’est le même travail, ça s’apparente beaucoup à ce qui se fait dans le rap. Sauf que nous, nos influences, c’est pas qu’il y en a pas, mais notre priorité c’est d’exprimer ce qu’on ressent. Donc nos influences, c’est ce qu’on vit, ce qu’on voit autour de nous. Et j’ai trouvé une formule très classe pour le dire. On est très peu dans la fraction, comme dans le rock. On est pas là-dedans, on est dans une recherche, dans une démarche thérapeutique des chroniques de notre vie. Je sais pas pourquoi d’ailleurs. Mais nos influences c’est notre vécu, notre vie. Vraiment. C’est con à dire. Mais du coup ça peut passer par un film, un bouquin, un parcours. On est autant influencés par Aimé Jacquet que par Depardieu, que par mon oncle qui est charpentier de marine. C’est plus des parcours de vie, car c’est toujours elle qui nous intéresse.

... et finit en apothéose avec Les Hautes Lumières.
… et finit en apothéose avec Les Hautes Lumières.

LBB : Du coup pour le rap, ça vient de là, le fait que les textes soient dits plutôt que chantés ?

F : Un peu.

LBB : Vous avez grandi dans les années 90 ?

F : Ouais. Du coup, on a écouté du rap étant jeunes et puis après du rock. Mais maintenant on écoute quasiment que du rap.

LBB : Français ?

F : Les deux, un peu de tout. Finalement pour la question des influences, elle devrait être posée différemment : qu’est-ce qui vous anime ? Quel est le réservoir ?

LBB : Du coup, c’est la vie ?

F : Ouais c’est la vie, comme dans le rap, on dit ce qu’on voit. Pas de recherche de faire comme tel ou comme tel. Un peu sur les instrus, genre « tel son de tel groupe, il est mortel » et souvent ce sont des trucs de rap. On écoute ça et on se dit qu’on aimerait faire la même chose. Tel son de guitare, telle batterie. Finalement, on mélange nos influences sur la musique, les textes et les vidéos.

LBB : Et sinon, ça se passe bien ? Vous kiffez tout ce qui vous arrive ?

F : Ouais clair. Franchement ouais. Ça reste crevant mais ouais.

LBB : Le changement de vie, il doit être assez incroyable quand même ?

F : Ouais, le rythme, les gens. Quand tu reçois tout ça, tu te dis « Est-ce que je mérite ? », mais après tu relativises, tu te dis que t’es pas Stromae. Tu vis ta petite aventure. C’est gros, mais l’autre jour y’a un technicien qui nous disait qu’il avait travaillé sur la tournée de Star Academy et ils remplissaient 9 fois ça d’affilée (ndlr : l’Arena de Genève). Nous là, y’aura 4000 personnes.

Une des fresques fauves du Village.
Une des fresques du Village, inspirée des titres Blizzard et Nuit Fauve.

LBB : Bon, vous êtes qu’au début aussi…

F : Ouais mais pour nous c’est déjà…

LBB : Vous pouvez que aller plus haut.

F : Que allez plus haut ? Je vois pas ce qui pourrait être plus grand après.

LBB : Le stade de France !

F : Euh, non. Déjà que c’est compliqué, on est en train d’apprendre à organiser tout ça, les dates, aller chercher les gens dans le public. Dans les festivals, c’est différent car les gens sont plus dans un mood un peu festif. Là les gens, ils sont assis, il y a des gradins. C’est cool, ça nous donne une belle perspective d’aller chercher les gens plus loin. Mais on va pas se plaindre en tout cas.

LBB : Avec Vieux Frères (ndlr : leur premier album, en deux parties), c’est terminé ? Pas de partie 3 ?

F : Non, c’est terminé. Je pense qu’on va faire une pause, une très grosse pause. On va faire une longue pause et on verra ce qu’on fera. On sait pas si Fauve va repartir. On a pas envie de gâcher ce truc-là non plus en en faisant une routine. On a envie de se poser.

LBB : Prendre des vacances ?

F : Prendre des vacances, mais les vraies tu sais. Où on pense plus à Fauve.

LBB : Ouais, celles où tu bosses plus en fait.

F : Ouais. En même temps, je pense qu’on va tourner en rond super vite, nous connaissant. On va avoir envie de faire autre chose, mais ce sera peut-être pas Fauve. Je pense pas.

LBB : Et comme vous êtes indépendants, vous avez le luxe de pas avoir un producteur qui vous demande des comptes derrière.

F : Ouais, on a pas de contrat ou comme un truc comme ça, mais après faut le gérer. Tu dois avoir une rigueur avec les plannings, c’est pas aussi évident. Bon, on est bien organisés, dans le noyau dur de Fauve. Du coup, ça roule bien maintenant. Ça a mis du temps, mais là c’est bon. Le bassiste gère le management, le planning, les mails. Le guitariste, la compta. C’est cool ça. Du coup, personne ne se marche dessus, ça marche bien.

LBB : Merci Fauve pour cette interview c’était bien sympa de discuter avec vous !

Puis, retour au “village” pour profiter de la soirée, se gaver de barbe à papa, de bière, de bonne humeur et de musique. Et quelle musique ! Un concert rageur et doux à la fois, quelque chose de nouveau et de revigorant. Mais c’est une autre histoire. Une histoire que tous pourront découvrir au prochain Paléo, puisque Fauve seront sur scène le samedi 25 juillet.

Et en bonus, le clip de leur dernier titre, en passe de devenir leur hymne, Les Hautes Lumières :

 

Photos© 2015, Cécile Vuillemin, Lausanne Bondy Blog

Photo de couverture ©2014, Fauve Corp

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.