Electrosanne, c’était comment ?

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Electrosanne s'est tenu la semaine passée dans une ambiance électr(on)ique, et le LBB y était. Retour sur un week-end festif aux ambitions démesurées.
L'opening party au Mad
L’opening party au Mad

Si, comme le dit Hugo dans Quatre-Vingt-Treize, « une idée fixe aboutit à la folie ou à l’héroïsme », Electrosanne est par définition héroïque. Sans idée fixe, comment, pourquoi dépenser autant de peine, de temps, d’énergie nécessaires à la réalisation de cette énorme free-party (disons plutôt freemium, nous y reviendrons) ? L’événement, par son ambition, par sa générosité, par, aussi, la gentillesse et l’efficacité de son staff, s’est avéré particulièrement sympathique, malgré quelques petis hoquets propices à faire bicher les grognons que nous sommes.

En effet, une opening dans le club le plus mythique de la ville, deux jours avec une cinquantaine d’artistes et deux places lausannoises entièrement investies, et une journée de clôture en forme de comedown minimaliste à la Datcha, l’ambition de Fayabash, l’assoc’ responsable du festival, est évidente. Et pour quel résultat ? N’étant moi-même qu’un sympathisant (certes enthousiaste) de la musique qui s’écoute avec les pieds, je n’ai pu que m’incliner devant les jeunes (et moins jeunes) talents et l’éclectisme de la sélection. Sans parler – ne boudons pas notre plaisir – de la satisfaction indéniable de faire la fête avec un public nombreux, ouvert et pas en reste de l’esprit festif – fait d’autant plus remarquable que Lausanne est peu coutumière du monde du clubbing, mort et enterré depuis une bonne décade, et dont le dernier outrage en date a été la fermeture du Loft il y a peu.

Parlons aussi du set lumineux de Nightwave, jeune DJette anglaise d’origine slovène, qui nous aura fait danser dans tous les sens avec une sélection riche en grosses basses qui tachent, mais sans jamais verser dans un bourrinage de mauvais aloi. Même les plus réfractaires d’entre nous ont été forcé-e-s de reconnaître que décidément, il suffit d’un peu de nouveauté pour faire s’envoler les booties. La pluie n’avait pas encore commencé, mais nous sommes sorti-e-s en nage.

Place de l'Europe, vendredi avant la nuit.
Place de l’Europe, vendredi avant la nuit.

Cependant, un léger malaise a commencé à m’investir vendredi soir lorsque, forts de notre partenariat LBB-Electrosanne, Joël et moi-même nous sommes présentés aux portes de l’abc pour aller couvrir un set promis par le programme comme éminemment dansable (et par conséquent sympathique), les videurs nous ont déclaré que décidément non, nous n’avions pas le droit d’aller danser. Un passage au guichet presse plus tard, où nous avons été reçus avec une gentillesse et un professionnalisme qui nous ont fait chaud au cœur, et nos bracelets de festivaliers se transformaient en précieux sésames nous ouvrant enfin les portes de l’ancien cinéma, et au set tant convoité. Un moment précieux, pointu et dansant, qui nous a réchauffés malgré l’orage, et puis quoi ! on était là pour shaker nos booties…

Le lendemain, notre emploi du temps de journalistes-stars ne nous permet pas d’assister à la version jour du festival (en vérité, une virée pour Nox Orae à La-Tour-De-Peilz, virée d’ailleurs totalement ruinée par un orage apocalyptique qui a tout enrhumé mon valeureux comparse). Qu’importe, une fois séchés plus ou moins entièrement (j’ai quand même dû lui prêter un calbuth), c’est requinqués par le Dalhwinnie que nous sommes repartis plus motivés que jamais à l’assaut d’un festival pour lequel nous avions la ferme intention de ne pas tarir d’éloges.

Patatras ! le D! n’accepte plus les nouveaux arrivants, quand bien-même fussent-ils munis du fameux bracelet du festival. Le club serait-il victime de son succès ? Evidemment, les Australiens de Pendulum sont un peu plus populaires que certains autres invités du festival … Peu importe, nous manquerons Pendulum pour nous rabattre sur un autre club, sans doute plus accueillant pour les festivaliers…

Au Romandie, personne n’entre.

A l’abc, personne non plus. Les clubs sont pleins. Nous espérons qu’Electrosanne a fait son beurre sur les entrées des clubs partenaires, mais aucune des soirées n’est accessible sur le point de vente des billets du festival. Nous nous demandons si la répartition des recettes ne suivrait pas un ridicule « chacun pour soi » qui ne profiterait qu’aux clubs… D’autant que contre toute attente, le public croisé, que ce soit au MAD le jeudi, dans les clubs le vendredi ou dans les files d’attente le samedi, semble être simplement le public habituel de chaque club.

2013-09-06 20.54.25
Place Centrale, vendredi avant la pluie.

Il serait tentant, pour un lecteur, pour une lectrice un peu maligne, de prendre cet article pour la simple frustration d’un « journaliste » un peu blessé de ne pas avoir bénéficié d’un traitement de faveur. Entendons-nous bien : le Lausanne Bondy Blog couvre les événements avec ou sans invitation, tou-t-es nos bloggeuse/r/s sont bénévoles, et lorsqu’un événement est payant, il n’est pas rare que nous en soyons de notre poche.

Le problème ne se situe d’ailleurs pas au niveau de l’organisation du festival, impériale à chaque contact, mais ces passes que nous avons reçus pour le festival, ces bracelets verts censés nous offrir l’accès à toute la programmation d’un festival que nous ne demandions pas mieux que d’aimer inconditionnellement, étaient strictement les mêmes que ceux des festivaliers, des festivalières, de notre lectorat, c’est-à-dire la foule curieuse et clubbeuse à laquelle Electrosanne semblait vouloir s’adresser.

C’est-à-dire qu’en tant que festivalier, en tant que festivalière, toi, lectrice, toi, lecteur, n’avais pas le droit à tout ce qui était au programme. Si tu voulais aller à l’abc vendredi, il te fallait aller réclamer au stand. Si tu voulais organiser ta soirée samedi, il te fallait choisir soigneusement le club dans lequel tu commençais ta soirée, car ton passe festival ne te donnait pas plus de droit pour panacher ta soirée que n’importe quel autre samedi soir à Lausanne, et il t’aurait fallu affronter la pluie durant en tout cas 20 minutes avant d’espérer changer (sous réserve de la bonne compréhension des Securitas du code couleur des bracelets, ce qui n’était pas une mince affaire). Nous doutons du fait que les clubs lausannois ne pouvaient se permettre de réserver quelques places pour les festivaliers, qui ne semblaient pas si nombreux…

Jean Nipon concentré sur ses beats à l'abc.
Jean Nipon concentré sur ses beats à l’abc.

Alors, que dire d’Electrosanne, au final ? Tout d’abord, il faut dire, et nous l’avons vu lorsque nous avons interviewé Gallien la semaine passée, que c’est avant tout une affaire de passionnés de cette musique, celle qui ne s’écoute qu’en dansant et qui mérite une place de choix dans une ville aussi jeune et dynamique que Lausanne. Que le staff du festival a été de bout en bout impérial, sympathique, et efficace, même pour le petit média associatif que nous sommes, et que nous leur en serons reconnaissants tant que nos baskets fluos ne seront pas usées par l’âge et les abus. Que la sélection des artistes a permis une réelle immersion dans la culture EDM (electronic dance music), raclant large sans faire de compromis (l’un des points forts du festival restera pendant longtemps Oram Modular jouant French Kiss de Lil Louis – le premier morceau de house à avoir fait bouger mes petits pieds de préado, il y a de cela tant d’années – sur une place de l’Europe bigarrée). Mais, et nous pouvons en revenir à Hugo, une idée fixe verse soit dans la folie (des grandeurs), soit dans l’héroïsme.

Et c’est là, à notre humble avis, que le bât blesse. Dans un contexte aussi peu propice à la fête que Lausanne en 2013, où la municipalité, rappelons-le, a courageusement décidé de déléguer la responsabilité desdites nuits aux gérants de boîte, qui cartent systématiquement les fêtard-e-s (pour leur nationalité ? leur âge ? quelque chose d’encore moins recommandable ?), réintroduire la culture club, ne serait-ce pas avant tout se limiter un peu ? Trouver un lieu, une soirée, quelque chose d’ouvert à tou-te-s, sans restrictions, payant ou pas, là n’est même pas le problème ? S’échapper du diktat de clubs à mille lieues de ce qu’est la culture EDM (les free parties, bordel, c’est eux qui ont inventé ça !) pour proposer un espace ouvert, incluant, où celles et ceux qui sont présent-e-s sont bel et bien là pour profiter de ces sons si mal représentés par ces mêmes clubs, sans être considérés comme des sardines à faire tenir coûte que coûte dans une conserve aux dimensions limitées ?

Garder le contrôle d’un festival par des passionnés et pour des passionnés (ou pourquoi pas pour des gens qui ne connaissent pas et qui voudraient quelque chose de différent), à l’heure où tout le monde semble se demander que faire des gens le samedi soir, sans jamais voir plus loin que le bout de leur porte-monnaie. Alors continuez, Electrosanne, mais ne cédez pas aux sirènes du toujours plus grand. Naviguez votre idée fixe, rappelez à notre petite ville ce que c’est de danser, et montrez-vous les garants d’une culture qui ne demande qu’à séduire à nouveau. Ne serait-ce pas là le véritable héroïsme ?

5 Responses

  1. mum48
    | Répondre

    Très bien, il fallait que ce soit dit,
    dont acte.

  2. Rochat
    | Répondre

    Big Up !!!! Wonderful !!!!!

  3. Benoît Gaillard
    | Répondre

    L’article est très intéressant, surtout pour qui, comme moi, n’a pas pris part à Electrosanne cette année.
    Je m’étonne cependant de deux choses dans cet article. Tout d’abord, je trouve étonnant de considérer que la Municipalité de Lausanne aurait décidé de “déléguer aux gérants de boîte” la responsabilité des nuits. Il me semble que c’est le contraire qui s’est passé: jusqu’il y a peu, on se contentait de laisser faire les boîtes, la police n’intervenant que tout à la fin, au bout du tuyau, quand la situation avait déjà dégénéré. Je ne rappelle pas les bagarres de l’été 2012, dont j’ignore si elles étaient purement conjoncturelles, mais je pense qu’on pouvait constater à de nombreux endroits que les autorités, précisément, laissaient les clubs faire exactement ce qu’ils voulaient, que cela implique d’être sous-doté en personnel, de tolérer le trafic et la consommation ostensible de drogue, etc. Le changement de philosophie me semble justement consister à reprendre un peu la main, et à s’immiscer dans les affaires des discothèques, ce qui est une façon de remonter (un peu) la chaîne de causalité. En discutant, au cas par cas, des concepts de sécurité impliquant des accords sur les effectifs, sur les contrôles à l’entrée, sur les armes, etc., mais aussi en renchérissant (un peu, 75.-/soir) la prolongation d’horaire jusqu’à 5h du matin, la Municipalité a usé de sa (petite) marge de manœuvre, jusque-là peu employée. A ceci s’ajoute une présence policière à pied renforcée, des agents de la brigade des mineurs présents en ville les soirs de week-end… Et de l’autre côté, une avancée importante: la possibilité, sous réserve d’un changement (qui s’annonce imminent) de la loi cantonale, d’ouvrir jusqu’à 6 heures du matin en ne servant plus d’alcool la dernière heure. Je passe sur d’autres mesures encore. Pour moi, nous avons affaire à une immixtion forte dans un secteur qui avait montré sa difficulté à se réguler lui-même, bien plus qu’à une “délégation”.
    Mais venons-en au deuxième point, qui me semble plus porteur d’idées et de projets. Si je comprends bien, Electrosanne est victime de son succès, et les nombreux partenariats avec des discothèques ne sont pas très convaincants. Vous en appelez donc à un retour de la “culture club”, mais je saisis quelque chose de contradictoire (et peut-être me trompé-je): vous conseillez au festival de savoir “se limiter”, mais en même temps vous souhaiteriez un espace illimité, accessible à tous sans aucune restriction. Là, je peine à vous suivre. S’agirait-il d’un lieu gratuit? Non plus, vous dites que ce n’est pas le facteur discriminant. Intéressé au devenir de Lausanne et convaincu que ce devenir se construit non pas contre, mais bien avec la vie nocturne, j’aimerais mieux comprendre de façon à pouvoir, pourquoi pas, favoriser l’émergence de lieux susceptibles de répondre à ce cri du cœur. Y en a-t-il des exemples? De qui, de quoi peut-on s’inspirer?
    Merci d’avoir lancé le débat d’une façon un peu plus fine que ces quelques boîtes aux revendications ultra-libérales qui trustent le discours public des noctambules.

    • Arnaud
      Arnaud
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      Je vous accorde volontiers le fait que vous avez effectivement augmenté quelque chose dans les clubs (que vous appeliez ça « sécurité » me gêne un petit peu, j’aurais préféré « ordre »). Le problème, c’est que ce “peu de marge de manœuvre”, que je vous accorde volontiers aussi, me semble avoir les défauts de ses qualités. Dans les faits, les petits clubs ont déjà diminué le cachet de certains leurs DJ résidents, et comme vous dites, 75.- par heure, ce n’est pas énorme, mais ajoutez à ça le besoin de plus de personnel (et pourquoi faut-il que ce soit toujours plus de Securitas et de police, pourquoi pas des intervenants sociaux, des médiateurs, un peu de prophylaxie, quoi). Mais considérez la frilosité (et une certaine mauvaise foi, et tout ce que vous voulez) actuelle des grands clubs, ceux qui ont les moyens de payer plus, dont le seul intérêt (on le voit à travers le groupe Facebook que vous citez presque) est de créer des espaces fermés à tout ce qui ne se conforme pas à leur vision propre de la fête (en gros, il veulent des gens propres sur eux avec des porte-monnaie pleins, à qui ils offriront un espace où ils pourront faire à peu près ce qu’ils veulent). Electrosanne de nuit, c’était un concentré de ça, aussi, alors que la fête au départ était joyeuse, sans bornes, et où nous avons vu des gens s’amuser avec nous que jamais ne nous ne croisons, nous autres trentenaires replets.
      N’oubliez pas que seuls ces clubs, seuls ces endroits peuvent décider de rester ouverts tard le soir, et donc, in fine, de qui aura le droit de danser. Quiconque ne se conforme pas à leurs standards, aura affaire à un ou plusieurs Securitas, dont la majorité ne sont pas franchement formés à la diplomatie ni même, à la courtoisie la plus basique. J’en prends pour témoin le fait que lorsque récemment j’ai demandé à l’un d’eux pourquoi, alors que je voulais simplement entrer boire un verre, tout barbu et ventripotent que je suis, pas exactement le profil d’un moins de 18 ans, j’ai obtenu pour réponse « parce que je le fais ».
      Ce n’est qu’un exemple, j’en conviens, qui ne veut pas dire grand’ chose. Mais je ne peux, au fond de moi, m’empêcher de penser que la violence si décriée par les médias, cette violence qui cause des bagarres et des vitres brisées, guère plus , si donc cette violence ne vient pas aussi de ce mépris, de la méfiance, défiance, des propriétaires vis-à-vis des fêtards. Et cette méfiance, cette défiance, sont tout aussi violentes que quelques bagarres, et elles vont toujours dans le même sens (vous m’avez dit récemment ne pas vous faire contrôler quand vous sortez, mais mettez-vous à la place d’un plus jeune, peut-être moins propre sur lui ou moins sage). Le message de la municipalité, à travers son action récente, n’a pas été de dire « on va faire plus confiance aux fêtards », mais à dire « on va faire moins confiance aux clubs », ce que ceux qui en avaient les moyens n’étaient que trop heureux de faire, au détriment une fois de plus des fêtards.
      Et je vous accorde volontiers que ce n’est pas entièrement votre faute, mais je peine à voir les améliorations lorsqu’au lieu d’établir des stands d’info et d’ouvrir le dialogue avec ces jeunes qui boivent avant l’âge, et qui se droguent, vous ayez décidé de donner plus de moyens à les sortir de la fête, à coup de Securitas et de policiers. C’est triste, je trouve, et contre-productif dans la mesure où vous ne voulez pas non plus que les gens fassent la fête dehors (puisque l’un des effets de cette loi est de fermer les petits commerces pour éviter que les gens ne boivent). Alors où irons-nous ? Pas chez nous, les voisins se plaindront.
      Dans votre deuxième point, vous me demandez une solution, et évidemment je vais échouer à vous convaincre, je n’ai pas la vision globale nécessaire, mais j’aimerais suggérer quelques pistes, faites-en ce que vous voudrez. C’est d’autant plus difficile pour moi d’énoncer un projet que j’ai entendu certains contre-arguments à votre projet à me faire bondir hors de mon siège, notamment que « nos parents se sont battus pour qu’on ait le droit de faire nos courses jusqu’à 22 heures ». Mais rêvons un instant. J’ai lu qu’à Berne, par exemple, un grand local avait été réservé par la municipalité pour organiser notamment des soirées réservées aux 16-18. Là il y a quelque chose de bien, je trouve. Et oui il y aura des bagarres, oui il y aura des ados bourrés qui feront n’importe quoi, mais avec suffisamment de dialogue (je suis sûr qu’il y a des tas de jeunes qui seraient prêts à s’impliquer là-dedans), et surtout de temps, d’ajustements, de vision à moyen terme, et donc de persuasion, de temporisation, de critiques, et tout ce qui fait que la gauche perd un peu partout en général, mais qui en fait les défenseurs du peuple, de tout le peuple, il y aurait moyen de faire quelque chose de bien, de le faire durer jusque tard, etc. Et si ça marche, pourquoi ne pas généraliser un peu cet esprit et faire des choses pour les moins jeunes ? Trouver des endroits bien desservis par nos TL où presque personne ne vit (je pense au quartier des Docks, par exemple). Pour ça, il faudrait un budget solide, mais on a la taxe sur le divertissement, ici, on en a des entrées d’argent, alors profitons-en pour faire avancer une culture populaire qui aujourd’hui est laissée aux mains d’intérêts privés dénués d’ouverture d’esprit et de vision.

  4. Benoît Gaillard
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    Bon… alors avez retard, et puisque les “états généraux de la nuit” ont vécu leur première soirée mercredi passé, je vais tenter une petite réponse. Par points.
    –Excusez-moi, mais je n’entre pas en matière sur les discours victimaires du genre “des clubs ont réduit le cachet de leur DJ en raison de l’augmentation de 75.- de la taxe de prolongation”. C’est du grand n’importe quoi. Le DJ est un employé de son club, ou un mandataire indépendant. Le prix est un résultat de ce qui se passe sur ce marché particulier: qui offre quelle prestation, qui demande quelle prestation, est-ce que les DJ sont organisés pour éviter le dumping, est-ce que les clubs acceptent de respecter des règles de base pour rémunérer correctement, etc. Si le gérant de club répercute sur le seul DJ une part suffisamment importante pour être remarquée (25.-? 50.-? 75.-?) de ces frais supplémentaires, c’est parce qu’il fait l’analyse que c’est là que ça lui fait prendre le moins de risques (par contraste avec une surtaxe de, disons, 0.50 ou 1.- sur chaque boisson, ou une réduction de sa marge, ou une augmentation du prix d’entrée). Acceptons – vous le soulignez suffisamment plus loin dans votre commentaire – que les clubs sont des sociétés comme les autres.
    –Vous avez parfaitement raison de souligner que ce qui a été dit et colporté à propos des nouvelles mesures les dépeint avant tout comme étant de type encadrant – je ne dirais pas répressif. Malheureusement, le travail des médias masque lamentablement le fait que la Ville de Lausanne mène bel et bien de front plusieurs actions. Rappelons ici qu’elle dispose d’une brigade de la jeunesse dans sa police – à la différence de la police cantonale, qui n’a qu’une “brigade des mineurs”. La nuance est de taille, car les policiers lausannois de cette brigade font tous les soirs de week-end des tournées de prévention (http://www.lausanne.ch/lausanne-officielle/administration/logement-et-securite-publique/police-de-lausanne/la-police/une-enquete/brigade-jeunesse.html) et assurent un suivi des jeunes potentiellement “à problèmes” qui est assez largement reconnu. Par ailleurs, le soutien de Lausanne à différentes équipes de prévention qui tâchent d’être présentes au sein de la nuit ne s’est jamais démenti. Encore récemment, O. Tosato et G. Junod visitaient Zurich et en tiraient une inspiration intéressante: les SIP, des brigades de prévention nocturnes (http://www.24heures.ch/vaud-regions/lausanne-region/travailleur-sociaux-pacifier-nuits/story/10015374). Un dernier élément: une immense enquête pour améliorer la connaissance des comportements nocturnes est en cours. L’idée est bien de renforcer, surtout, l’efficacité de la prévention (http://www.nightlifevaud.ch/#ad-image-13).
    –Faire confiance aux fêtards… Je confesse: je ne sais pas ce que ça veut dire. J’ai simplement une conviction intime, qui est probablement idéologique: lorsqu’on parle de phénomènes de masse où plusieurs drogues tiennent une place importante, il est rarement possible de s’en tenir à l’auto-régulation. Alors oui, de la confiance, pourquoi pas, mais la confiance a quand même besoin d’un objet déterminé. Je crois qu’en soutenant le Bourg ou le Romandie, en ayant d’excellentes relations (à ma connaissance) avec un lieu comme la Datcha, la Ville sait faire confiance… Lorsqu’elle interdit malheureusement un concert de punk au LUFF, la Municipalité fait même, après coup, amende honorable, reconnaissant son erreur. Zurich, récemment, a “légalisé” les fêtes à l’extérieur. Derrière cette mesure apparemment libérale, pas mal d’exigences: s’annoncer à l’avance, donner les coordonnées de quelques organisateurs, nettoyer correctement sous peine d’amende, accepter les contrôles inopinés. Je ne sais trop qu’en penser. Moi, personnellement, je préfère une ville où les festivals et les événements de quartier fleurissent à une ville où le bótellon est l’horizon dernier de la liberté de faire la teuf. Je ne vous accuse pas, je profite juste de m’énerver contre les néo-libertaires de la picole. Mais je m’égare. De ce point de vue l’exemple bernois que vous citez est alléchant, mais actuellement ce n’est qu’une vague intention de lancer un projet-pilote… Alors je constate juste qu’à Lausanne, avec des bars ouverts quasiment tous jusqu’à 2h le week-end et quelques boîtes pluralistes un peu subventionnées, on est probablement quand même pas loin de la pointe au niveau romand en termes de diversité de l’offre.
    –Et puis, ici comme ailleurs, on a un problème de niveaux institutionnels et de cohérence des discours. Oui, Lausanne a un impôt sur les divertissements, mais il ne rapporte pas grand-chose, hélas, une fois rapporté à tous les frais qu’engendre la situation d’être une grande ville au centre du canton. Il y a les coûts de police, mais il y en a de nombreux autres, et la politique culturelle, pour ne citer qu’elle, n’est de loin pas financée par cet impôt (il ne rapporte “que” 5-6 millions, à rapporter à un budget de la culture autour de 60 millions). Et tout à l’autre bout, une droite, majoritaire au niveau fédéral, qui refuse la moindre régulation de la consommation d’alcool, qui refuse de financer la prévention, qui refuse toute restriction de la vente. Alors votre lieu nocturne idéal, je veux bien aider à le construire, mais je crains que nos efforts soient partiellement vains tant “les jeunes” que vous évoquez trouveront des bouteilles de vodka à 10 balles au supermarché. L’alcool tout le temps et partout pour trois fois rien est probablement le meilleur allié du tout-répressif pour rendre la “confiance” définitivement impossible.
    –Alors voilà. Nous tentons une voie médiane avec des compétences limitées: poser un cadre et faire en sorte que tous le respectent. Tu peux tenir une boîte, mais pas n’importe comment. Tu peux ouvrir tard, mais il y a des conditions (et un prix). Tu peux faire la fête, mais pas n’importe comment. Tu peux te saouler la tronche, mais si possible pas racheter une bouteille pas chère à 22h quand tu est déjà bourré. Et tu peux monter un espace associatif (c’est tout l’histoire du Romandie, mais aussi de la tolérance historique vis-à-vis de l’espace autogéré, successeur de la Dolce) et avoir du soutien, mais on va pas tout faire pour toi! Donc, l’appel est lancé…

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