Du droit au pet

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...ou comment un louveteau peut faire basculer une vie.

Salut, le jeune! C’est moi, Yann Marguet, le chroniqueur aérien du Lausanne Bonty Blox! Fidèle à la volupté que j’incarne habituellement, je vais aujourd’hui te parler d’un sujet qui va foncièrement nous rapprocher, toi et moi: tes pets et leurs corollaires. A l’aide d’un scenario illustratif habilement construit, tu te rendras compte séance tenante que la libération gazeuse est oppressée depuis des siècles (j’en sais rien, en fait) et que l’absurdité du monde n’a d’égal que la trépanation d’un sugus cuit dans sa graisse. Alors, à moins que tu ne sois une Gaffette, une part de clafoutis ou Vladimir Poutine, c’est à dire l’une des trois entités ou groupuscules reconnus comme officiellement “non-pétantes” par l’UFSB, écoute ce qui suite. Toute ressemblance entre ce texte et l’humour de Jean-Marie Bigard ne serait que pure coïncidence.

Tu es de sortie ce soir, mon jeune, et ça se voit! Qu’est-ce que tu es beau! Ta coupe mullet taillée au poil de cul nous rappelle les plus beaux exploits de la Mannschaft 86’… Hmm… Et ce duvet si moelleux, que tu laisses en friche sur ta lèvre supérieure, me donne envie de m’y étendre et d’y somnoler paisiblement, la nuque calée sur un furoncle bien mûr… Allez, dépêche-toi d’enfiler tes frusques griffées de marques latines et grimpe sur ta bécane, petit malandrin. Alors que ton péteux débagué chie des bulles à 45 sur la cantonale, direction downtown, tu es saisi d’un doute… Les filles sont chaudes à cette période de l’année, et un homme de quinze ans comme toi, au climax de sa sexualité, ne peut se permettre de sortir sans avoir pris de quoi se couvrir. Une pression rapide sur la poche arrière de ton slim coupe court à toute inquiétude. Elle est là, dans son emballage, et ce soir c’est sûr, elle va enfin servir… Tonight’s the night.

Après une bonne flammenküche strasbourgeoise et une colonne de dix litres aux Brasseurs (endroit que tu vénères on ne sait trop pourquoi car tu t’y fais enfler puissamment à chaque fois que tu t’y rends), toi et tes petits camarades errez dans les rues de la city, canettes à la main, avec l’espoir fou de pouvoir rentrer dans une discothèque. Quoique toi, mon jeune, tu en tires une tronche, depuis un moment! Tu ne participes plus aux blagues et aux échanges d’opinions salées sur la race ou sur la mère d’untel ou d’unetelle. Ton rire cristallin ne retentit plus comme à la grande table du bistro… Oh, mais je la connais cette démarche hésitante. Je le saisis ce visage crispé. TU AS LA CH’TOUILLE, mon brigand! A faire du houblon, de la crème, des oignons et de la saucisse, les ingrédients d’une soirée réussie, on finit fatalement par récolter quelques bricoles. Crois en mon expérience, mon copain, ce n’est pas la dernière fois que tes jeunes intestins te jouent des tours. Tu es néanmoins ici au tournant de ton existence.

Tu l’apprendras dans le futur, fiston, le fin du fin d’une bonne relation avec autrui, c’est de parler de cul ou de caca. On aspire tous à ça, hormis les trois catégories déjà mentionnées (cf supra §1). Et encore, la légende raconte que la Gaffette Rosa est une vraie petite gorette. Quoiqu’il en soit, tu verras, on lance toujours le même protocole, on se donne des grands airs, on s’admire, on se jalouse, le tout à coups de “et toi, tu fais quoi dans la life?” et autres subterfuges visant à masquer un but tabou mais pourtant bien FUN: causer de ses fesses et de ses fèces. Ecoute-moi je te le dis, aussi pincé puisse-t-on être, on ne se marre jamais autant que quand quelqu’un raconte une anecdote à base de vomi, de fiantes, ou de tout ingrédient plus ou moins sordide, tant que celui-ci reste hors du champ pénal. Pour cette dernière catégorie, il y a les vannes dites “du second degré”, mais, malheureusement, tu n’en es pas encore doté.

Pourtant ce soir, tu es grise mine, tu es triste sire, tu es drapeau en berne en raison de ce mal de bide. Vous aviez pourtant tant rit quand Michel avait pété dans l’oreille de Stéphane, à la soirée Yu-Gi-Oh l’hiver dernier. Mais là, non. Là, il y a quelques bourrés qui pissent dans les recoins du parc où vous flânez. Ici, il y a les copains, mais ils sont plus sérieux que lors de vos soirées à thèmes. Et puis,  la ravissante Cora et ses copines vous ont rejoints… Cora à cause de laquelle tu t’es fait un sang d’encre sur la selle de ton boguet, il y a quelques heures. Car c’est à elle, finalement, malgré cette capote de lover dans ta poche, que tu as envie d’offrir ta petite fleur.  Et dire qu’il suffirait d’un ou deux pets standards, d’une bonne grosse ruine ou de quelques louisettes pour changer totalement la physionomie de ta fin de soirée qui s’annonce cauchemerdesque. Mais, tu ne peux pas, mon jeune, la société te l’interdit. Cette socialisation de débiles, qui a fait des choses de la vie des tabous contre-nature, infranchissables dans la vie publique, t’empêche en ce moment même de vivre pleinement ta nuit de fête pour des raisons futiles, créées de toutes pièces.

Le droit à la libération gazeuse est une cause perdue, mon tout petit. Si tu vesses maintenant, Cora te prendra pour une espèce de crétin un peu crado jusqu’à ce que vous vous perdiez de vue… et ne vous retrouviez jamais. Si tu ne le fais pas, elle sera tienne dans trois ans et vous jouerez à secouer la couette le dimanche matin pour faire remonter les mauvaises odeurs. Paradoxal, non? Si tu vesses maintenant, tu subiras les quolibets de tes copains et l’étiquette du franchouillard, ascendant dégueu. Tu seras stigmatisé, commenceras à manger énormément de fromage pour renforcer ton personnage, deviendras très laid et égorgeras quelques chats, à l’occasion. Si tu ne le fais pas, tu resteras cool dans les contextes où le pet n’est pas considéré comme déviant, et une chose en amenant une autre, capitaine de l’équipe de foot de ton lycée. Si tu vesses maintenant, même l’anodin pochetron du parc, s’il te reconnaît, pourra t’adresser une remarque déstabilisante ajoutant à ton désarroi. Et une barrette de plus à ta jauge de désarroi… c’est une barrette en moins dans la jauge de chatons de l’univers, ne l’oublie pas.

Quelque soit ta décision, n’oublie pas que des milliers de personnes se retrouvent chaque jour dans ta situation. En 2006, plus de 60’000 foyers ont vu leur vie bouleversée par un gaz intempestif, ressenti comme hostile par le grand oeil social. Ces statistiques font peur et ne poussent pas, bien entendu, à prendre des risques intestinaux inconsidérés. Mais ces chiffres importants doivent également faire prendre conscience à la population que la création d’une fronde massive est  concevable et que, sous l’égide d’un leader, que tu pourrais toi-même être si tu dissimules ton penchant pour les chats décédés, le droit au pet n’est peut-être plus une utopie.

Yann Marguet

Yann Marguet

  1. Avatar
    Djibril
    | Répondre

     Encore du grand Marguet, caramba!

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