DROP 2 : l’art urbain partout et pour tous

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Pour sa deuxième édition, DROP investit les Docks et le Base-Bar, et vous ouvre gratuitement ses portes les 16 et 17 juin prochains, pour des expos, des performances et une soirée. L’occasion de parler avec Matthieu et Florian, membres de PBK9, l’association organisatrice du seul événement street-art de Lausanne. Get ready for DROP 2 !

L’odeur des autocollants restés trop longtemps au soleil est étrange, un mélange de chimie et de vieux papier. Heureusement pour nous, elle n’a pas le temps de s’installer. Les bourrasques de vent la font régulièrement disparaître et on arrive sans mal à profiter de l’atmosphère excitante des beaux jours. Quelques minutes passent et je me dis que c’est une drôle de coïncidence de retrouver deux membres de PBK9 à côté d’une vitrine où deux ouvriers s’acharnent à décoller une vitro-phanie, reflet commercial d’une technique d’art urbain. Mais bien loin de cette exploitation vorace des espaces d’affichages publics, Tsoom et Gosh ! , vice-président et secrétaire de PBK9, me rejoignent et nous commençons à parler du street-art, de sa philosophie et surtout de DROP 2, un événement qui s’annonce comme une plongée dans l’essence même de l’art urbain, sa découverte et son partage.

Lausanne Bondy Blog : Pourquoi organiser un événement d’art urbain à Lausanne ?
Gosh ! /Tsoom de PBK9 : Parce qu’il n’y en a pas ! Malgré l’existence d’une certaine scène artistique, il n’y avait pas de place pour l’art urbain à Lausanne. C’est un constat qu’on a fait il y a quelques années et vu qu’on est Lausannois et que notre ville bouge, on n’a que très peu hésité à mettre cette idée en place.

Hope Factory in progress, pour le Musée Olympique.

LBB : Deux ans ont passé depuis la première édition de DROP. La route a été longue ?
G/T PBK9 : En fait, ça a été plutôt rapide, car en dehors de l’organisation de DROP 2, on a pas mal été occupé avec d’autres projets : réalisation du clip-vidéo Babel pour Roccobelly, rappeur et acteur lausannois ; initiation aux techniques de la fresque avec 450 jeunes, pour l’expo Hope du Musée olympique ; conception de la signalétique de l’Electrosanne 2011 ; autre initiation à la fresque à Prélaz, dans le cadre de La caravane des quartiers 2011 ; et plus récemment une collaboration entre les filles de PBK9 et Prilly-jeunesse pour quatre ateliers créatifs Paper Toy, réservés aux filles. Puis, en parallèle, mettre DROP 2 en place nous a bien pris un an. Entre chercher un lieu, constituer une équipe de bénévoles motivés et lever des fonds, ça nous a pris pas mal de temps. Le plus dur était de trouver les financements, car l’étendue du programme de DROP 2 dépendait beaucoup des moyens mis en œuvre, ce qui est essentielle quand tu proposes un événement gratuit. On s’est souvent retrouvé le cul entre deux chaises, à savoir si oui ou non on allait avoir tel sponsor ou non. Beaucoup de suspense !

Préparation de DROP premier du nom, by Mandril et Willow.

LBB : On l’a compris, l’association PBK9 est le cœur de DROP 2. D’où vient-elle et où va-t-elle ?
G/T PBK9 : Tout a commencé avec quatre cerveaux géniaux, arrosés de bières du Bavaria (rires) ! Il y avait Nicolas (actuel président), Antonin (le trésorier), nous (Matthieu et Florian, alias Gosh ! et Tsoom) et assez rapidement après Anouk est venue se greffer et s’occuper de la communication. On se connaissait tous de l’école d’arts appliqués de Vevey. On s’est perdus de vue et on a repris contact plusieurs fois et en 2009, on a finalement crée l’association, dans le but initial d’organiser DROP premier du nom. On l’a nommée PBK9, car c’est le nom d’un pigment emblématique, à la fois sauvage et sophistiqué, qui illustre parfaitement notre propos : montrer l’art urbain et le partager. Puis, on s’est agrandi, jusqu’à être une vingtaine de membres aujourd’hui. Pour la suite, on n’a pas vraiment de plan de carrière ! On fait au feeling, selon les rencontres, les opportunités. Pour l’instant, on se concentre sur DROP 2, on se fait plaisir et on laisse venir. Ça a très bien marché pour nous jusqu’à maintenant !

LBB : DROP 2 va rassembler des dizaines d’artistes. Vous avez des chouchous ?
G/T PBK9 : On évite de faire des distinctions ou d’avoir des têtes d’affiches. On n’est pas là pour juger. Bien sûr, on a nos goûts et nos préférences, mais notre but n’est pas de les mettre en avant ou de les imposer.

L'expo d'affiches de DROP 1.

LBB : Pour ceux qui n’auraient que très peu de temps à passer à DROP 2. Que conseilleriez-vous de voir en priorité ?
G/T PBK9 : On aimerait que les gens découvrent les diverses expositions de manière égale, que tout soit à la même échelle pour eux. Donc là aussi, on préfère ne rien conseiller. DROP 2 est un ensemble. On s’y promène à l’odeur. Chaque élément à sa propre richesse et chacun retient ce qu’il veut retenir. Il y a néanmoins des points forts qui ont un aspect éphémère non-négligeable, comme les live-acts. On assiste au processus de création en direct et on peut rencontrer les artistes et partager ses impressions avec eux. C’est autre chose que de voir une expo d’affiches qui, elle, montre le produit fini. Mais, de toute façon, pour ceux qui découvrent l’art urbain, tout est tellement nouveau qu’il est plus intéressant de prendre le temps et de tout voir.

LBB : Lausanne, ville street-art ?
G/T PBK9 : Il y a des gens doués et des figures emblématiques, mais ça reste assez pauvre et difficile, comparé à d’autres villes européennes comme Berlin, Londres ou Paris, où tu en trouves à tous les coins de rue. Ici, on t’enlève les stickers. C’est très suisse, très cadré. DROP 2 entre aussi dans ce cadre d’ailleurs, car ce sont les subventions de la ville qui l’ont rendu possible, ce qui est un peu paradoxal. Mais on ne vend pas notre cul pour autant. Si un sponsor nous avait imposé quelque chose qui allait à l’encontre de notre intégrité contre de l’argent, nous aurions refusé. Nous avons néanmoins deux partenariats avec Swatch et Eastpak, mais uniquement car ce sont des marques populaires qui ne nous ont rien imposé et qui ont contribué à l’expansion du street-art. Maintenant, tout est récupéré. On utilise cette forme d’art pour vendre des voitures ou donner un nouveau look aux chaînes TV. Avec PBK9 et DROP, on veut montrer que ce n’est pas ça, ce n’est pas du commerce, mais bien de l’art à part entière.

Electrosanne et PBK9, by Jewel.

LBB : Puisqu’on en parle, que pensez-vous de cette omniprésence de la publicité dans l’espace public qui est plus accepté que le street-art, qui lui est souvent mal vu et pourtant moins avilissant que ces publicités ?
G/T PBK9 : C’est clair ! Pourquoi un graff utilisé sur une pub TV nous plaît et ne choque pas, alors qu’un graff sur un mur est considéré comme de la pollution ? Pourquoi un sticker publicitaire, qui recouvre tout un bus et  surtout qui nous gâche la vue, est accepté et normal, alors qu’un collage artistique sur un panneau de chantier choque ? Ça soulève une question très révélatrice sur cette logique mercantile et sur notre système consumériste en général.

L’art urbain est aussi passionnant, complexe et diversifié que les arts premiers, pourtant il n’est pas encore totalement accepté, car mal compris. PBK9 nous propose donc de découvrir cet art fascinant et de partager avec nous ses différents visages. Des expositions d’affiches d’illustrateurs suisses et internationaux à la réalisation en direct d’une fresque de 150m2, en passant par les expos Custom Swatch/Eastpak et les modules de cubes tridimensionnelles, sans oublier la soirée aux Docks qui accueillera les Dj’s de Solange la Frange et de Food for ya soul, DROP 2 s’annonce comme incontournable et saisissant. Et comme disait Shepard Fairey, créateur du projet Obey Giant : “Gardez vos yeux et votre esprit ouverts, et remettez tout en question.” Là réside l’essence de l’art urbain.

DROP 2, aux Docks et au  Base-Bar, les 16 et 17 juin 2012, entrée libre.
Soirée DROP 2, aux Docks, le Samedi 17 juin 2012, de 22h00 à 04h00, entrée : 12.-.
Pour plus d’informations, allez faire un tour sur le site de PBK9 et sur la page Facebook de DROP 2.

 

 

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